Cyclisme – Paris-Roubaix : nos 5 faits marquants de l’Enfer du Nord !

(FRANCOIS LO PREST / AFP)

A l’issue d’une course d’anthologie, l’italien Sonny Colbrelli (Bahrain-Victorious) a remporté la 118ème édition de Paris-Roubaix, disputée dans des conditions climatiques dantesques. Sur le vélodrome roubaisien, le récent champion d’Europe a réglé au sprint ses compagnons d’échappée Gianni Vermeersch (Lotto-Soudal) et Mathieu Van der Poel (Alpecin-Fénix). Premier français, Christophe Laporte (Cofidis) a coupé la ligne en sixième position.

Une course mémorable

Les coureurs ont dû affronter des conditions exécrables ce dimanche ! (B.Papon, L’Equipe)

A l’heure d’écrire ces lignes, difficile de trouver les superlatifs pour qualifier justement la 118ème édition de Paris-Roubaix qui s’est déroulée ce dimanche. Dantesque, légendaire, mémorable, sont peut-être les termes les plus appropriés. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le spectacle a été à la hauteur des attentes après 903 jours de privation et la victoire de Philippe Gilbert en 2019. Deux reports et une annulation plus tard, « la reine des classiques » a enfin retrouvé sa place dans le calendrier cycliste, et de quelle manière !

Disputé sous un ciel capricieux qui a déversé son crachin sur la course pour la première fois depuis 2001, ce Paris-Roubaix 2021 fut un gigantesque chantier. Pour le plus grand plaisir du public, mais au grand dam des coureurs, trempés par les intempéries, maculés de terre et usés par la répétition des efforts au fil des kilomètres. Les traits tirés, le visage déformé par la fatigue, la démarche fantomatique, ce n’étaient bientôt plus que des silhouettes gadoueuses et anonymes luttant pour leur survie sur des secteurs gluants pavés de mauvaises intentions. Ne pas partir à la faute relevait de l’exploit, entre les flaques inondant la chaussée, les bordures rendues impraticables par l’humidité et cette boue, toujours plus conséquentes, donnant à certains secteurs une adhérence digne des meilleures patinoires.

Mathieu Van der Poel et Sonny Colbrelli, maculés de boue, sont méconnaissables.

Alors, comme sur un fil, les géants de la route se sont échinés à éviter les chutes, si nombreuses, et les incidents mécaniques, le matériel étant lui aussi mis à rude épreuve tout au long de cette journée en Enfer. Coureurs comme suiveurs ont donc lutté contre la force des éléments durant 258km, repoussant parfois les limites de la gravité. Et au bout de cette journée de souffrances, où l’exploit sportif s’est apparenté à une forme d’héroïsme téméraire, les portes du Vélodrome de Roubaix ont sonné l’heure de la délivrance pour les rescapés de cette aventure d’une autre époque. Celle des courses épiques qui ont fait la légende du sport cycliste, à l’instar de cette édition de Paris-Roubaix qui a marqué les corps et les esprits de tous les participants.

D’ailleurs, nombreux sont ceux qui ont tenu à terminer cette épreuve hors du commun malgré la douleur, même loin derrière. Parfois au-delà des délais, comme le jeune belge Tom Paquot (Bingoal-Wallonie Bruxelles), arrivé bon dernier, en pleurs, après avoir lutté 150km en solitaire pour achever son premier monument, seulement escorté par l’ombre menaçante de la voiture balais.

