Cyclisme – Tour de Lombardie : Tadej Pogacar piège Julian Alaphilippe et remporte son deuxième monument !

(Marco BERTORELLO / AFP)

Tadej Pogacar (UAE Team Emirates) a remporté cet après-midi le Tour de Lombardie, ultime monument de la saison cycliste. Le Slovène a devancé Fausto Masnada (Deceuninck-Quick Step), coéquipier du champion du monde Julian Alaphilippe piégé tactiquement dans le final. Le Français achève finalement sa saison sur une sixième place, dans le même temps qu’Adam Yates (Ineos-Grenadiers) qui complète le podium de la « classique des feuilles mortes ».

Pour bien terminer l’année, Tadej Pogacar rentre un peu plus dans l’Histoire !

Tadej Pogacar, point levé, n’a fait qu’une bouchée de Fausto Masnada ! (AFP)

Ce matin encore, lorsque le peloton du Tour de Lombardie s’est élancé à 10h20 pour le dernier monument cycliste de la saison 2021, ils n’étaient que deux à avoir réussi l’exploit de remporter un grand tour et au moins deux monuments au cours d’une même année (pour rappel, les monuments cyclistes sont Milan-San Remo, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège et donc le Tour de Lombardie), à savoir Fausto Coppi (en 1949) et le grand Eddy Merckx (en 1969, 1971, 1972 et 1973, excusez du peu). 239km d’efforts plus tard, un jeune prodige qui n’en fini pas de stupéfier les suiveurs les a rejoints sur les tablettes. Ainsi, après avoir déjà remporté Liège-Bastogne-Liège et le Tour de France en 2021, Tadej Pogacar a ajouté à ce formidable bilan une nouvelle ligne prestigieuse en remportant brillamment le Tour de Lombardie, son treizième succès de la saison !

Pourtant, le gamin de Komenda s’est plu à rappeler ces derniers jours qu’il était loin de tenir la grande forme depuis son retour à la compétition après une coupure début août, dans la foulée des Jeux Olympiques. Largué à son retour sur les routes de la Bretagne Classic, condamné à subir la course sur les championnats d’Europe et du monde, « Pogi » est progressivement monté en puissance sur les semi-classiques italiennes précédant le Tour de Lombardie, dont elles constituent un excellent marchepied. Troisième des Trois Vallées Varésines puis quatrième de Milan-Turin, Pogacar s’est donc préparé spécifiquement pour s’aligner en forme optimale sur le Tour de Lombardie, dernier objectif de sa saison… et ça a fonctionné !

Tadej Pogacar, en tête dans le Tour de Lombardie ! (AFP)

« C’est juste fou de terminer la saison comme ça ! », a-t-il exulté dans l’aire d’arrivée à Bergame. « Quand j’ai attaqué, je pensais que d’autres viendraient avec moi ». Il n’en a rien été. Sorti à 35km de l’arrivée dans la difficile ascension du Passo di Ganda (9,2km à 7,3% de moyenne), le Slovène a rapidement pris ses distances avec le petit peloton de favoris, jusque là écrémé par l’arrière sous l’impulsion des équipes DSM et Inéos-Grenadiers. Emboitant le pas à Vincenzo Nibali (Trek-Segafredo), premier gros poisson à mettre le feu aux poudres à 36km du but, il s’est ensuite débarrassé du transalpin ainsi que de Romain Bardet (Team DSM) et de Pavel Sivakov (Ineos-Grenadiers) qui ont eux aussi suivi le mouvement. Derrière, c’est la débandade. Personne ne veut assumer le poids de la poursuite dans un groupe où chacun semble être à l’ouvrage sur ces pentes abruptes, fatales à quelques pointures comme Remco Evenepoel (Deceuninck-Quick Step) et Thibaut Pinot (Groupama-FDJ), simultanément décrochés. Alors, sans trop forcer son talent, le double vainqueur du Tour de France creuse rapidement l’écart, basculant au sommet avec déjà 35 secondes d’avance sur ses poursuivants.

Enterrement de première classe entre favoris !

