Décryptage de l’équipe d’Espagne de 2008 à 2012, une des meilleures de tout les temps.

Malheureusement l’équipe de France nous l’a montré en ne s’imposant pas contre la Suisse et en réalisant un Euro moyen, enchainer les bons résultats en équipe nationale dans les compétitions internationale n’est pas chose aisée. Faire le doublé Coupe du Monde / Euro ou Copa America est une chose rare dans l’histoire, alors que dire de la performance de l’Équipe d’Espagne qui a tellement dominé la compétition qu’elle gagna 3 compétitions de suite entre 2008 et 2012? L’Euro 2008, la Coupe du Monde 2010 et l’Euro 2012, les espagnols avaient alors réalisé une performance très singulière dans l’Histoire.

Voyons alors si cet exploit est aussi exceptionnel que cela, et à quoi est-il dû?

1- Focus sur l’historique du football.

Tout les sportifs de haut niveau vous le diront, le plus dur dans le sport c’est de durer. Atteindre les sommets, être victorieux à la fin, c’est bien, mais durer au top, c’est encore mieux. En football pour les équipes nationales, le succès se matérialise par 3 compétitions majeures. La Copa America, la Coupe du Monde et le Championnat d’Europe. Bien souvent ces compétitions constitue le rêve de chaque enfant qui s’intéresse au football.

Qui n’a jamais rêvé de soulever la coupe Jules Rimet lorsqu’enfant, il regardait jouer l’équipe de France de Zidane? Qui n’a pas vibré lorsque David Trezeguet expédie sa frappe sous la barre de Buffon en 2000? Ces compétitions marquent des générations, réunissent les peuples et revêtent toujours une importance particulière pour les sportifs. Représenter son pays, faire briller les yeux des gens, pendant un mois ces sportifs sont au centre des attentions.

Une image qui aura fait rêver plus d’un enfant.

Seulement, l’histoire du football nous montre qu’il est bien difficile de rester au plus haut niveau tant la compétition est féroce et les aléas propres au sport sont nombreux. Blessures, changements de cycles, malchance pendant les matchs, beaucoup de paramètres sont à prendre en compte dans un évènement sportif. Encore récemment, nous avons vu que l’équipe de France pourtant donnée archi-favorite à l’Euro est tombée en huitième de finale, plombée par les blessures, la barre de Coman et a tout joué sur une séance de tirs au buts aléatoire.

Lorsqu’on se penche sur le palmarès des trois compétitions sus-citées, nous pouvons remarquer que la victoire finale sur deux compétition d’affilée est plutôt une chose rare. Seule trois équipes ont réussi à enchainer une victoire en compétition continentale avec une victoire finale en Coupe du Monde juste après.
Tout d’abord la France en 1998 avec la victoire 3-0 sur le Brésil en finale de Coupe du Monde puis en 2000 avec la victoire sur l’Italie à l’Euro ont été les premiers à pouvoir se targuer d’être sur le toit du monde et au sommet de leur continent. Un exploit réalisé quelques années plus tard, avec le Brésil qui a pu enchainer la victoire au Mondial 2002 (2-0 contre l’Allemagne) avec un succès en Copa America en 2004 ( 2-2, 4-2 aux tirs au but contre l’Argentine). Enfin, la dernière équipe a avoir réalisé cela est l’Espagne avec leurs succès entre 2008 et 2012.

Voilà, c’est tout. 3 équipes dans l’histoire, pas beaucoup. Pourtant, de nombreuses équipes auraient pu rentrer dans ce club très fermé, mais ce sont toujours cassés les dents sur cet obstacle. Le Brésil de Pelé, Garrincha ou Zito n’a pas pu le faire, gagnant le mondial 1958 (5- face à la Suède) mais en perdant en finale de Copa America l’année d’après contre l’Argentine. Rebelote pour les auriverde après leur victoire lors de la Coupe du Monde 1994, ils échouent aux tirs au buts contre l’Uruguay en finale de la Copa America 1995. Enfin du coté de l’Europe, la grande équipe d’Allemagne de l’Ouest n’a pas réussi non plus à faire cet enchainement, en gagnant la Coupe du Monde en 1974 mais en échouant face à la Tchécoslovaquie aux tirs au but en finale (2-2, 4-2 TaB).

