Tour d’Espagne : le bilan de la Vuelta 2021

Ce dimanche, la Vuelta a Espana 2021 s’est achevée à Saint-Jacques de Compostelle avec la victoire finale de Primoz Roglic. Il est donc grand temps de tirer un bilan de ces trois semaines de pérégrinations.

Primoz Roglic (Jumbo-Visma) intouchable

« Sans risques, pas de gloire ». Cette petite phrase aux allures de grande citation, prononcée par le coureur slovène peu après l’arrivée de la dixième étape, résume à la perfection la performance remarquable de Primoz Roglic sur ce Tour d’Espagne. Lauréat du classement général final avec l’avance confortable de 4’42’’ sur son dauphin Enric Mas (Movistar), l’ancien sauteur à ski a remporté sa troisième Vuelta consécutive avec la manière et un panache digne des grands champions.

Fort de ses qualités de grimpeur, soutenu par une équipe Jumbo-Visma solide et avantagé par le contre-la-montre final à Saint-Jacques de Compostelle, Roglic aurait pu se contenter de gérer son avance sur ses adversaires, acquise dès les premières étapes, en courant à prudemment, à l’économie, comme il l’a si bien fait par le passé. Cette fois-ci, il n’en a rien été, bien au contraire.

Offensif, Roglic a su gommer son image d’attentiste irritant en en attaquant avec audace là où ne l’attendait pas forcément, surtout en dernière semaine. Ainsi, c’est bien lui qui a lancé les hostilités dans la dixième étape en attaquant dans la seule difficulté répertoriée, l’Alto de Almacar, un modeste col de 2e catégorie… avant de payer son audace en chutant dans la descente ! Qu’importe, Roglic se relève toujours, on le sait. Quelques jours plus tard, sur la route des lacs de Covadonga, c’est encore lui qui a accompagné le coup de force d’Egan Bernal (Ineos-Grenadiers), sorti du rang à 60km du but, avant d’assommer son adversaire dans l’ascension finale.

Dès lors, au-dessus du lot en montagne comme en contre la montre, Roglic n’a plus lâché le maillot rouge de leader qu’il a auparavant volontairement laissé à Taaramae, Elissonde et Eiking, preuve de la maitrise constante qu’il a eu sur le scénario de course. Avec quatre victoires d’étapes, dont la première et la dernière, Primoz Roglic a donc ébloui de sa classe une compétition où aucun de ses concurrents n’a jamais pu réellement l’inquiéter.

L’équipe DSM s’est fait plaisir !

Romain Bardet a remporté une étape sur un grand tour pour la première fois depuis le Tour de France 2017

Venue sur cette Vuelta avec un effectif outillé pour viser les victoires d’étapes, l’équipe DSM a largement atteint ses objectifs à l’issue des trois semaines de course avec trois succès dans la musette. Si le sprinter Alberto Dainese n’est pas parvenu à battre Jakobsen et consorts au sprint (une fois deuxième, deux fois troisième d’étape), c’est en passant constamment à l’offensive que la formation néerlandaise a atteint ce bilan très positif.

Souvent représentés en nombre dans les échappées, les coureurs de la DSM ont donc joué les animateurs en montagne, surtout par l’intermédiaire des deux meilleurs escaladeurs de l’effectif : Romain Bardet et Michael Storer. Le Français, revenu en grande forme, a dans un premier temps joué placé au classement général. Prétendant à un top 5, Bardet a malheureusement dû revoir ses plans après une violente chute dans le final tendu de la cinquième étape. Amoché, genou douloureux, hors-jeu au classement général, l’homme de Brioude a donc chassé les étapes en prenant les échappés. Sixième au sommet de Valdepeñas de Jaén, en luttant contre les favoris dans un final qui correspondait parfaitement à ses qualités de puncheur, Bardet a finalement levé les bras lors de la quatorzième étape, après avoir écœuré ses compagnons d’échappée.

Auparavant, son jeune équipier Michael Storer, lauréat du dernier Tour de l’Ain, avait réussi le même exploit lors de la septième et de la dixième journée de course. Une performance qui confirme ses aptitudes en montagne, symbolisée par le maillot de meilleur grimpeur ramené à Saint-Jacques de Compostelle avec 80 points, soit 19 de mieux que son premier poursuivant… un certain Romain Bardet ! Oui, les DSM se sont régalés sur cette Vuelta !

