Luis Enrique a gagné la bataille des coachs mais l’Italie se qualifie au bout des tirs au but, la dure loi du sport.

Nous vous en parlions dans notre analyse des clés du match juste avant le coup d’envoi de Italie – Espagne, les coachs allaient avoir une grande influence sur la physionomie du match au vu des dispositifs tactiques similaires (deux 4-3-3 se faisaient face). Et bataille tactique il y a eu, mais l’ascendant espagnol s’est confronté à la réalité de la séance de tirs au but.

Une surprise au coup d’envoi

Dès la révélation des compositions d’équipe de départ, Luis Enrique nous concocte une surprise avec la présence de Morata… sur le banc. Mais alors, c’est Gérard Moreno qui prend sa place ? Une surprise oui, mais un petit ajustement. Ah non? Non. Aucun attaquant de pointe de formation n’est aligné par Luis Enrique, qui nous refait le coup de l’Espagne 2012 en démarrant cette demi-finale avec Mikel Oyarzabal dans le rôle du faux-9 qui était rempli par Fabregas il y a 9 ans.
Accompagné par Ferran Torres et Dani Olmo sur le front de l’attaque, la stratégie était claire coté espagnol : Surprendre. En aucun cas il était question d’une telle prise de risque au coup d’envoi et cette prise de risque est l’illustration d’une confiance absolue en son groupe, avec des joueurs prêts à jouer et à bien jouer.

Du coté italien? Pas de surprises, avec la mise en place de l’équipe qui a éliminé la Belgique au tour précédent. Le technicien italien se repose encore une fois sur son milieu Verratti / Barella / Jorginho pour essayer de poser le jeu comme ils l’ont fait jusqu’ici. Ciro Immobile était lui aussi reconduit à la pointe de l’attaque après quelques mauvaises performances en phase finale.

On a donc déjà affaire à deux approches différentes pour commencer ce match, un entraineur sûr de ses forces et de ses hommes et un pari coté espagnol pour essayer de troubler l’organisation italienne. Se préparer à jouer contre un vrai attaquant de pointe pendant 4 jours et voir cette surprise au coup d’envoie, mentalement l’approche n’est pas la même. Mais alors, est-ce-que ce pari a payé pour les espagnols?

Fuir pour mieux jouer.

L’organisation tactique espagnole a donné de très bons résultats tout au long de cette demi-finale. L’Italie qui aime avoir le ballon et jouer sur la verticalité grâce à ses milieux talentueux n’a pas vu le jour dans cette partie du terrain. Sergio Busquets a rayonné dans ce milieu de terrain grâce à son intelligence de jeu et à sa qualité de passe. Le milieu de Barcelone a été omniprésent, à la base de cette domination espagnole.
Le retour de la tactique du faux-neuf a elle aussi porté ses fruits avec Mikel Oyarzabal qui rentre dans le cœur du jeu pour fluidifier le jeu de passes des espagnols. Ce dézonage à pour effet de laisser totalement libres de leur mouvement la charnière Chiellini-Bonucci et d’apporter un surnombre au milieu. Les deux défenseurs de la Juventus n’ont pas pour habitude d’aller chercher leur attaquant aussi loin dans le milieu du terrain ce qui ouvre des espaces dans le dos pour les ailiers que sont Ferran Torres et Dani Olmo. C’est ce dernier qui a le plus profité de ces espaces, avec la création de nombreuses occasions qui ont fait passer un frisson dans le dos de toute l’Italie.

Cette emprise au milieu du terrain a totalement étouffé l’Italie, rendant le trio Verratti / Barella / Jorginho totalement invisible. En plus de ce surnombre au milieu, les espagnols mettent en place un contre-pressing de tout les instants, obligeant la perte de balle rapide des italiens. Pour remédier à cela les hommes de Mancini essayent de balancer des ballons devant mais entre la mobylette Alba et la charnière centrale qui n’est pas lente non plus, cela n’a rien donné. Les espagnols gardent donc la tête des italiens sous l’eau mais d’un autre coté, le manque d’attaquant de formation empêche l’Espagne de vraiment menacer Donnarumma.