Les larmes du Vélodrome

La joie débordante de Sonny Colbrelli, vainqueur du 118ème Paris-Roubaix ! (Getty Images)

Pour comprendre ce que représente Paris-Roubaix pour ces champions, il fallait voir la joie de Sonny Colbrelli, ivre de bonheur, presque en transe, après sa victoire arrachée au sprint sur le Vélodrome face à la jeune pépite Florian Vermeersch (Lotto-Soudal), épatant rescapé de l’échappée matinale, et Mathieu Van der Poel (Alpecin-Fénix), grand animateur de la course durant plus de deux heures. Démonstrative et particulièrement bruyante, l’extase du champion d’Europe contrastait avec l’abattement de Mathieu Van der Poel, affalé sur la pelouse, inerte, comme assommé par l’épuisement et la déception. Plus loin, Vermeersch, grande révélation de l’épreuve à seulement 22 ans, a lui aussi fondu en larmes… de joie, de déception, de fatigue ? Nul ne le sait. C’est la magie de Paris-Roubaix : une épopée qui dévoile toute la dimension humaine de ces champions ultra-professionnalisés, poussés par les éléments jusque dans leurs derniers retranchements, au point de dévoiler leurs failles et leurs sensibilités.

Une course riche en rebondissements !

Image impressionnante du peloton en aquaplaning emmené par Wesley Kreder et Alexander Kristoff. (AFP)

Néanmoins, avant de s’effondrer sur le gazon verdoyant du Vélodrome, le triptyque gagnant de ce Paris-Roubaix a dû faire la différence sur la route… et surtout sur les pavés ! Attaquant de la première heure, Vermeersch s’est porté en tête de la course précocement en compagnie d’une trentaine d’autres téméraires, parmi lesquels des pointures comme Greg Van Avermaet (AG2R-La Mondiale), Gianni Moscon, Luke Rowe (Ineos-Grenadier), Imanol Erviti (Movistar), Davide Ballerini (Deceuninck-Quick Step) ou encore Jesper Philipsen (Alpecin-Fénix). Une échappée matinale qui aborde le premier secteur pavé avec 1’41’’ d’avance sur un peloton progressivement disloqué par les chutes, les incidents mécaniques et les cassures qui se multiplient au fil des kilomètres. Le processus s’accélère bientôt sous l’impulsion d’un certain Mathieu Van der Poel.

Florian Vermeersch a été à l’offensive toute la journée. Ici, il ouvre la route sur la Trouée d’Aremberg devant Nils Eekhoff. (La Voix du Nord)

Ainsi, à 114km du but, le néerlandais teste une première fois ses rivaux avant d’embrayer pour de bon dans la mythique Trouée d’Arenberg. Celle-ci se transforme en tombeau des Deceuninck-Quick Step, pourtant surreprésentés dans le petit groupe de favoris, puisque Florian Sénéchal, Yves Lampaert et Kasper Asgreen sont victimes coups sur coups d’incidents mécaniques rédhibitoires. Avalée à un train d’enfer par Van der Poel, la Trouée achève d’écrémer le « peloton » des cadors déjà réduit à une quinzaine de concurrents, et dévoile les premières faiblesses de Wout Van Aert, contraint de chasser après avoir évité une chute de justesse. Seulement flanqué de l’étonnant Guillaume Boivin (Israël Cycling Academy) et de Sonny Colbrelli (Bahrain-Victorious), attentif tout au long de la journée, Van der Poel poursuit ensuite son forcing dans le secteur du Pont-Gibus, mais toujours une minute derrière les rescapés de l’échappée matinale qui font de la résistance, à l’instar de Vermeersch, isolé durant près d’une heure en compagnie du seul Nils Eekhoff (Team DSM).

Plouf ! (BELGA PHOTO DAVID STOCKMAN Photo by Icon Sport)

Rejoint par le groupe Wout Van Aert, Mathieu Van der Poel relance encore la course à 70km du but sur le secteur pavé numéro 15 ! Au forceps, aérien sur les pavés, il fait craquer son rival belge puis tout ses compagnons pour se lancer dans une remontée formidable. Sur son chemin, il reprend Sonny Colbrelli qui s’est fait la malle après Arenberg et qui s’applique ensuite à rester dans la roue du batave, surpuissant. Une tactique attentiste également adoptée par Guillaume Boivin et Baptiste Planckaert (Wanty-Group Gobert), ramassés en chemin… ce qui aurait pu coûter cher ! Car si le champion du monde de cyclo-cross, privé de soutient est assez généreux dans l’effort pour repousser définitivement le groupe Van Aert, désorganisé, il ne parvient pas à remonter les échappés du matin…

Wout Van Aert a souvent réagi à contre-temps et termine 7ème au final ! (BELGA PHOTO DAVID STOCKMAN By Icon Sport)

Les espoirs brisés de Gianni Moscon !

