Euro 2020 : quel bilan faire du (court) parcours de l’Allemagne ?

Défaite en Angleterre dès les huitièmes de finale de l’Euro (0-2), l’Allemagne a dit adieu à ses rêves de titre européen sur la pelouse de Wembley. Alors que Joachim Löw va céder sa place de sélectionneur à Hansi Flick, la Mannschaft n’a pas su relever le dernier défi du technicien originaire de la Forêt-Noire.

Thomas Müller abattu après son face à face manqué avec Jordan Pickford dans les dernières minutes (Photo : Twitter @EURO2020)

1. Le contexte.

Depuis son élimination en phase de poule lors de l’Euro 2004, l’Allemagne n’avait jamais quitté le championnat d’Europe avant le stade des demi-finales. En 2008, elle atteignait la finale avec un jeu très séduisant pour finalement perdre contre la grande Espagne de Fernando Torres (0-1). Quasi-favorite en 2012, elle marchait sur la compétition avant de sortir face à l’Italie d’un Mario Balotelli des grands soirs (1-2). En 2016, elle perdait au même stade après un match qu’elle avait ultra dominé contre la France d’Antoine Griezmann (0-2).

Alors, malgré l’élimination de 2018, malgré les piteux résultats en Ligue des Nations, l’humiliation de l’automne face à l’Espagne (0-6), et la claque du printemps face à la Macédoine du Nord (1-2), l’Allemagne était toujours autant attendue pour cette édition 2020(1) de l’Euro. Avec trois matches à domicile en phase de poule, les plus grands espoirs étaient permis.

2. Les résultats bruts.

Avec une élimination en huitièmes de finale, le résultat brut de cet Euro est très mauvais pour une Nation habituée à jouer les premiers rôles. Co-détentrice avec l’Espagne du nombre de victoires de la compétition (trois, en 1972, 1980 et 1996), la Mannschaft vise le succès maximum à chaque édition, ou à minima une place dans le dernier carré.

L’Élimination contre l’Angleterre intervient aussi après un bilan négatif en phase de poule. L’Allemagne n’avait gagné qu’un seul des ses trois matches dans le groupe de la mort, alors qu’elle évoluait chez-elle, à Munich. C’était face au Portugal (4-2), au terme d’un match abouti, qui laissait présager le meilleur pour la suite.

Mais un match nul arraché de justesse aux Hongrois, rappelait l’impuissance que cette équipe avait déjà eu pour produire du jeu face à la France (0-1). Finalement, cet Euro allemand fut à l’image de ce à quoi les partenaires de Manuel Neuer nous avaient habitué depuis trois ans : du bon, et bien souvent du moyen voire du franchement mauvais.

La déception de Toni Kroos n’avait d’égal que celle des supporters de la Nationalmannschaft à l’issu du premier match contre la France (Photo : Kicker)

3. Le jeu pratiqué.

C’est probablement la plus grande déception pour les supporters allemands et les amoureux du football. Sous Joggi Löw, l’Allemagne avait toujours pratiqué un football offensif de 2006 à 2018. Un jeu de mouvement, avec des combinaisons sur les ailes qui incarnaient la révolution culturelle du football d’outre-Rhin du début des années 2000.

Mais à partir de 2018, le jeu de l’Allemagne a perdu de sa spontanéité. L’équipe a commencé à pratiquer un football de possession stérile tout en perdant son assise défensive qui lui avait permis d’atteindre le sacre mondial en 2014. L’Euro 2020 n’a pas échappé à cette règle.

Le jeu allemand a été terriblement ennuyeux. Que ce soit contre la France ou la Hongrie, l’Allemagne a eu une possession de balle quasiment écrasante. Sans jamais rien en faire. Les défenseurs et les milieux faisaient tourner entre eux, pendant que les deux pistons (Gosens et Kimmich) attendaient sur leurs côtés sans proposer de courses dangereuses. Idem pour les trois de devant, que ce soit Havertz, Gnabry, Sané ou dans une moindre mesure Müller et Werner.

Ajoutez à cela un duo Kroos-Gündogan pratiquement hors de forme et vous avez un jeu profondément soporifique. Contre l’Angleterre, l’Allemagne a plutôt laissé le ballon à son adversaire. Mais lorsqu’il était en sa possession, elle a de nouveau eu toute les peines du monde à créer du mouvement pour déséquilibrer son adversaire.

Le manque d’engagement de certains joueurs lors des différents matches pose aussi question. La rentrée de Serge Gnabry contre l’Angleterre est presque scandaleuse. Ce joueur, si brillant au Bayern, semblait totalement hors de forme physique et mental. Leroy Sané et bien d’autres ont aussi beaucoup déçu.