Voilà quelques exemples de grandes équipes qui n’ont pas réussi à faire ce doublé. Les Pays-Bas de Cruyff, le Brésil de Pelé, la grande Italie, tant d’équipes iconiques du football mondial sans ce doublé sur le CV. Malgré cette difficulté, l’équipe d’Espagne a elle fait encore mieux, enchainer 3 victoire de suite dans les compétitions internationales.

En gagnant successivement l’Euro 2008, la Coupe du Monde 2010 et l’Euro 2012, les espagnols ont réalisé un exploit unique qui n’est pas prêt d’être revu. Une domination sans partage du jeu comme on en voit peu dans le sport. Mais qu’avait donc cette équipe d’Espagne de si spécial pour se hisser parmi les plus grandes équipes nationales de tout les temps?

2- Les clés de la domination espagnole entre 2008 et 2012

Tout d’abord, un peu de contexte. Nous sommes en 2006, la phase à élimination directe de la Coupe du Monde va commencer et les médias espagnols provoque un Zinedine Zidane de retour en sélection nationale, mais se font éliminer par les bleus après un match incroyable du numéro 10 français, et de la révélation Ribéry (Thierry Gilardi on pense à toi.). L’Espagne repart donc la queue entre les jambes, humiliée par le patron.

C’est à partir de là que les espagnols vont dominer, sur une période qui ressemble étrangement à la domination du FC Barcelone sur le monde du football avec son jeu de passes léché. Un jeu de passes à la base du succès de l’Espagne, qui va parfaitement retranscrire cette philosophie de jeu ancrée dans la culture espagnole grâce à l’émergence au plus haut niveau de joueurs tels que Xavi, Iniesta ou encore un Fabregas encore jeune mais montrant de belles choses du coté de Londres.

Une continuité dans le choix des hommes

Une des forces de l’Espagne a aussi été sa continuité dans les joueurs sélectionnés, avec une grande majorité des joueurs continuant l’aventure en équipe nationale au fil des années, sans changements. Quelques joueurs s’en vont, d’autres plus jeunes intègrent le groupe (Piqué, Pedro…) mais le noyau de joueurs reste le même. Une continuité qui commence dès les équipes de jeunes, que ce soit l’Espagne ou en club, où les joueurs ont appris à jouer ensemble et à se côtoyer. Le facteur du manque d’automatismes n’était donc pas valable pour cette équipe.
Aussi, dans le choix des joueurs, nous remarquons que seulement 6 joueurs provenait du FC Barcelone ou du Real Madrid en 2008 lorsqu’ils gagnent l’Euro et commencent leur domination. Au contraire, 12 joueurs de ces deux clubs sont convoqués pour le Mondial 2010 et la même chose pour l’Euro 2012, signe de la centralisation des joueurs espagnols dans ces deux clubs, ce qui a aussi facilité le jeu espagnol puisque tout ces joueurs ont l’habitude de se côtoyer, en sélection mais aussi en club ou au travers de leurs affrontements.

De plus, ces 12 joueurs ne sont pas seulement des joueurs de groupe puisqu’ils étaient à la base de cette équipe nationale d’Espagne. Lors des finales de la Coupe du Monde 2010 et de l’Euro 2012, parmi le 11 titulaire il y avait respectivement 9 et 10 joueurs provenant de ces deux clubs. Une hégémonie catalane et madrilène qui ne trompe pas, et les joueurs ont su être intelligents pour mettre leur égo et les rivalités de côté pour le bien de l’équipe.

