Monaco, Lyon, Lille : Autopsie d’un retard à l’allumage

Après deux semaines de compétition, les premières conclusions hâtives commencent à poindre le bout de leur nez dans les discussions entre passionnés de football. Et en pôle position des thèmes abordés lors de ces discussions, nous retrouvons les performances des « gros » du championnat, censés lutter pour le titre en fin de saison. Et les trois équipes citées dans le titre ne réalisent pas un bon début de championnat, bien au contraire. Sans tomber dans ces conclusions hâtives à notre tour, essayons d’expliquer pourquoi ces équipes ne répondent pas aux attentes qu’impose leur statut.

L’AS Monaco, le plus serein?

A la faveur d’une troisième place la saison dernière pour laquelle ils ont lutté jusqu’à la dernière journée, les Monégasques abordaient cette saison avec pour maître mot, la continuité. Un mercato plutôt calme, pour s’appuyer sur un groupe qui avait montré de belles choses en deuxième partie de saison 2020-2021. Avec à sa tête un Niko Kovac qui avait beaucoup a prouver pour cette année 2, l’AS Monaco a donc pu compter sur une préparation complète pour préparer les tours de qualification pour la Champions League. Un premier tour préliminaire qui a vu les monégasques s’imposer facilement contre le Sparta Prague (5-1 sur l’ensemble des deux matchs) pour défier le Chakhtar Donetsk en barrages.

Voir aussi : AS Monaco : le fantôme des erreurs passées de Niko Kovac

Cette préparation forcément plus lourde que les autres équipes a forcément eu un impact sur le début de championnat de l’AS Monaco, une qualification en Coupe d’Europe étant bien évidemment prioritaire dans la tête des joueurs, mais aussi pour les caisses du club. Avec seulement 1 point en 2 matchs malgré des oppositions jugées plus faibles (Nantes, Lorient), les Monégasques se sont souvent confronté à des blocs bas, des équipes qui ont fait preuve de beaucoup de réalisme pour prendre à défaut les joueurs de Kovac. Un coup d’œil aux statistiques suffit pour avoir une représentation du la physionomie du match:

Au vu de ce qui a été proposé par les monégasques et la façon dont laquelle se sont déroulé les matchs, l’AS Monaco est le gros qui inquiète le moins. Ils a dominé, bien joué, mais s’est fait prendre par le réalisme adverse. Le mutisme des attaquants finira bien un jour et au vu de la qualité des joueurs présents sur le terrain, peut-être que cette série se terminera dès le week-end prochain, avec la réception du RC Lens au stade Louis II. Ajoutez à cela la fatigue accumulée d’une présaison plus dense que les autres, et vous obtenez des circonstances qui expliquent ce petit retard à l’allumage.

Lille, la gueule de bois.

Oh, qu’elles semblent loin les célébrations du titre à Lille le 26 Mai 2021. Après une saison exceptionnelle pour les Nordistes, la confirmation peine à arriver (euphémisme). Le costume du champion, du patron du championnat semble peser bien lourd pour des joueurs qui pourtant sont rodés à la Ligue 1 et ses exigences. Avec un été très mouvementé, le LOSC abordait cette saison avec, certes un effectif qui n’a subit que peu de changement, mais surtout avec un nouvel entraineur, Jocelyn Gourvennec. Nous vous en parlions dans notre preview il y a quelques semaines, ce changement pourrait bien avoir plus d’importance que les supporters veulent bien penser. Passer après Christophe Galtier, qui avait pris le LOSC au bord de la relégation, l’a amené petit à petit vers les hauteurs du championnat jusqu’à remporter le titre la saison dernière ne paraissait pas chose aisée, et cela se confirme après deux journées.

Voir aussi : Preview de la saison 2021-2022 du LOSC : Le plus dur reste-il à venir?

Auteurs d’une présaison médiocre, les lillois arrivaient pourtant dans ce début de championnat fort de leur succès contre le PSG lors du Trophée des Champions. Mais la réalité vient souvent frapper quand on s’y attend pas, et les joueurs de Gourvennec se sont fait cueillir à froid lors de la première journée par des messins qui auraient du repartir avec les trois points, si le centre de Burak Yilmaz n’avait pas été détourné dans ses buts par le malheureux Oukidja, dans les ultimes secondes du temps additionnel. On attendait donc une réaction lors de la réception de l’OGC Nice lors du week-end suivant. Et malheureusement pour les supporters, ce fut pire. Les retrouvailles avec leur ancien entraineur se sont très mal passé et les niçois de Christophe Galtier ont littéralement roulé sur des lillois complétement amorphes. Une défaite cinglante 4-0 à domicile, pour le retour des supporters au stade Pierre Mauroy, face à son ancien entraineur. On en a connu des gueules de bois, mais celle-ci doit être particulièrement violente pour les supporters lillois.

José Fonte, capitaine d’un bateau qui sombre?

Au-delà des résultats et donc à la différence de Monaco, c’est la manière qui inquiète beaucoup. Une équipe qui semble désorganisée, qui a perdu de sa solidité défensive. Le départ de Maignan au Milan AC a fait plus de mal que prévu, et Léo Jardim ne semble pas être taillé pour le costume de gardien titulaire d’une équipe championne pour le moment. Avec un mercato calme pour le moment, ces deux contre performances vont peut-être obliger les dirigeants du LOSC à activer des pistes pour améliorer l’équipe. Aussi, le travail de Gourvennec sera observé à la loupe puisqu’en reprenant une équipe championne de France, la marge d’erreur est fine tant la continuité est un facteur positif pour les entraineurs. Il n’est pas arrivé au club avec un groupe de joueurs à reconstruire entièrement, comme a pu le trouver Sampaoli à Marseille ou… Bosz à Lyon.

