Les Trois Points: Comment Thomas Tuchel a transformé Chelsea?

L’entraineur qui a explosé aux yeux du grand public à Dortmund a connu une période compliquée dans le championnat de France sur le banc du PSG. Après 3 saisons du coté de la capitale, l’entraineur allemand s’est envolé de l’autre coté de la Manche pour aller prendre en main Chelsea après l’éviction de Frank Lampard. Depuis sa prise de fonction, les blues tournent à plein régime, alors comment Thomas Tuchel a-t-il remis Chelsea à l’endroit?

Un changement de tactique


Le renouveau de l’équipe a coïncidé avec le changement tactique imposé par l’Allemand. Passer d’un 4-2-3-1 sous Lampard à un 3-4-1-2, c’était déjà la première pierre de la reconstruction de l’équipe. Avant l’arrivée de Thomas Tuchel, on avait l’impression durant les matchs que les joueurs étaient perdus, sans aucun repère ce qui créaient les décalages qui permettaient aux adversaires de mettre en danger l’équipe et de s’imposer.

L’ancien du PSG a donc instauré un dispositif tactique qui permet à Chelsea d’avoir plus de solidité défensive, ce qui était clairement le point faible de cette équipe. Et si sur le papier c’est intéressant, cela se traduit sur le terrain. Depuis l’arrivée de Tuchel, Chelsea est l’équipe qui a obtenu le plus de clean-sheet en championnat parmi le Big 5 avec 26 rencontres sans prendre de buts. L’organisme de statistique opta avait d’ailleurs révélé que le deuxième club avec le plus de clean-sheet était Manchester City, avec seulement 16 matchs sans prendre de buts, lorsque Chelsea en comptait 7 de plus.

Le point faible de Chelsea est devenu leur point fort, et cette progression vient aussi des joueurs qui composent cette ligne défensive. Thomas Tuchel a réussi sans recruter de nouveaux joueurs, sans faire appel à des stars, à former une défense imperméable. Il s’est adapté aussi au jeu qui évolue, et qui tend de plus en plus vers des systèmes hybrides en cours de match, et son système à trois défenseurs s’inscrit dans la mouvance actuelle en s’adaptant parfaitement aux qualités de ses joueurs.

Cette disposition permet de mettre Ben Chilwell dans les meilleures dispositions en profitant de son potentiel offensif, ce qui se vérifie dernièrement avec 4 buts du latéral gauche depuis le début de la saison. Dans l’axe de cette défense, c’est aussi l’association de joueurs en fonction de leurs qualités qui a permis à cette défense d’être beaucoup plus performante. Associer Thiago Silva / Antonio Rüdiger et Christensen dans l’axe a tout de la bonne idée, les trois joueurs se complétant. L’ancien parisien amène sa science du placement et la qualité de sa relance, élément essentiel du jeu lorsqu’on joue avec 3 défenseurs centraux. Rudiger apporte lui toute sa hargne et son énergie pour s’occuper des attaquants les plus physique la plupart du temps. Ensuite pour le troisième larron, de nombreuses option sont possibles. Christensen est le plus souvent choisi, mais lorsque l’entraineur fait appel à Chalobah, à Azpilicueta quelques fois, la défense est tout aussi efficace. Sur le coté droit, c’est Reece James qui profite de ce rôle de piston, lui qui jouit de qualités physiques exceptionnelles pour multiplier les montées et avoir le potentiel de revenir en défense.

Mais ce dispositif ne permet pas seulement à la défense d’être meilleure, le milieu de terrain est tout aussi fort sous les ordres de Tuchel, notamment dans le secteur offensif. Avant son arrivée, Mason Mount et Kai Havertz avaient tendance à se marcher sur les pieds, ne sachant pas trop où se placer sur le terrain, entre le poste de n°10 et les ailes. Maintenant ça va beaucoup mieux, les deux joueurs jouent en soutien de l’attaquant et ont beaucoup de libertés dans le jeu, et leur profil de joueur axial convient parfaitement aux montées des latéraux. Ajoutez à cela l’apport d’un Lukaku à un poste qui posait problème ces dernières saisons, vous obtenez une équipe sans trop de faiblesses.

Des joueurs qui progressent sous ses ordres


C’est l’autre caractéristique de Thomas Tuchel à Chelsea et c’est une chose qui contribue à la bonne forme des blues, c’est la faculté que possède le technicien allemand à tirer le meilleur de ses joueurs. Des joueurs mis au placard par Lampard ont redoré leur blason et se sont imposés comme des éléments essentiels dans le jeu de Chelsea. Jorginho a été prépondérant dans la conquête de la Champions League, et Rüdiger est passé lui aussi dans une autre dimension. Souvent pointé du doigt par les supporters après de nombreuses erreurs amenant à des buts, le joueur est maintenant devenu un défenseur très fiable, parfaitement intégré dans cette défense à 3.

