L’UEFA dit non à l’illumination de l’Allianz Arena aux couleurs LGBT+ : a-t-elle raison?

Il y a quelques jours la fédération allemande avait fait la demande auprès de l’UEFA d’illuminer son magnifique stade de l’Allianz Arena aux couleurs LGBT pour dénoncer une loi promulguée en Hongrie. En effet il y a quelques jours, le camp du président Orban ont fait passer cette loi interdisant la promotion de l’homosexualité chez les mineurs, provocant un tollé chez ses voisins européens. Cette loi dispose que « La pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l’identité de genre, le changement de sexe et l’homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans« 

Une loi qui vient en plein Pride Month, le mois de juin étant habituellement dédié à l’affirmation et à la célébration des personnes LGBT+, pour en finir avec les discriminations et les oppressions que subissent ces personnes. Pour dénoncer ce genre d’action la fédération a donc demandé de faire ce geste de soutien envers les communautés LGBT+, et indirectement lancer une attaque contre le camp Orban. Le message aurait été d’autant plus fort que l’Allemagne joue contre…. la Hongrie justement ce mercredi. Mais selon les informations de l’AFP, l’organisation a rejeté cette demande, et l’explique dans un communiqué :

Etant donné le contexte politique de cette demande – un message visant une décision prise par le parlement national hongrois-, l’UEFA doit refuser cette requête.

Pourtant, le gouvernement de Munich envisage tout de même de faire flotter des drapeaux dans toute la ville, et le milieu de terrain allemand Leon Goretzka a récemment dénoncé cette interdiction, en soutenant la cause LGBT+ :

« Ce serait complètement absurde si nous devions nous en excuser parce que ce que cela signifie est absolument clair. En tant que monde du football, nous voulons lutter contre le racisme et l’homophobie avec la diversité. »

Cette interdiction survient aussi plusieurs jours après une première controverse concernant la communauté LGBT+, lorsque le gardien et capitaine de la Mannschaft Manuel Neuer a porté un brassard de capitaine aux couleurs arc-en-ciel. Pour mettre fin à cette controverse, l’UEFA avait statué que ce brassard n’était pas un geste politique, mais un symbole d’équipe pour la diversité, et pour la bonne cause. Le porter allemand a aussi affirmé qu’il porterait ce brassard contre la Hongrie.

Crédits photo: Getty Images

Mais alors un brassard ou un stade : Où est la différence ?

Que disent les règles de l’UEFA?

Bien sûr, pour statuer sur une telle décision, il est impensable que ce soit fait de manière arbitraire. Les instances européennes du football se sont donc basées sur les règles existantes pour régler ce « problème ». D’ores et déjà, sur le points de ces interdictions de messages politiques, il parait important de dire que la FIFA et l’UEFA sont liées, et que sur ces points de règlements généraux, la loi est la même pour les deux organisations.

Rappelons donc ce que dit le règlement de l’UEFA concernant ces messages à caractère politique :

Les clubs organisateurs et les associations organisatrices […] sont responsables de tout incident et sont passibles de mesures et de directives disciplinaires, sauf s’ils peuvent prouver qu’ils n’ont commis aucune forme de négligence dans l’organisation du match.
Néanmoins, toutes les associations membres et tous les clubs sont responsables des cas de conduites incorrecte suivants de leurs supporters et sont passibles de mesures et de directives disciplinaires même s’ils peuvent prouver qu’ils n’ont commis aucune forme de négligence dans l’organisation du match.

a. envahissement du terrain de jeu

[…]

e. transmission par geste, parole, objet ou par tout autre moyen de tout message provocateur inadapté à un évènement sportif, notamment de out message provocateur de nature politique, idéologique, religieuse ou insultante.

Connaissant le contexte du match, avec la promulgation de cette loi en Hongrie, le lien entre l’illumination et le message politique – bien que pas explicite – peut être facilement identifié. Cependant, des précédents ont déjà eu lieu, sans sanctions a posteriori.

Je pense notamment à ce match entre la Suisse et la Serbie, qui a vu les deux buteurs de la rencontre coté Suisse (Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri) célébrer leurs réalisations en mimant un aigle avec leurs mains. Une célébration apparemment anodine, mais qui cache des messages politiques sous-jacents. En effet, ce signe de l’aigle renvoie au drapeau de l’Albanie, partageant sa culture avec le peuple kosovare dont la Serbie (à laquelle appartenait il y a encore un dizaine d’année le Kosovo) ne reconnait pas l’indépendance. La sélection helvète n’a fait face à aucune sanction de la part de l’UEFA.