OL : Aux racines du mal.

On termine avec le club le plus ambitieux des trois, mais aussi peut-être le plus mal embarqué. Avec l’arrivée de Peter Bosz, ancien technicien du Bayer Leverkusen, les ambitions fleurissaient à Lyon après des années Garcia éreintantes pour les supporters et plus généralement, une décennie d’entraineurs tous plus critiqués les uns que les autres (Sylvinho, Fournier, Genesio, Claude Puel…). La saison dernière promettait un renouveau sur la scène nationale, avec une lutte féroce pour une qualification en Ligue des Champions avec l’AS Monaco jusqu’à la dernière journée. Comme beaucoup de clubs de Ligue 1, le mercato a été plutôt calme, avec aucune arrivée significative malgré l’énorme trou que représente le départ de Memphis Depay, parti libre au FC Barcelone. Comme pour les Monégasques ou les Lillois, le nouvel entraineur pouvait donc s’appuyer sur un groupe qui se connait et qui a l’habitude de travailler ensemble.

Mais très vite, les joueurs présents dans l’effectif lyonnais ont montré leurs limites lorsqu’on les confronte aux exigences d’un entraineur comme Bosz qui arrive avec ses idées de jeu. Beaucoup de joueurs sont jugés comme pas au niveau, et les impressions laissées par les deux matchs de l’OL ne sont guère rassurantes pour la suite de la compétition. Avec une telle pauvreté dans le jeu, l’écart entre ce qui était espéré avant le début de saison et ce qui est montré durant les deux premiers match est abyssal. Un match nul contre des brestois vaillants mais tout de même inférieurs sur le papier, avec très peu de jeu pour commencer cette campagne 2021-2022 de Ligue 1. Premier match sous l’ère Bosz, on laisse passer et on accorde des excuses à cette équipe même si quelques choix de l’entraineurs restent… très étonnants (remplacer Lukeba à la mi-temps contre Angers, placer Slimani sur l’aile gauche alors qu’il n’est pas ailier). Quelques absents à noter, et on sait que les petits de la Ligue 1 commencent toujours mieux leur championnat. L’effet de surprise diront-nous.

Peter Bosz a un sacré chantier devant lui

Mais les carences de ce groupe ont été révélées au grand jour contre Angers (encore un adversaire abordable pour l’OL) au cours d’un match qui verra les homme de Gérard Baticle (décidément les entraineurs font la nique à leurs exs) dominer outrageusement une équipe de Lyon sans idées, sans répondant. Des joueurs au niveau moyen, qui ne peuvent surement pas prétendre à une place de titulaire dans une équipe avec des ambitions européennes. Et plus que des cas individuels, c’est le niveau des différentes lignes qui interpelle.

L’imbroglio concernant l’avenir d’Anthony Lopes a forcément affecté le portier portugais, et constater la volonté de son club de se séparer de lui après tant d’années au club ne doit pas être simple à digérer. Ensuite, la défense a montré durant ces deux matchs un niveau très inquiétant. Sans Jason Denayer, la charnière formée de Marcelo et Lukeba n’a pas donné satisfaction. Pire encore, le premier nommé a été ridicule sur ces deux matchs, provoquant même le deuxième but angevin à cause de sa passe mal dosée pour Anthony Lopes qui finissait dans le petit filet lyonnais. Les latéraux ne sont pas en reste avec la situation, notamment à gauche. Avec le départ de Melvin Bard et probablement celui de Maxwell Cornet, qui reste-t-il à gauche? Henrique est loin d’avoir convaincu, et les pistes évoquées pour remplacer Cornet ne sont pas confirmées (Kurzawa? Emerson?). Avec autant de problèmes en défense, les équipes de L1 qui se sont généralement bien renforcées sur le front de l’attaque se feront un malin plaisir à appuyer là où ça fait mal.

Le milieu de terrain est surement le secteur de jeu qui est le moins inquiétant. Avec ces nombreux joueurs de talent, les Lyonnais peuvent mettre en place le jeu prôné par leur entraineur. Mais ces compliments ne peuvent s’appliquer à la ligne d’attaque qui déçoit elle aussi. Un empilement de profils semblables, qui ne peuvent pas faire la différence seuls comme peuvent le faire les ailiers ou les attaquants de pointes des grosses cylindrées du championnat. Le départ de Depay n’a pas été compensé, et les performances de Dembélé et de Toko-Ekambi à la finition posent problèmes. Islam Slimani n’est pour sa part pas bien utilisé. Cherki est encore très jeune pour porter une attaque sur ses épaules. Une question légitime se pose : qui est le patron dans cette équipe?

Un seul être vous manque….

C’est aussi les raisons de ce mauvais début de saison lyonnais. Le manque de patrons dans cette équipe. Un par ligne, c’est le minimum. Quand les cadres s’appellent Marcelo par exemple, ça n’augure rien de bon. Un effectif donc moyen, en place depuis quelques saisons et des joueurs qui se sont empâtés dans leur confort, qui manquent de réaction pour changer le cap. Espérons que la qualité intrinsèque des joueurs pourra faire la différence pour eux, mais des arrivées semblent nécessaires pour cette saison.

Voilà donc pour ces trois clubs, trois ambitieux qui ont du mal à lancer leur saison pour des raisons différentes. Bien sûr, ce ne sont pas des vérités absolues, et les observations d’aujourd’hui peuvent être balayées d’un revers de main le week-end prochain. Pour le bien de la Ligue 1 ces clubs doivent se reprendre, et on les suivra d’un œil attentif durant leurs prochains rendez-vous.

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