Cyclisme – Elizabeth Deignan remporte le premier Paris-Roubaix féminin de l’Histoire !

(ERIC LALMAND / BELGA / AFP)

Historique ! Elizabeth Deignan (Trek-Segafredo) a magistralement remporté la première édition féminine de Paris-Roubaix à l’issue d’un numéro solitaire long de 82 kilomètres ! Une performance remarquable, qui a d’ores et déjà marqué l’histoire du cyclisme et de Paris-Roubaix.

« Lizzie » Deignan, pour l’Histoire !

Elizabeth Deignan s’est échappée à 82 kilomètres de l’arrivée… elle ne sera plus revue ! (ERIC LALMAND / BELGA / AFP)

Rien, pas même le ciel menaçant qui plane au-dessus de Denain, ne pouvait entraver la joie et l’excitation des 129 pionnières qui ont pris le départ à 13h30 de la première édition féminine de Paris-Roubaix, jamais organisé auparavant. Une grande première donc pour le cyclisme féminin, en plein développement avec l’apparition de nouvelles structures professionnelles, la création de courses supplémentaires et l’augmentation du nombre de retransmissions télévisuelles. De fait, si l’Enfer du nord s’écrivait jusqu’à présent exclusivement au masculin, il a dorénavant son pendant féminin ! Et ce comme bien d’autres compétitions désormais, en attendant le Tour de France féminin prévu pour l’été prochain.

Et cet Enfer du nord 100% féminin long de 116km (dont 29,2 de secteurs pavés !) a consacré une première reine, en la personne de la britannique Elizabeth Deignan, auteure d’une prestation sensationnelle sur les pavés du nord. Au kilomètre 34, à peine les premiers secteurs en vue, elle prend la poudre d’escampette, peut-être sans trop y croire mais avec la conviction d’écrire l’Histoire au fil de ses coups de pédales. Déjà lauréate d’un Tour des Flandres par le passé, les pavés elle connait et elle apprécie ! Glissants, boueux et cabossées, ceux de Paris-Roubaix sont pourtant emplis de pièges particulièrement ardus à négocier, surtout lorsque la pluie est de la partie.

Quel exploit pour Deignan, qui savoure son succès de prestige ! (Le Soir)

Qu’importe, contre vents et marées, Deignan serre les dents pour continuellement creuser l’écart sur des poursuivantes désorganisées. Sans jamais faiblir, la pensionnaire de la formation Trek-Segafredo porte ainsi son avance à près de deux minutes à 30km du vélodrome de Roubaix, où elle entre finalement en triomphatrice après 82 kilomètres de fugue solitaire ! Un exploit d’un autre temps. Et une entrée fracassante sur les tablettes de Paris-Roubaix pour celle qui a su dompter les pavés tout en maitrise. Soignant ses trajectoires, Deignan s’est toujours appliquée à rouler le haut du pavé pour éviter les bas-côtés gadoueux, ce qui lui a évité nombre d’incidents fâcheux.

Marianne Vos tente le tout pour le tout !

Auteure d’une poursuite efficace, Marianne Vos a laissé trop de marge à Deignan pour espérer pouvoir la rattrapper… (Twitter Road18)

Derrière elle, toutes n’ont pas eu cette chance. Dans un peloton rapidement disloqué par les pavés, les chutes se sont multipliées, parfois violentes, hachant toujours plus une poursuite peu efficace derrière la coureuse de tête. Entre glissades et fatigue, qui éliminent notamment les favorites Lotte Kopecky (Liv Racing), Cecilie Uttrup Ludwig (FDJ Nouvelle Aquitaine Futuroscope) ou encore Christine Majerus (SD Worx), le groupe de chasse se réduit d’ailleurs rapidement à portion congrue. A une trentaine de kilomètres du but, il ne compte plus qu’une dizaine de filles, privées d’équipières pour mener efficacement la poursuite.

Alors, l’éternelle Marianne Vos (Jumbo-Visma), emblème du cyclisme féminin contemporain s’il en est, a décidé de prendre les choses en main, à sa manière. A 18km de l’arrivée, la néerlandaise triple championne du monde place une violente accélération dans l’iconique secteur du Carrefour de l’Arbre pour faire exploser le petit groupe de contre et se lancer dans un long raid solitaire derrière Deignan. Efficace, Vos s’isole, distance Elisa Longo Borghini (Trek-Segafredo) trop juste techniquement et grignote progressivement l’avance de l’échappée. Mais il est déjà trop tard. Malgré sa poursuite énergique, à l’entrée du Vélodrome la vice-championne du monde 2021 compte encore 1’17’’ de retard sur son adversaire, qu’elle ne manque pas de féliciter une fois la ligne d’arrivée franchie en deuxième position. Tout comme Elisa Longo-Borghini, troisième après avoir bien résisté au retour de Lisa Brennauer (Ceratizit-WNT Procycling), qui glisse à sa coéquipière en larmes : « you made the history ».

Les larmes de bonheur de Deignan

Après 116km en Enfer, il faut encore soulever le pavé de la victoire ! (FRANCOIS LO PRESTI – AFP)

Oui, « Lizzie » Deignan a écrit l’Histoire. La sienne d’abord, mais aussi celle désormais féminine de Paris-Roubaix, tout comme les 128 autres précurseuses, chacune à leur échelle. Elles ont connu les chutes, les crevaisons, les secousses vicieuses des pavés, la boue des bas-côtés. Elles ont gouté, pour certaines, à l’extase et à la délivrance du franchissement des portes du Vélodromes, à l’image d’Audrey Cordon-Ragot (Trek-Segafredo), première française sur la ligne (8e). Pour d’autres, ce Paris-Roubaix eut en revanche l’amertume de la déception, des larmes, de la douleur. Mais toutes, à l’avant comme à l’arrière, ont souffert. Au diable le mal de jambes, c’est bien normal ! Car en ce jour mémorable elles ont pour la première fois connu l’Enfer… pour leur plus grand bonheur !

Alexis Kopp

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