Le hat-trick de Magnus Cort Nielsen (EF Education First)

Magnus Cort Nielsen remporte la 12e étape de la Vuelta!

Le coureur danois Magnus Cort Nielsen a réalisé une Vuelta éblouissante, avec trois victoires d’étape à la clé, sur trois types de terrain différent. Il aurait même pu ajouter à cela deux autres succès supplémentaires, avec une troisième place au sprint derrière Fabio Jakobsen (Deceuninck-Quick Step) et Arnaud Démare (Groupama-FDJ) lors de la quatrième étape, et une deuxième place sur le contre-la-montre final de dimanche, battu de seulement 14 secondes par Primoz Roglic.

Echappé à de nombreuse reprise, Magnus Cort Nielsen a fait étalage de ses nombreuses qualités au cours de ces trois semaines d’efforts. Catalogué sprinter à son passage chez les professionnels en 2015, le Danois, fin stratège, est donc bien plus que cela. En effet, sa première victoire, lors de la sixième étape, a été acquise au forceps grâce à ses qualités de puncheur sur un terrain difficile. En tête de la course, Magnus Cort Nielsen est parvenu à résister dans les derniers hectomètres au retour tonitruant des favoris et de Primoz Roglic, venu mourir à quelques encablures de sa roue. Ensuite, lors de la douzième étape, c’est dans un sprint en petit comité qu’il s’est imposé, prenant l’avantage sur Michael Matthews (Mitchelton-Scott) grâce au bon travail de son équipier Jens Keukeleire. Le tout à l’issue d’une journée vallonée. Enfin, le moustachu est parvenu à régler ses compagnons d’échappée lors de la 19e étape, après avoir résisté avec eux au retour du peloton.

En sprinter, en puncheur ou en baroudeur, qu’importe, c’est toujours avec la manière que Magnus Cort Nielsen s’est imposé sur cette Vuelta ! Une performance qui porte à six le nombre de ses succès sur cette épreuve depuis le début de sa carrière. Et pour cause, les routes escarpés et irrégulières de l’Espagne correspondent très bien au profil de ce coureur passe-partout…

Les coureurs français à l’honneur !

Première victoire professionnelle pour Clément Champoussin !

Malgré l’échec d’Arnaud Démare, qui n’est finalement pas parvenu à remporter le moindre bouquet, le bilan tricolore de cette Vuelta 2021 est largement positif. Trois victoires d’étapes ont été glané respectivement par Florian Sénéchal (Deceuninck-Quick Step), Romain Bardet (Team DSM) et Clément Champoussin (AG2R-Citroën) lors des 13e, 14e et 20e étape de la compétition. Lanceur attitré de son équipier et ami Fabio Jakobsen, Florian Sénéchal a également abattu un travail colossal dans la préparation des sprints du néerlandais. Rouage essentiel de son train, le nordiste a pu saisir sa chance et l’emporter au sprint face à Matteo Trentin (UAE Team Emirates), puisque Jakobsen, pris dans une cassure provoquée par ses équipiers, n’a pu sprinter.

De leurs côtés, Bardet et Champoussin ont triomphé en montagne en prenant part à des échappées lointaines. Agé de 23 ans, Champoussin a fait preuve d’un cran exceptionnel en attaquant Roglic, Mas, Haig et Yates, revenus de l’arrière, peu avant la flamme rouge. Le jeune Clément est donc allé cueillir avec panache et audace sa première victoire professionnelle, devant le gratin de ce Tour d’Espagne, dont il prend la seizième place !

En outre, il est important de noter la belle neuvième place de Guillaume Martin (Cofidis) au classement général final, malgré une lourde chute lors de la 16e étape qui l’a beaucoup handicapé en dernière semaine. Longtemps dans le top 5, Martin a fait preuve d’un courage exemplaire et d’une régularité remarquable après sa huitième place sur le dernier Tour de France. Sur cette Vuelta il a pu compter sur le soutien précieux de son équipier Rémy Rochas, quinzième du classement général final, l’une des révélations de la course en montagne. Souvent à l’attaque, Geoffrey Bouchard (AG2R-Citroën) termine quant à lui quatorzième de l’épreuve, tandis que Kenny Elissonde (Trek-Segafredo) a connu le bonheur de revêtir le maillot rouge de leader lors de la 5e étape.

