Xavi peut-il sauver le FC Barcelone ?

Une nouvelle déception pour Xavi, tenu en échec par Osasuna (2-2). Marquant des débuts poussifs dans le jeu, et dans les résultats.


2 victoires, 2 nuls, 2 défaites. Voici le bilan, après 6 matchs, de Xavi au FC Barcelone. Et l’enthousiasme affiché à ses débuts s’est déjà en partie dissipé, mettant en lumière ses difficultés à construire une équipe à son image. Certes, cela fait seulement 6 matchs, mais on peut s’inquiéter vis-à-vis de sa possibilité de réussir au club : Xavi ne peut pas soigner tous les maux du FC Barcelone.

Des difficultés à mettre son jeu en place


La détresse de Gérard Piqué, après le deuxième but d’Osasuna. