Le Gros Dossier #1 : Mercato 2021, symbole ultime de la puissance de l’argent dans le football.

Depuis quelques années maintenant, il est de connaissance commune que l’argent est nécessaire pour un club de football dans l’optique de se développer et d’avoir de meilleurs résultats. Le Club 115 vous propose de découvrir pourquoi le mercato d’été de l’année 2021 est le symbole de la main mise de l’oligarchie et du règne de l’argent sur le football moderne.

Une escalade inévitable?


Tout d’abord, cette omniprésence oligarque dans les plus grands clubs de football provoque forcément des déséquilibres dans les mouvements de joueurs. Au fil des années, ce phénomène s’est amplifié, les clubs augmentant toujours plus leurs ressources économiques pour battre les autres. On assiste à une véritable course à l’armement dans laquelle le plus riche arrivera à se procurer les meilleures « armes » pour gagner à la fin. L’obsession des supporters des clubs visés (Manchester City, Paris Saint Germain ou Chelsea) pour une victoire en Ligue des Champions renforce cette nécessité d’avoir toujours plus de grands joueurs, en les payant toujours plus cher.

Cette escalade de l’investissement à outrance remonte au tout début des années 2000. Lors de l’été 2001, le Real Madrid sort le chéquier en recrutant Zinedine Zidane pour plus de 77M€, une somme pharamineuse pour l’époque. L’assemblage de l’équipe des Galactiques et les résultats positifs qui ont suivis ont donné des idées aux autres clubs, qui ont vu dans le projet du Real la possibilité de gagner grâce à l’argent. Pendant trois ans, ce Real Madrid a marché sur tout le monde que ce soit en Espagne ou en Europe. Et Florentino Perez a voulu refaire le coup à la fin des années 2000, lorsqu’à l’été 2009 il avait craqué le porte-monnaie pour notamment s’offrir les services de Cristiano Ronaldo (94M€), Kaka (67M€), Karim Benzema (35M€) ou Xabi Alonso (34.5M€). Un assemblage de talents payé au prix fort qui répondra aux attentes avec de très bons résultats sur la durée.

L’été 2009, les nouveaux Galactiques.

Ce modèle madrilène a donc fait des émules, notamment en Angleterre où de nombreux fonds sont venus investir dans des clubs pour essayer de reproduire le schéma de réussite footballistique. La famille Glazer à Manchester United qui investit près de 1.5 milliards depuis le départ de Sir Alex en 2013 avec des résultats mitigés, ou Vichai Srivaddhanaprabha, homme d’affaire à la tête du consortium qui rachète le club de Leicester (alors en D2) en 2010 pour les faire remonter en Premier League 10 ans après l’avoir quitté. Résultat ? Des investissements massifs qui ont permis au club de progresser et même de gagner le championnat lors de la saison 2015-2016.

Un des exemples les plus parlant est celui de Roman Abramovitch qui a racheté Chelsea en 2003 et investit énormément dans le club : 2 milliards et 222 millions d’euros dépensé sur les seuls transferts depuis qu’il a pris la tête du club londonien. Cela ne comprend donc pas les investissements dans le centre de formation ou les structures du club. Cet investissement est inégalé sur la période, seul Manchester City peut lutter avec 2,016 milliards d’euros investis. Avec son rythme actuel, on peut aussi supposer que le PSG arrivera à ce stade à court ou moyen terme. Avec ces investissements inédits, le club du nord de Londres s’est construit une histoire, un fanbase mondiale et un palmarès à coup de millions d’euros.
Pour preuve : voici un comparatif du palmarès avant l’arrivée d’Abramovitch avec le palmarès actuel. Rappelons que le club a été fondé en 1905, il n’est donc pas récent comme le peut l’être un RB Leipzig en Allemagne (2009.

Avant Abramovitch


  • 1 titre de champion d’Angleterre, 0 deuxième place et 4 troisième place
  • 3 FA Cup
  • 0 Ligue des Champions
  • 0 C3 (Coupe de l’UEFA / Ligue Europa)
  • 0 Youth League

Après Abramovitch


  • 6 titres de champion d’Angleterre, 4 deuxième place et 8 fois troisième.
  • 8 FA Cup
  • 2 Ligue des Champions
  • 2 C3 (Coupe de l’UEFA / Europa League)
  • 2 Youth League

La différence est donc énorme pour ce club en 18 ans de temps, qui est donc passé du statut d’entité lambda avec très peu de palmarès, à celui de vainqueurs réguliers dans diverses compétitions. Cette course à l’armement et à l’investissement a connu une escalade dans l’histoire récente du sport, avec l’arrivée dans le monde du football des fonds provenant des pays du Moyen-Orient, avec les Emirats Arabes Unis et le Qatar en tête de liste. En effet, les rachats de Manchester City et du Paris Saint Germain suivent le même modèle que Chelsea, en faisant d’un club dans la masse – voire banal – une superpuissance du football mondial.

