L’Italie éclabousse la Suisse de sa classe (3-0)

En atomisant une équipe helvétique trop légère, la Squadra azzurra envoie un message très fort à ses concurrents. A Rome, les hommes de Roberto Mancini ont été injouables. Le Club 115 décrypte en cinq points cette formidable équipe, première qualifiée pour les huitièmes de finale, après deux succès par trois buts d’écart.


1. La volonté de tout détruire pour sa nation.

Les magnifiques performances italiennes tiennent d’abord à une volonté féroce de se déchirer pour le maillot azzurro. Avant le coup d’envoi, le Fratelli d’Italia est chanté à gorge déployée par chaque joueur, et repris en coeur par tout le Stadio Olimpico. Un moment sacré pour la nation italienne, qui transpire ensuite sur les attitudes sur le terrain. La Squadra est sur tout les ballons. D’entrée de jeu, la Suisse subit la foudre du pressing transalpin. Heureusement, Immobile ne cadre pas sa tête (11′), à la suite du centre de Spinazzola, piston inoxydable aux deux pieds redoutables.


En chantant le Fratelli d’Italia, les Italiens basculent dans un état second qui décuplent les énergies (photo twitter @EURO2020)

2. Des individualités transcendées par le collectif.

Face à la Suisse, Manuel Locatelli s’est offert un doublé pour mettre les siens sur la voie royale, et valider une prestation collective XXL. Le joueur de Sassuolo n’évolue pourtant pas chez un cador européen, et avait même été lâché par le Milan en 2018. Mais lorsque son partenaire de club, Domenico Berardi, est parti de la droite pour mystifier la défense suisse, c’est bien lui qui arrivait « pleine balle » pour reprendre son petit centre dans le but vide (1-0, 20′). Véritable milieu moderne, box-to-box, Locatelli a rayonné dans son jeu de passe pour casser les lignes.

En pleine confiance, il a alors tenté sa chance du pied gauche, à 30 mètres des cages, pour catapulter sans préliminaire le cuir, petit filet opposé, sous les yeux d’un Yann Sommer abattu (2-0, 52′). Les performances incroyables et inattendues d’un Di Lorenzo, ou même des charnières Bonucci-Chiellini (sorti blessé, 23′), puis Bonucci-Acerbi, annoncées déclinantes, sont elles aussi le symbole d’un collectif ultra-dominateur.


Manuel Locatelli rayonne pour la première fois de sa carrière au niveau international (photo twitter @EURO2020)

3. Une attaque en pleine confiance.

Dans son jardin du stadio Olimpico, Ciro Immobile ne pouvait pas rester muet. Après deux nouveaux face à face manqués en seconde période, le Laziale a finalement trouvé le chemin des filets en fin de rencontre. Asphyxiés, les Suisses le laissaient seul à 25 mètres des buts. Une légèreté payée cash lorsque l’ancien du BVB prenait sa chance du pied droit, pour tromper Sommer d’une frappe croisée dévastatrice (3-0, 89′).

La profondeur d’effectif fait aussi très peur. Insigne et Berardi ont été absolument aux quatre coins du terrain. Faisant presque oublier la présence sur le banc de Federico Chiesa, joyaux du foot transalpin qui a été l’un des meilleurs juventino de la saison. La puissance offensive italienne se manifeste aussi par une capacité exceptionnelle à jouer très juste dans chaque situation. Une intelligence développée par la vision du coach Roberto Mancini, véritable cerveau et artisan de la renaissance du football italien après sa non-participation au mondial 2018.


Roberto Mancini a profité d’une génération prometteuse pour relancer le football italien (Photo Twitter @robymancio)

4. Le maître Mancini magnifie le football.

Les deux premiers matches de la Squadra sont à l’image de la formidable série d’invincibilité qu’elle construit depuis de longs mois (29 matches de suite sans défaite). Et cela, elle le doit à son coach Roberto Mancini. Tout ce que l’Italie fait est propre et juste. Avec sa pierre angulaire, nommée Jorginho au milieu, Mancini a installé un véritable maestro capable de dicter le bon rythme à son équipe. Et ça fonctionne.

Les Italiens savent jouer en contre lorsque des espaces s’ouvrent et sont donc capables de changer de rythme très rapidement pour jouer de manière très directe. Dans l’autre sens, ils sont aussi tout à fait capables de calmer le jeu, de repasser par derrière et de construire une attaque placée qui débouchera possiblement sur une occasion.

La grosse qualité de la Squadra réside donc dans sa capacité à respecter le jeu. Dans cette veine, lorsque des équipes comme l’Allemagne ou l’Espagne multiplient les passes sans avancer à rien, l’Italie sait frapper de loin. Et comme on l’a vu, cette arme est redoutable, étant à l’origine de deux des trois buts de la soirée. Les frappes lointaines ont aussi la qualité de faire sortir le bloc défensif adverse.

Les Azzurri sont aussi passés maître dans l’art de jouer dans les petits espaces. Ils peuvent casser les pattes de leurs adversaires par des petites passes impossibles à intercepter, avant d’écarter sur les ailes, occupées par des pistons hyperactifs. Un ode au football donc, pour un pays qui avait bâti sa légende sur un jeu défensif, basé sur la destruction plus que sur la construction.


Une qualification hautement méritée (Photo : Twitter @EURO 2020)

5. Et maintenant ?

Impossible de prédire la suite. Nous n’évoquerons même pas le huitième de finale. La Squadra est certes très séduisante, mais sur un match la belle aventure peut prendre fin. A noter qu’elle bénéficie en plus du soutien de son public, ce qui ne sera pas toujours le cas si elle avance dans la compétition. Les joueurs devront donc trouver des ressources supplémentaires, alors que leur jeu est énergivore.

Pour autant, on peut considérer que les trophées ne sont pas nécessairement ce qui comptent le plus pour des fans de football. Profiter de la beauté du jeu d’une équipe est tout aussi jouissif que de la voir soulever un coupe. Alors profitons de l’Italie, à qui il restera au moins deux matches, après les deux premiers qu’elle a superbement bien négocié face à deux nations honorables du football européen.

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