Gianni Moscon a cru tenir la plus grande victoire de sa carrière… (Luca Bettini/BettiniPhoto©2021)

Surtout lorsque Gianni Moscon, discret depuis le départ, prend les choses en main ! A 52km de Roubaix, dans le secteur d’Auchy-les-Orchies à Bersée, l’italien distance Vermeersch et Van Asbroeck (Israël Start Up Nation), ses deux derniers compagnons de fugue. Avec agilité et puissance, Moscon négocie brillamment les secteurs pavés, dégageant une impression de facilité inquiétante pour des poursuivants toujours maintenus à distance respectable. Mieux, à la sortie du secteur clé de Mons-en-Pévèle, son avance culmine à 1’20’’ sur le groupe de chasse, toujours tracté par un Mathieu Van der Poel abandonné à lui-même par Colbrelli et Boivin.

Hélas, le destin se charge de rappeler à Moscon que la victoire n’est jamais acquise qu’une fois la ligne d’arrivée franchie. Tandis qu’il semble s’envoler irrésistiblement vers un succès mérité, le transalpin est d’abord victime d’une crevaison lente à la roue arrière au seuil des trente derniers kilomètres. Reparti avec 45 secondes de marge, le coureur d’Ineos semble dorénavant subir les pavés, lui qui les domptait pourtant si habilement quelques minutes auparavant. Et pour cause, équipé d’un nouveau vélo avec des pneus davantage gonflés, Moscon rebondi littéralement sur les pavés glissants, chassant de la roue arrière dès qu’il enroule du braquet.

Las, l’inévitable se produit à 26km de l’arrivée : Moscon part en glissade, abandonnant dans la boue ses rêves de victoire, malgré un beau baroud d’honneur. Désormais, place au trio gagnant qui se dégage dans le Carrefour de l’Arbre après avoir repris l’homme de tête, victime d’une malchance que Sep Vanmarck ne renierait pas…

C’est l’année de Colbrelli !

Sonny Colbrelli tient le haut du pavé ! (DAVID STOCKMAN / BELGA MAG)

Mathieu Van der Poel, Sonny Colbrelli et Gianni Vermeersch, qui a encore suivi le bon wagon, filent à présent vers le Vélodrome. Les relais sont timides, la pression est palpable. Toujours enclin à donner du sien, VDP croit en ses chances de battre au sprint ses deux adversaires et ne tente donc plus rien, après avoir déjà beaucoup (trop ?) donné.

Mais il est écrit que cette année, rien ne peut résister au stupéfiant Colbrelli, métamorphosé en serial-winner depuis quelques mois. Aussi, dans un sprint court l’italien développe suffisamment de puissance pour s’imposer sur la piste de Roubaix ! A 31 ans, celui qui découvrait l’Enfer du Nord pour la première fois de sa carrière (…tout comme Vermeersch et Van der Poel d’ailleurs !) glane ici son succès le plus prestigieux.

Extatique, il peine à réaliser, se cramponnant à l’herbe du vélodrome puis serrant de toutes ses forces le trophée du vainqueur, comme pour rendre concret ce qu’il pense n’être qu’un doux rêve. Car en ce mois d’octobre pluvieux, c’est bien lui qui a rayonné sur la reine des classiques, en courant intelligemment, à l’économie, comme à son habitude. Pour lui, comme pour tout ses adversaires, est maintenant venu l’heure du repos amplement mérité, alors que se profile tout doucement la fin de saison. La bonne nouvelle ? Après cette course magnifique, la prochaine édition de Paris-Roubaix s’élance dans sept mois seulement…

Ce Paris-Roubaix a été dur pour tout le monde ! (Anne-Christine POUJOULAT / AFP)

Alexis Kopp

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