Julian Alaphilippe mène le groupe de favoris lancé à la poursuite de l’homme de tête ! (Getty images)

Des poursuivants guère enclins à unir leurs efforts pour tenter d’endiguer l’hémorragie. Trop soucieux de ne pas faire d’efforts pour autrui, craignant d’emmener sur un fauteuil un Julian Alaphilippe imbattable au sprint et peut-être un brin usés par la longueur de cette classique montagneuse, Adam Yates (Ineos-Grenadiers), Primoz Roglic (Jumbo-Visma), Alejandro Valverde (Movistar), Romain Bardet (Team DSM), Michael Woods (Israël Start Up Nation) et David Gaudu (Groupama-FDJ) refusent obstinément de participer à la poursuite. Le retour d’un Jonas Vingegaard (Jumbo-Visma) en bout de course redonne un brin de rythme à ce groupe trop rapidement distancé pour pouvoir espérer revenir sur l’homme de tête. Avec 45 secondes d’avance à l’amorce des vingt derniers kilomètres, seulement ponctués d’une courte ascension placée à trois bornes de la ligne, Pogacar peut voir venir.

Mais il doit cependant composer avec le retour formidable de l’étonnant Fausto Masnada (Deceuninck-Quick Step), sorti du groupe des favoris dans le haut de la descente du Passo di Ganda. Aérien dans les lacets tortueux, il parvient à rejoindre le sillage de l’homme de tête à 16km de Bergame ! Ce qui a pour conséquence de relancer le scénario, puisqu’il refuse à plusieurs reprises de collaborer avec Pogacar pour favoriser l’action de son leader Alaphilippe , toujours en chasse ! En vain, car jamais il ne reviendra. Aussi, Masnada, originaire de Bergame, doit se résoudre à affronter les yeux dans les yeux ce qui se fait de mieux actuellement sur la planète cyclisme. Au forceps, il résiste d’abord à l’accélération de Pogacar dans le Colle Apparto, ultime bosse de cette éprouvante journée.

Dans la dernière ascension du jour, Tadej Pogacar fait le forcing mais Fausto Masnada s’accroche ! (AFP)

Sous les vivats d’une foule venue encourager l’enfant du pays, Masnada se trouve alors aux portes de l’exploit lorsqu’il se présente à l’entrée de la dernière ligne droite. Celle-ci sera finalement le tombeau de ses espérances, son bourreau ne lui laissant pas l’ombre d’une chance. Intrinsèquement plus rapide au sprint, et probablement moins fatigué, Pogacar manœuvre parfaitement en produisant son effort à seulement 150m de la ligne. Dans ce sprint court, son explosivité fait la différence et jamais Masnada ne parviendra à le remonter ! Le plus fort aujourd’hui, c’est bien Tadej Pogacar, à nouveau victorieux grâce à une offensive lointaine. Sans rien enlever à son mérite, il a cependant profité de la tactique discutable employée par l’équipe Deceuninck-Quick Step, qui a pris au piège son propre chef de file, Julian Alaphilippe.

Julian Alaphilippe pris au piège!

Julian Alaphilippe, ici derrière Fausto Masnada, s’est fait piégé tactiquement… (Getty images)

Disposant d’un effectif de qualité avec plusieurs coureurs à priori capables de s’illustrer dans le final (Alaphilippe, Masnada, Evenepoel, Almeida), l’équipe de Patrick Lefévère a pourtant joué sa partition de travers. Une fois n’est pas coutume, le « Wolfpack » a été pris à son propre jeu. D’abord, Evenepoel et Almeida ont cédé rapidement sur les accélérations de Vincenzo Nibali. Dès lors, on peut se demander pourquoi les deux hommes n’ont pas cherché à se sacrifier en imposant un gros tempo dès le pied du Passo di Ganda pour préparer le terrain à une attaque de Julian Alaphilippe et empêcher les offensives adverses.