Manchester City et le PSG, exemples concrets


Concernant Manchester City, on parle quand même d’un club qui était tombé en troisième division anglaise à la fin des années 90, et qui s’était reconstruit petit à petit pour retrouver l’élite au début des années 2000. Une transformation pré-rachat qui a ramené l’autre club de Manchester au sein de la première division en stabilisant année après année. Mais justement le rachat du club par le fond d’investissement des Emirats Arabes Unis a propulsé le club dans les hauteurs de l’élite. Terminant la saison 2007-2008 à une modeste 9ème place avec un bilan de 15 victoires, 10 matches nuls et 13 défaites, rien ne laissait entendre que ce club allait dominer l’Angleterre durant une bonne décennie par la suite.
La saison suivant son rachat, Manchester City terminait à une 10ème place bien décevante mais le niveau global de la Premier League expliquait cette difficulté à atteindre les sommets dans l’immédiat. La saison suivante les Citizens progressaient, et terminaient à la 5ème place. Suivait ensuite une place sur la troisième marche du podium lors de la saison 2010-2011, pour enfin accrocher le premier titre de champion d’Angleterre de leur histoire à l’issue de la saison 2011-2012 dans un final à couper le souffle, avec ce but de Sergio Aguero dans le temps additionnel de la rencontre.

4 ans, seulement 4 courtes saisons pour atteindre le sommet de la Premier League, considéré pour beaucoup comme le championnat le plus relevé, le plus homogène en terme de niveau. Une performance incroyable rendue possible grâce à des investissements monstres (un total de 578M£ sur une période de 4 saisons, un montant astronomique pour l’époque).

Pour le PSG, l’histoire est sensiblement la même, avec encore plus de facilités pour atteindre le sommet. A peine 3 ans après avoir frôlé la relégation, le PSG change de dimension et le groupe américain Colony Capital vend le club à QSI, un fond d’investissement qatari. 16ème, 6ème, 13ème, 4ème, voilà les classements du PSG entre la saison de la peur et le rachat qatari en 2011. Un club qui oscille donc entre les places européennes et le ventre mou du classement, avec quelques coupes pour garnir son armoire à trophées. Mais QSI est là pour donner un gros coup de boost au palmarès du club parisien, et cette infographie trouvée juste ici nous le montre bien.

Le palmarès du PSG avant le rachat par QSI.
Palmarès du PSG après le rachat par QSI.

Le contraste est flagrant, et quiconque dira le contraire n’est clairement pas lucide ni objectif. Le rachat par QSI est LE tournant de l’histoire du Paris Saint Germain. Le moment qui place un club tout en haut de la hiérarchie, pas seulement française mais européenne. 1.39 milliards d’euros dépensé en l’espace de 10 ans, les qataris n’ont pas hésité à sortir le chéquier pour remettre le club de la capitale au sommet de la Ligue 1.
A titre de comparaison, le PSG est tellement entré dans une autre sphère en Ligue 1 que l’achat de Neymar (transfert + salaire) a couté plus cher que ce que l’OL a payé pour la construction du stade du Groupama Stadium. ( 489M€ contre 405M€ pour le Groupama Stadium).

Depuis, il est très courant d’entendre des supporters ou de lire des commentaires espérant que leur club de cœur se fasse racheter pour avoir un espoir d’être compétitif sur le plan national, ou européen. Un modèle de réussite qui donne des idées à d’autres, ce qui ne freinera certainement pas cette escalade de l’investissement, et qui pose des questions concernant l’équité entre les clubs.

Une concurrence déloyale?


Ces investissements à outrance permettent donc à ces clubs de réussir, de gagner des titres mais quid les autres clubs dans tout cela? Comment être compétitif lorsqu’une écurie achetée par un fonds d’investissement peut mettre sur un joueur l’équivalent d’une enveloppe mercato d’un club classique ? Dans ce cas l’exemple de Manchester City est moins représentatif, puisque les droits TV extrêmement élevés ainsi que les autres clubs détenus par des grandes puissances font que la différence de niveau n’est pas aussi flagrante.

Mais si nous prenons le cas du PSG, comment faire pour les autres clubs ? Avec une réglementation financière très strict gérée par une DNCG opaque, les équipes de ligue 1 sont limitées en termes de mouvements. La domination sans partage du PSG sur le championnat depuis 10 ans nous le montre comme vous avez pu le voir sur l’image ci-dessus. Les surprises sont possibles, mais le PSG reste sans concurrents stables depuis des années. Cette domination a même fait que le match le plus chaud, le plus attendu pour leur ennemi de toujours, l’OM, n’est plus celui contre le PSG, mais contre l’Olympique Lyonnais. Comme pour se battre pour la place de deuxième club de Ligue 1.

Le PSG champion, une évidence maintenant, une habitude prise en Ligue 1.

Mais je vous entend déjà me répondre : « Si ils ont de l’argent, tant mieux s’ils peuvent le dépenser », et vous aurez raison. Mais cette question d’équité se pose surtout sur le cas des joueurs dont le contrat est arrivé à expiration. Lorsqu’un joueur est sous contrat, il est bien souvent dur de pouvoir l’attirer si on ne peut pas payer l’indemnité de transfert demandée par le club. Mais alors quand le joueur est libre, et qu’il représente une opportunité pour un club de passer d’une bonne équipe à une très bonne équipe, cette super-puissance financière vient tout gâcher.

