Comment le Stade Toulousain a confisqué le match ?

Hier soir, il n’y a jamais vraiment eu de suspens entre le Stade Toulousain et le Stade Rochelais (18-8). Les hommes d’Ugo Mola ont très vite marqué le match de leur empreinte et les Rochelais ont semblé complètement impuissants. Mais comment Toulouse a-t-il créé une telle différence alors que le choc paraissait si indécis au coup d’envoi ?

Toulouse en fête : le Bouclier de Brennus n’a jamais été en position de partir pour La Rochelle (Photo : Twitter @top14rugby)

1. Les avants toulousains au diapason.

La coutume rugbystique a les dents dures. Quelle que soit l’époque, la météo, les individualités, ou les coiffures impeccables des trois-quarts, ce sport commence devant. Sans une conquête performante, aucune équipe, même la meilleure du monde, ne peut remporter un match. Et à ce jeu, les Toulousains ont été de très loin les plus forts, ce vendredi soir, à Saint-Denis.

Très présents dans les rucks, précis en touche et puissants en mêlée, les avants de la ville rose ont étouffé le pack rochelais. A l’issu de la rencontre, aucun joueur ne s’y est d’ailleurs trompé au micro de France 2. Chacun saluait avant tout le travail de l’ombre des « gros » qui ont permis à la charnière de jouer dans un fauteuil. Les individualités ont répondu présentes, avec un match de titan de Rynhardt Elstadt, des frères Arnold, et bien sûr de Julien Marchand, le capitaine qui disputait sa première finale.

Les avants rochelais, qui avaient assommé le Racing une semaine plus tôt, n’ont jamais existé. Un dénouement assez cruel, qui ne faire pas honneur à leur magnifique saison. Mais ce Toulouse là est bien trop costaud. Il peut au mieux vaciller comme en demi-finale contre Bordeaux. Mais sur la puissance devant, il est très difficile à aller chercher, y compris lorsque vous avez des joueurs de classe mondiale comme Will Skelton, Greg Alldritt, ou Victor Vito, tous les trois plongés dans le noir complet.

Le Stade Toulousain est célèbre et souvent apprécié pour le jeu de main de ses trois-quarts. Mais chacune de ses glorieuses périodes a été marqué par des avants redoutables (Pelous, Servat, Dusautoir…) qui ont permis de faire briller leurs collègues des lignes arrières.

2. La défense de fer.

En montant très fort en défense, les Toulousains ont bloqué toute possibilité de percées rochelaises. A la pointe du combat, Rynhardt Elstadt (16 plaquages, plus gros total du match) a marqué physiquement ses adversaires. Il a permis à Toulouse d’empêcher les Rochelais de mettre de la continuité dans leur jeu, comme lorsqu’il a fait gicler le cuir des bras de Jules Favre en seconde période.

Dans le premier acte, Pita Ahki (5 plaquages) s’est montré lui aussi intraitable par ses montées en pointe. En se jetant très bas dans les jambes de ses adversaires, il a complètement coupé les extérieurs. Cela a eu pour effet d’empêcher La Rochelle de développer son jeu pour s’extirper de la nasse dans laquelle l’attendaient les avants toulousains au milieu du terrain.

Alors que le beau temps de la première période a laissé place à une pluie torrentielle pour le reste de la rencontre, la ligne défensive toulousaine a définitivement pris l’ascendant dans un match restreint. Jerome Kaino, qui disputait le dernier match de sa carrière, en a profité pour éteindre le pauvre Thomas Lavault au bénéfice d’un caramel monumental en bord de ruck. Tout un symbole de l’état d’esprit toulousain.

3. La culture de la gagne.

Le Stade Rochelais est passé à côté de sa rencontre, aussi parce qu’il a été pris par l’événement. Ce ne fut absolument pas le cas de la machine rouge et noire, qui a l’habitude de ce genre de rendez-vous. Alors que La Rochelle disputait la première finale de Top 14 de son histoire, le Stade Toulousain prenait part à sa 29ème. Un différentiel qui explique le calme et la sérénité du maître, face aux très nombreuses approximations de l’élève.

La semaine passée, alors que les Rochelais se prenaient avec bonheur dans les bras à la suite de la demi-finale, les Toulousains restaient beaucoup plus mesurés. On se souvient de ce qu’Ugo Mola a dit à ses joueurs, à la fin du match sur la pelouse : « Demain on récupère, lundi on récupère, mardi… On récupère, et mercredi on se met dans notre finale ». Le Stade Toulousain a la recette de la victoire dans ces matches au couperet. Pour assister à une défaite toulousaine en finale du Top 14, il faut remonter à 2006 et une défaite contre le Biarritz Olympique (40-13). Depuis, il a remporté sans trembler toutes ses finales 2008, 2011, 2012, 2019 et donc 2021.

4. La stratégie adoptée.

En profitant de sa domination devant, Toulouse s’est contenter de bien gérer son match. Pour ce faire, la charnière a réalisé une partie sobre, mais avec une exécution toujours parfaite à l’anglo-saxonne. Thomas Ramos a merveilleusement bien occupé le terrain, tandis qu’Antoine Dupont a alterné entre le jeu d’avants, et le jeu au pied à son compte. En l’absence de Romain Ntamack, le Stade Toulousain n’a pas cherché à réinventer le rugby mais s’est appuyé sur les fondamentaux de notre sport.

Un jeu restrictif dans lequel les Rochelais se sont noyé en première période. Eux, qui aiment tant pratiquer un rugby de belles envolés, se sont retrouvé pris au piège d’un jeu qui ne leur appartient pas. Non pas que leurs avants ne soient pas performants. Mais avant tout parce que l’ADN rochelais commande une grande créativité de ses arrières. Hier soir, Toulouse ne leur a jamais permis de s’engager sur ce terrain là. Avec la météo catastrophique en deuxième période, La Rochelle a peut être même dit adieu au titre dès la mi-temps, alors que le score était déjà de 12 à 0.

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