Mais Julian était-il dans un grand jour ? Le fait qu’il n’ai pas suivi l’attaque de Pogacar et surtout qu’il n’ai pas réagi avant le sommet de la côte a pu laisser planer le doute concernant son état de fraicheur. D’ailleurs, après l’arrivée, le champion du monde a expliqué au micro d’Eurosport qu’il « manquait peut-être un peu de confiance pour suivre Pogacar ». « Je ne savais pas si j’en étais capable, poursuit-il, dans les jambes ça allait bien même si j’étais à la limite. Comme ces derniers jours, ça a été un peu compliqué (il a été malade, NDLR), je ne savais pas si j’étais capable de suivre ».

Certes, mais une fois Pogacar envolé, Alaphilippe s’est sûrement trompé de cheval en autorisant d’un geste de la main Fausto Masnada à se lancer seul en poursuite. Certes, l’Italien est parvenu à effectuer la jonction, mais au prix d’un effort considérable. Le pari est d’autant plus risqué que Pogacar est sur le papier (et dans les faits donc) bien plus rapide au sprint que le grimpeur de 26 ans. En clair, Julian Alaphilippe se devait de tout faire pour réduire l’écart avec le duo de tête, afin d’éventuellement effectuer le jump dans la dernière difficulté du parcours, à 3km de l’arrivée. Hélas, « Loulou » a longtemps refusé de prendre des relais aux autres favoris, profitant de la présence de son équipier à l’avant pour s’économiser…

Fausto Masnada, forcément déçu à l’arrivée, a frolé l’exploit à domicile… (cyclism’actu)

Une tactique qui précipite son échec : les autres membres du groupe refusent en effet de l’emmener dans un fauteuil, par peur de se faire régler au sprint après avoir travaillé pour rien. Ne pas prendre le risque de gagner pour éviter de perdre, c’est une tactique discutable. Mais si Julian avait consenti à relayer davantage, tandis qu’à l’avant Masnada récupère dans la roue de Pogacar, cela aurait peut-être encouragé ses compagnons de fugue à collaborer. Le groupe aurait alors pu au moins se rapprocher d’un Pogacar obligé de relayer seul et donc davantage exposé à un retour de l’arrière dans les derniers kilomètres.

Finalement, Deceuncinck-Quick Step a perdu sur tous les tableaux : en misant sur Masnada, elle a dû se satisfaire d’une deuxième place tandis qu’Alaphilippe s’est enterré avec ses adversaires, au point de se faire sucrer la troisième place par Adam Yates, un temps lâché mais revenu pleine balle dans la dernière ligne droite avec Primoz Roglic.

Des Français bien présents, mais qui auraient pu faire encore mieux !

David Gaudu et Thibaut Pinot on fait bonne figure aujourd’hui ! (Groupama-FDJ)

Néanmoins, Julian Alaphilippe, sixième sur la ligne, n’est pas le seul tricolore à s’être distingué dans le final de ce Tour de Lombardie. Avec la septième place de David Gaudu et la huitième de Romain Bardet, très entreprenant, les Français réussissent un joli tir groupé ! Dans ce final très tactique, Bardet et Gaudu avaient sûrement les jambes pour faire un meilleur résultat. Le Breton a pu auparavant compter sur le précieux soutient de Thibaut Pinot, lâché dans l’avant dernière ascension mais qui confirme son retour à un bon niveau en attendant l’année prochaine.

En revanche, déception pour Benoît Cosnefroy (AG2R-Citroën), victime d’une lourde chute après 115km dans l’une des premières descentes de la journée. Groggy, sonné par la violence du choc et éraflé de tout son long, il a dû renoncer à reprendre la course et souffre de « contusions multiples avec dermabrasions et plaies superficielles des deux coudes, des mains, de l’épaule gauche, du dos, de la hanche droite et d’une plaie profonde du coude droit qui a nécessité un point de suture. Il a également présenté un traumatisme crânien bénin, sans aucune perte de connaissance », d’après un premier bilan effectué par le docteur Eric Bouvat, responsable médical de l’équipe.

Une fin de saison dans la douleur donc pour le vainqueur de la Bretagne Classic, aux antipodes de celle de Tadej Pogacar, rentré encore un peu plus dans l’Histoire de son sport en devenant le premier slovène à gagner la si prestigieuse « classique des feuilles mortes » !

Alexis Kopp

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