4. Pourquoi l’Allemagne a tant de mal à proposer un football offensif ?

La plupart des joueurs de la Mannschaft brillent en club. Au Bayern, les Neuer, Müller, Kimmich, Gnabry, Goretzka sont considérés comme de véritables monstres, et ont remporté la Ligue des Champions 2020 avec onze victoires en onze matches. A Chelsea, Werner, Rüdiger et Havertz ont largement participé à la victoire finale des Blues cette saison dans la plus belle des compétitions européennes. A City, Gündogan a marché sur l’eau tandis que Toni Kroos et Mats Hummels continuent de faire des bonnes saisons en club.

Il y a avant tout un vrai problème de confiance dans cette équipe, qui a été profondément choquée d’avoir été éliminée dès la phase de poule du Mondial 2018. Les joueurs ne s’en sont jamais vraiment remis et semblent systématiquement venir à reculons en équipe nationale. Ce manque de confiance s’explique aussi par les incertitudes défensives qu’a cette équipe.

L’élimination en phase de poule de la Coupe du Monde 2018 a laissé des traces indélébiles chez les Allemands (Photo : SPOX.com)

En ayant la sensation qu’elle peut encaisser un but sur n’importe quelle attaque de l’adversaire, la Mannschaft joue presque tous ses matches avec le frein à main. Le seul match au cours duquel elle s’est libérée, fut celui contre le Portugal, ou elle a réussi à mettre beaucoup de vitesse et de largeur dans son jeu.

Pour cet Euro, la deuxième raison qui explique ce manque d’allant offensif est la condition physique des joueurs. Ils ont clairement manqué de jus pour réellement proposer un football de haute intensité, avec des courses offensives et défensives à répétition.

Pour certains joueurs, cela peut s’expliquer par les énormes saisons qu’ils ont effectués. Notamment pour les joueurs du Bayern, qui sont sur le pont depuis août 2020 et qui ont donc enchaîné deux Champions League, une Coupe du Monde des clubs, des Supercoupes…

Enfin, il faut bien sûr évoquer le cas de Joachim Löw. En changeant toujours de systèmes et d’hommes, il n’a jamais su ou pu apporter de la confiance à ses joueurs. Il paraît aussi de plus en plus nerveux sur son banc à chaque rencontre. Un manque de sérénité qu’il transmet forcément aux joueurs. Après quinze ans passés à la tête de l’une des plus puissantes nations de Football du Monde, il semble être arrivé au bout du bout de son projet. Respect à lui pour tout ce qu’il a accompli malgré cette fin !

5. Les quelques satisfactions.

La plus grande satisfaction de cet Euro reste bien sûr l’éclatante victoire face au Portugal. Ce jour là, la Mannschaft avait fait exploser la Seleçao pour sauver sa peau dans cet Euro. Une Mannschaft retrouvée, et capable de nouveau de proposer un jeu chatoyant face à l’une des grosses nations de la compétition.

Le match contre le Portugal : https://leclub115.com/2021/06/20/et-lallemagne-redevint-lallemagne/

Au rayon des individualités, Antonio Rüdiger a confirmé les progrès qu’il avait fait sous Thomas Tuchel à Chelsea. Mats Hummels a fait un beau match en Angleterre, Robin Gosens a marché sur l’eau contre le Portugal, et Jamal Musiala avait fait une belle entrée contre la Hongrie.

6. Quel avenir pour la Mannschaft ?

Hansi Flick va donc reprendre les reines de la Mannschaft dès la rentrée prochaine. Il connaît parfaitement la maison puisqu’il a été adjoint de Löw entre 2006 et 2014. Il a donc été de toutes les campagnes victorieuses de l’Allemagne, avec à son apogée le succès de 2014.

Fort de son année historique avec le Bayern, qui a vu le club atteindre son record de trophées remportés en une saison, pour égaler le Barça 2009 de Guardiola, Flick jouit d’une excellente cote de popularité en Allemagne. Le renouveau du football allemand ne pouvait probablement pas passer par une autre personne que lui.

Hansi Flick avait transformé un Bayern malade en une équipe imbattable. Il aura une tache similaire avec la Mannschaft (Photo : Sven Simon)

Il connait parfaitement les Bavarois, avec lesquels il a des relations de confiance. Il sait transmettre sa vision, donner la confiance aux joueurs et garder sa ligne directrice de jeu. C’est un entraîneur qui aime le football offensif et la prise de risque maximale. Il n’hésite donc pas à placer son bloc défensif très haut sur le terrain.

Si la Mannschaft réussit de nouveau à créer un groupe équilibré, et une équipe qui va prendre de l’expérience dans la continuité, il y a fort à parier pour qu’elle revienne en force sur le devant de la scène. Il y a trop de talent dans cette équipe pour se contenter de la bouillie de football qu’elle a proposée ces dernières années !

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