Malgré le but de Chiesa sur la première vraie occasion franche italienne, les hommes de Luis Enrique restent fidèle à leur jeu et l’entrée de Morata à la place d’un Ferran Torres un peu en dessous ne va rien arranger. Alvaro Morata a beaucoup de défaut, mais son jeu dos au but n’en est pas un. Il a donc été très utile dans l’orientation du jeu dans une période où la charnière italienne était fatiguée de tous ces efforts. Et le but égalisateur marqué par l’attaquant de la Juve est représentatif de ce travail de sape: Les défenseurs centraux italiens vont chercher Morata tellement haut qu’ils laissent un espace béant dans leur dos, il suffit alors à l’attaquant de la Juventus de combiner avec Dani Olmo à l’aide d’un une-deux d’école pour revenir au score. Remarquons que lors de la prise de balle Morata est placé très bas par rapport à la position d’un attaquant de point.

Morata presque en position de numéro 10, tout seul au milieu de tous les italiens.
Le une-deux se dessine, avec l’intervalle de passes entre Chiellini et Bonucci
L’espace se libère, la passe est déclenchée
Morata n’a plus qu’à ajuster Donnarumma

(crédits images : Bein Sport)

Malgré la victoire tactique, l’Espagne est éliminée. Pourquoi?

Après l’égalisation de Morata, tout le monde se dit que l’Espagne va gagner. L’Italie avait fait le coup parfait, marquer un but alors qu’elle était totalement dominée. C’est là que le gros problème de cette équipe d’Espagne s’est confirmé : le manque de talent offensif. Malgré une domination territoriale, les espagnols ont buté contre la défense italienne, sans pouvoir trouver la faille. Des joueurs offensifs n’ont pas été au niveau (on pense à Ferran Torres qui a été totalement transparent, Gérard Moreno qui a tout loupé lorsqu’il est rentré ou Oyarzabal qui malgré une partie plutôt satisfaisante, a manqué une énorme occasion.

Hormis le but de Morata, le joueur le plus dangereux dans cette équipe d’Espagne était Busquets sur cette partie, ce qui donne un aperçu des carences offensives espagnoles. L’Italie elle à bien tenu, grâce à Donnarumma sur le coup-franc d’Olmo (98′) ou en se dégageant bien lorsque le ballon arrivait dans leur surface. Ils se seront fait peur sur la sortie hasardeuse du plus que probable nouveau portier du PSG (102′) suivi du sauvetage de Bonucci sur la même action. Les tirs au buts arrivent, et avec eux cette pression et c’est l’Italie qui se montrera plus sereine. Olmo rate complètement son penalty et Morata voit sa frappe arrêtée par Donnarumma, et malgré cette victoire tactique de Luis Enrique sur Mancini, l’Italie passe en finale.

Du coté de Mancini, fort heureusement l’Italie se qualifie, sinon certains choix auraient été pointés du doigt, comme son incapacité à réagir face à la domination espagnole. N’effectuant uniquement des changements poste pour poste, le technicien italien a semblé être passif sur son banc de touche, ne sachant pas quoi faire pour changer la physionomie du match. Il est resté avec ses changements habituels, sans tenter de coup tactiques comme a pu le tenter Luis Enrique. Mais encore une fois, la réalité de la séance de tirs au but a parlé, et en ce mercredi 7 juillet c’est bien Roberto qui chante, et luis Enrique qui pleure.

Malgré cette désillusion l’équipe d’Espagne peut être fière de son parcours. Personne ne voyait la Roja aller aussi loin dans la compétition, surtout après les deux premiers matchs de la phase de groupes. Une équipe d’Espagne qui reviendra à coup sûr plus forte l’année prochaine pour la Coupe du Monde pour peut-être jouer un rôle plus important que celui de l’outsider dans la compétition. Luis Enrique peut sortir la tête haute, très critiqué pour son jeu il a su se réinventer et faire des paris gagnants durant la compétition. L’apport de Sarabia dans le 11 type, le remplacement de Llorente par Azpilicueta, la mise sur le banc de Morata sur cette demi-finale.

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