La célébration des deux joueurs a fait polémique en Serbie.

De même, ces mêmes Serbes ont eux-aussi défrayé la chronique avec des propos très politiques après ce même match. Après le match, le sélectionneur n’avait pas digéré que l’arbitre accorde un penalty contre eux, et avait lancé les propos suivants :

Nous avons été volés ». « Je ne donnerais pas (à l’arbitre allemand Felix Brych) un carton jaune ou un carton rouge, je l’enverrais à La Haye. Là-bas, ils pourront le juger, comme ils l’ont fait avec nous »

La désignation de La Haye n’est pas anodine puisqu’elle renvoie au tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), prédécesseur de l’actuel Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI), qui était un organe de l’ONU destiné à juger les personnes accusées de crimes de guerre en ex-Yougoslavie à partir de 1991. De plus, le sélectionneur en rajoute une couche sur Instagram en mettant en légende de photos les mots suivants :

Malheureusement, il semble que seuls les Serbes sont condamnés à une justice sélective, avant à La Haye et aujourd’hui dans le football avec l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) 

Un message politique indirect donc pour les suisses, qui a déclenché de vives réactions en Serbie au niveau politique, mais aucune sanctions n’avait été prononcée contre le pays, ou les personnes impliquées. Du coté Serbe le message st beaucoup plus clair et vindicatif, mais là encore, aucune sanction pour le sélectionneur (a part une petite amende de 4 330 euros, une broutille).

Mais alors pourquoi l’illumination pose problème?

Une UEFA hypocrite.

Ce n’est pas la première fois que vous lirez ces mots : l’UEFA est loin d’être l’organisation la plus honnête et droite du monde. De nombreux scandales de corruptions sont révélés, et les jeux de pouvoirs semblent tout aussi complexes qu’en politique. Mais ici, nous allons surtout nous pencher sur le manque de cohérence dans les décisions de l’UEFA.

Depuis maintenant de nombreuses années, l’UEFA tient une campagne de sensibilisation et de solidarité que vous avez tous pu voir, le « No to racism ». L’intention est des plus louables, mais comment justifier le refus d’un soutien à une communauté réprimée dans un pays européen lorsqu’on prône justement des valeurs de respect, de tolérance et d’égalité? Nous avons tous félicité les comportements de joueurs luttant contre le racisme pendant les matchs, comme pendant ce match de Ligue des Champions entre le PSG et Basaksehir, durant lequel un arbitre de l’UEFA avait tenu des propos racistes envers Pierre Webo sur le banc du club turc et que les joueurs par solidarité étaient sortis du terrain.

« No to Racism » lors du match rejoué entre PSG et Basaksehir : le racisme ne concerne pas que la couleur de peau.

Depuis, l’arbitre a été mis à l’écart jusqu’à la fin de cette saison, mais pourra quand même officier comme si de rien n’était à partir de la saison prochaine. Une « sanction » des plus légères donc, qui pose une question intéressante : Que fera l’UEFA si l’Allemagne, une des plus grandes nations de football, choisissait d’illuminer tout de même le stade? Connaissant tous les précédents (beaucoup plus graves), il serait totalement illogique de voir la nation germanique se faire sanctionner ou même disqualifier.

De plus, le message politique n’est pas clair et limpide : Comment peuvent-il dire qu’il s’agit d’un message politique lorsque l’affaire du brassard a été qualifiée comme un geste pour la bonne cause ? Les autorités hongroise ont-elles fait pression pour que cette décision soit prise ? Ces mêmes autorités feront elles pression pour étouffer l’affaire des cris de singes entendus pendant le match Hongrie-France à Budapest justement ?

Cette décision de l’UEFA est donc absurde et totalement contraire à leur politique et aux valeurs qui sont soit disant défendues par l’organisation. L’UEFA a déjà fait preuve de laxisme dans ses sanctions, il est donc incompréhensible qu’un message de soutien envers un peuple opprimé dans un pays soit sanctionné. Mais l’hypocrisie à la FIFA ou à l’UEFA n’est pas chose nouvelle, quand on pense aux attributions de l’organisation de la Coupe du Monde qui fonctionnent plus à qui paye le plus qu’aux pays de football méritant de recevoir cette belle fête qu’est le Mondial (coucou le Qatar).

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