C’est la chance donnée qui fait la différence, l’Anglais ne donnait pas forcément beaucoup de temps de jeu à Rüdiger, alors que c’est un des joueurs les plus utilisés par l’Allemand cette saison et en seconde partie de saison dernière. L’une des grandes différences entre les deux entraineurs selon beaucoup de spécialistes, c’est que Thomas Tuchel sait exactement quelle est son équipe type. Il fait tourner tout autant que son prédécesseur, mais les joueurs savent exactement que est leur place dans l’effectif et le jeu collectif le montre. Plus de déséquilibres, on a un bloc qui coulisse et fait les efforts en même temps.

Mais pour que les joueurs puissent pleinement s’exprimer et progresser, il leur faut évoluer dans un environnement propice à cela. Et une chose est sûre, c’est que Thomas Tuchel est un entraineur proche de ses joueurs, un aspect paternel qui plait aux joueurs de Chelsea. On avait déjà pu observer ce genre de management au PSG, mais certains joueurs de Chelsea ont confirmé ces impressions. En fin de saison dernière, le gardien arrivé l’été précédent Edouard Mendy évoquait déjà cette dimension de Tuchel dans les succès de Chelsea :

Le coach est très expressif, il nous pousse. Quand nous réalisons un bon geste, un bon mouvement, il nous félicite bruyamment. Il est toujours positif et ne cesse jamais de nous encourager.

La complicité, la clé du succès ?

Savoir que l’entraineur est derrière soi, qu’il encourage et surtout valorise tous les efforts, cela pousse les joueurs à en faire plus. Mais lorsqu’on voit cette révolution dans le jeu de Chelsea et les résultats qui suivent dans une ligue réputé très relevée, qu’est ce qui change par rapport au PSG?

Quelle différence avec le PSG?


La principale différence entre Chelsea et le PSG où il n’a pas su (ou pu?) développer ses idées de jeu, l’entraineur allemand nous la donne à demi-mot lors d’une interview donnée à l’occasion du Festival dello Sport, organisé par la Gazzetta dello Sport :

« Entraîner Neymar et Mbappé ? Non ce n’est pas facile. J’ai eu des moments très difficiles », a-t-il déclaré.

« Il y avait une pression très lourde sur mes épaules. Parfois, je n’arrivais pas dormir une fois rentré à la maison (…) Tout était négatif. J’ai senti que la pression était lourde. Il n’y avait pas que des bons moments. C’est toujours un mix. Sens-tu le soutien du club ? La confiance des gens près de toi ? Tout ça rend les choses plus faciles. Si tu ne sens pas tout ça, quel que soit le niveau auquel tu évolues, tu ne seras à ton meilleur niveau et tu commenceras à te comporter de manière politique et ton équipe le sentira. »

C’est donc le manque de soutien et de considération que Tuchel pointe du doigt. Ses différents avec Leonardo ont précipité son départ, mais ce n’est pas la première fois qu’on remarque que les entraineurs du PSG ont du mal dans la capitale, mais réussissent une fois partis. Regardez Unai Emery, qui vient de gagner la Ligue Europa en battant Manchester United en finale avec Villarreal, Ancelotti qui continue de cartonner là où il va (à part peut-être au Bayern où le jeu n’était pas forcement toujours au rendez-vous, mais les résultats comptables étaient là). Tuchel s’inscrit dans cette liste, de quoi nourrir la réflexion sur les véritables maux du PSG depuis quelques saisons.

Tuchel – Leonardo, une ambiance loin d’être au beau fixe (Crédits : Panoramic)

Depuis son arrivée à Chelsea, tout est différent pour lui: « [Je me sens] bien, en confiance, je suis plus créatif, ambitieux, alors ce sentiment se transmet aux joueurs et à l’équipe. C’est ce que je ressens actuellement. »

Un entraineur libre de ses mouvements, de ses décisions et placé au-dessus de ses joueurs, c’est peut-être ce qui manque au PSG pour passer un cap. Les stars sont encore trop portées aux nues et l’entraineur doit composer avec les comportements toujours plus éloignés de ce que le plus haut niveau réclame. A Chelsea on sait qui est le patron, l’institution est établie malgré sa construction à coup de pétrodollars, et les joueurs viennent jouer POUR le club, et pas l’inverse. Chaque joueur connait son rôle, veut se défoncer pour son coéquipier et surtout, pour son entraineur. Et là encore revient ce coté paternaliste, rendre la confiance que place en toi l’entraineur, c’est important dans une dynamique d’équipe.

Si la situation est claire de ce coté là, il n’y a aucune guerre d’égo à déplorer puisque la concurrence est établie, saine. Tuchel est un entraineur qui fait beaucoup tourner ses équipes d’un match à l’autre mais ce turnover n’affecte pas les performances de l’équipe. Il a le luxe de pouvoir s’appuyer sur un effectif profond, de qualité qui se plie à sa volonté. Tous ces ingrédients font que Thomas Tuchel a réussi à redonner une identité à Chelsea, à refaire gagner ce club en seulement 10 mois. Initialement sous contrat jusqu’en juin 2022, il a été prolongé jusqu’en 2023, jusqu’où pourra-t-il emmener cette équipe ?


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