Les mésaventures de la formation Movistar

Miguel Angel Lopez

Avec la deuxième place au classement général final d’Enric Mas, le bilan de la Movistar n’est pas complètement négatif, d’autant plus que l’espagnol a été le plus sérieux rival de Primoz Roglic en montagne. Offensive et parfois inspirée, l’équipe d’Eusebio Unzue a également remporté une magnifique étape au sommet de l’Alto del Gamoniteiro par l’intermédiaire de son autre chef de file, le grimpeur explosif Miguel Angel Lopez.

Néanmoins, le bilan aurait pu être bien plus reluisant si l’équipe n’avait pas connu autant de mésaventures tout au long de l’épreuve. Ainsi, seul quatre coureurs ont achevé cette Vuelta (Mas, Erviti, Rojas et Oliveira). Décimé par les blessures, le Team Movistar a d’abord perdu son capitaine de route Alejandro Valverde, très en jambe, suite à une lourde chute lors de la septième étape. Fracture de la clavicule droite pour le vétéran ibérique, dont les pleurs ont profondément ému la planète cyclisme. Privée de son guide emblématique, de « son âme » d’après les mots de Carlos Verona, Movistar a ensuite dû déplorer l’abandon de Johan Jacobs et de ce même Vérona, toujours suite à de lourdes chutes.

Dernier épisode de la saga : l’abandon rocambolesque de Miguel Angel Lopez lors de la 20e étape. Troisième du classement général au départ de l’avant dernière journée de course, le bouillonnant colombien n’a pas supporté de voir ses rêves de podium s’envoler lorsque Primoz Roglic, Enric Mas, Adam Yates et Jack Haig l’ont distancé dans l’Alto de Moguas à près de 60km de l’arrivée. Piégé dans un groupe de battus avec Egan Bernal, sans équipier ni soutien de la part de ses compagnons pour mener la poursuite, « Superman » Lopez a déchanté lorsque son directeur sportif lui a demandé de ne pas tenter de revenir car son équipier Enric Mas figurait dans le groupe de tête, bien emmené par la Bahrain-Victorious de Jack Haig.

Dès lors, en rage et profondément frustré, Lopez a soudainement décidé d’abandonner, alors qu’il pouvait encore prétendre à un Top 5 au classement général final. Une heure de négociation avec son directeur sportif Patxi Vila et son équipier Imanol Erviti ne suffiront pas à faire changer d’avis Lopez, longtemps porté disparu sur la route avant que son abandon ne soit officialisé. Mêmes ses équipiers n’étaient pas informés de cette mascarade qui a fait grand bruit. Le lendemain, dans un communiqué, Lopez s’est excusé de son comportement, mais les relations avec son équipe semblent toujours assez froides. Dans tous les cas, les suiveurs ont hâte de découvrir la saison 3 de la série Movistar sur Netflix. Cela nous promet en effet des moments insolites et cultissimes !

Du spectacle mais pas de suspens

Egan Bernal a attaqué, mais n’a rien pu faire pour contrecarrer la domination de Roglic…

On le sait, ce qui fait l’essence même du sport, c’est l’incertitude, le suspens. Hélas, à l’image du Giro et du Tour 2021, respectivement dominés par Egan Bernal et Tadej Pogacar, cette Vuelta a été maitrisée d’une main de maitre par Primoz Roglic, jamais inquiété. Au premier jour de repos, déjà, il possédait une avance confortable sur ses poursuivants, puisque seul Enric Mas pointait à moins d’une minute (à 28 secondes précisément). Mais ensuite, Roglic n’a laissé que peu d’espoir à l’espagnol, repoussé à 2’22’’ au soir de la 17e étape achevée aux lacs de Covadonga. Bernal et Yates pointaient eux à plus de quatre minutes…

Pour autant, les adversaires de Roglic, notamment l’équipe Ineos, ont tout tenté pour renverser la tendance, notamment lors des 17e et 20e étapes, trépidantes de bout en bout. On l’a dit, Roglic lui-même n’a pas été avare de panache. En somme, une Vuelta réussie avec du spectacle, des scénarios de courses intéressants et qui sortent des standards habituels. Mais jamais il n’y a véritablement eu de suspens concernant la lutte pour la victoire finale, tant Roglic était supérieur physiquement. Dommage…

Alexis Kopp

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