Des joueurs intelligents

Une équipe ne peut pas se contenter d’empiler les talents pour espérer gagner. On l’a vu par le passé, que ce soit en club ou en équipe nationale, le succès n’arrive pas sans l’esprit d’équipe, la cohésion du groupe. Et c’est aussi quelque chose que Luis Aragonés et Vicente del Bosque ont réussi à maintenir, grâce bien évidemment à l’intelligence des joueurs sélectionnés. Lorsqu’on prend autant de joueurs du FC Barcelone et du Real Madrid dans la sélection, on peut s’attendre à des tensions entre les joueurs.

La saison 2009-2010 marque peut-être la période récente durant laquelle la rivalité entre les deux clubs était la plus chaude. Rappelez-vous ce clasico entre les deux équipe en novembre 2010. A peine quelques mois avant, l’Espagne soulevait le trophée de champion du Monde, mais le Real de Mourinho subi cette manita légendaire, et Ramos pète les plombs en se faisant expulser, et en ayant des altercations avec ses coéquipiers de sélection. Quelques mois auparavant des tensions faisaient surface entre les joueurs des deux clubs, faisant naitre des crainte sur la cohésion de cette sélection. Mais les joueurs ont su mettre leur égo de coté, leur tensions pour aller chercher ces victoires dont l’Euro 2012 quelques années après.

Une Espagne au sommet de son art

Mais surtout, ce qui a permis à l’Espagne de réaliser cet exploit, c’est la qualité de son jeu. Un jeu fait de mouvements, de passes et de courses qui ne laissait aucune chance à l’adversaire. Les scores n’étaient pas toujours les plus larges, mais l’impression visuelle était tout autre. Rien ne pouvait arriver à cette équipe. Point d’exclamation de ce Tiki-Taka? Cette demi-finale du Mondial 2010 où les espagnols font vivre un enfer aux allemands, menés par un Xavi stratosphérique dans le cœur du jeu. « Quand tu as le ballon, ton adversaire ne l’a pas » : cette fameuse phrase de Johan Cruyff résonne comme un proverbe pour les joueurs espagnols, qui combien avec perfection cette philosophie de la possession de balle avec le fameux « la meilleure défense c’est l’attaque ». Que peut-il t’arriver lorsque tu as le ballon? Moins les adversaires ont le ballon, moins ils ont de chances de marquer. C’est si simple le football?

Pas vraiment, puisque le jeu de cette Espagne était très vertical, elle ne se contentait pas de se passer le ballon derrière, mais cherchait toujours la passe vers l’avant, le décalage pour aller porter le danger sur les buts adverses. L’Espagne s’appuyait aussi sur une défense de fer, portée par une charnière Puyol – Piqué intraitable, en parfait rempart d’un Casillas lui aussi en pleine forme. Elle jouait très peu avec de vrais ailiers dribbleurs, mangeurs de lignes, préférant des profils comme David Silva ou Iniesta pour animer les cotés et encore plus tenir la balle. Des profils interchangeables, pour être imprévisible. L’illustration de ce jeu réside dans le 11 titulaire pour affronter l’Italie en finale de l’Euro 2012, où Del Bosque se permet de mettre Fernando Torres sur le banc pour lui préférer Fabregas à la pointe de l’attaque, pour faire naitre ce concept de « Faux n°9 ». Une tactique déjà mise en place par Guardiola à Barcelone, qui marche en sélection. Continuité.

Tellement d’autres raisons peuvent expliquer cette domination durant 4 ans remplie de succès, qui aura vu la Roja réaliser un exploit unique, celui de remporter trois compétitions internationales de suite, en alternant la Coupe du Monde et l’Euro. Une équipe d’Espagne qui a profité de la montée en puissance du Real et du Barça pour s’affirmer comme une des plus grandes équipe nationale de tout les temps. Depuis la Roja a plus de mal, avec une génération moins talentueuse, mais peut espérer revenir sur le devant de la scène internationale grâce à l’émergence de joueurs tels que Pedri, Ferran Torres. Une équipe qui nous aura fait rêver, qu’on aimerait bien retrouver quelques fois.

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