Dans un monde du football désormais influencé par les agents, la signature des joueurs libres ressemblent désormais plus à une enchère, à celui qui promettra la prime à la signature la plus chère et les commissions d’agent les plus avantageuses. Et dans ce système là, il n’y a pas de place aux clubs ambitieux qui ne sont pas richissimes. Impossible de concurrencer un monstre qui peut mettre plusieurs dizaines de millions d’euros en prime à la signature et donner un salaire astronomique, quel que soit le projet sportif ou l’attractivité du championnat.

Encore une fois cette hégémonie de l’argent est flagrante dans le cas du PSG, qui roule sur la Ligue 1 et les coupes sans aucune discussion. L’argent achète-t-il vraiment les titres ? En tout cas l’attractivité salariale tend à le penser, puisque selon les données récoltées pour la saison dernière, un joueur du PSG toucherait 800 000 euros par mois en moyenne, alors qu’un joueur de l’OM ou de l’AS Monaco, pourtant des clubs a gros budget, ne perçoivent « que » 202 000€ et 185 000€ en moyenne. Une différence énorme.
Pour accentuer ce gouffre financier entre le PSG et les autres, pas moins de 13 joueurs (!!!) percevaient plus de 500 000 euros par mois, alors que le salaire le plus élevé d’un club comme l’OL, pourtant réputé comme bien géré, s’élevait à 483 000€ pour Memphis Depay (maintenant parti du club).

Memphis et Neymar, patrons de leur équipe mais un salaire si différent

Cette puissance financière, en plus de pouvoir payer les clubs au prix fort, ne laisse aucune chance aux clubs de se renforcer avec des joueurs libres, qui peuvent parfois leur permettre de franchir un cap, et de construire un groupe ambitieux avec un projet solide à long terme. Finalement, cette dictature financière ne permet pas du tout de tirer tout les championnats vers le haut : elle ne fait qu’accentuer le fossé qui sépare les superpuissances économiques des clubs plus modestes.

2021, le paroxysme du règne de l’argent


Le mercato d’été 2021 est donc le symbole de cette différence entre les clubs richissimes et les autres. Dans un contexte économique difficile pour tous avec la pandémie, les revenus liés à la billetterie manquants, les clubs riches n’ont eu aucun problème pour sortir le chéquiers quand la plupart de leurs concurrents devaient vendre pour équilibrer leur budget, ou même demander des baisses de salaires pour rester dans les clous.

Le PSG a été un grand agitateur de ce mercato, avec la signature d’Achraf Hakimi (acheté à un Inter Milan qui devait vendre), de Nuno Mendez ou des joueurs libres (comme ou vous l’expliquait plus tôt) comme Sergio Ramos, Wijnaldum ou Lionel Messi. En accordant des primes à la signature importantes et des commissions d’agent élevée, le PSG s’est bien renforcé.

Ce constat ne vaut pourtant pas que pour la Ligue 1, mais pour le football européen. Les clubs détenus par des fonds d’investissements très riches se trouvent majoritairement dans le championnat d’Angleterre, et la comparaison des investissements effectués durant cet été risque de vous faire tomber de votre chaise. Entre la Premier League, la Serie A et la Liga, ces championnats faisant parti du Top 4 européen, les dépenses nettes s’élèvent à :

  • 1 340M€ pour la Premier League
  • 552M€ pour la Serie A
  • 293M€ pour la Liga.

Une différence ahurissante qui montre cette polarisation des transferts et de l’argent qui transite entre les clubs. Des recrutements à coup de centaines de millions d’euros, sans être inquiétés par le fair-play financier puisqu’il a été supprimé pour que les clubs puissent se relever de cette période difficile économiquement.


Conclusion

Les investissements provenant de fonds du Moyen-Orient ou d’autres oligarchies transforment donc le football que nous connaissons, avec ses points positifs et ses points négatifs. Bien sûr, voir des stars mondiales jouer ensemble est quelque chose de magnifique pour les fans de football, mais la question de l’équité et de la compétitivité avec les autres clubs se pose. Le fossé se creuse d’année en année entre les très riches et les plus modestes, ne pouvant pas se permettre certaines folies. Il parait maintenant nécessaire de se faire racheter pour espérer décrocher une coupe d’Europe ou une place pérenne dans les hauteurs du championnat.

Ce mercato 2021 illustre bien cette importance de l’argent dans le football et l’influence de ces investissements sur les résultats d’une équipe. Autrefois, les clubs formaient leurs équipes intelligemment. Il fallait dénicher les bonnes affaires et les jeunes perles. Maintenant, il suffit d’aligner les zéros sur le chèque, empiler les stars et être heureux de gagner. Les supporters de ces clubs vous répondront que ce discours n’est que jalousie, mais réfléchissez deux minutes : Lorsque vous jouiez au football dans la cour de récré, vous auriez aimé que l’équipe adverse joue avec tout les plus grands de l’école juste parce que le capitaine de l’équipe a plus de bonbons à offrir que vous ? Est-ce là la définition du sport et de la compétition?

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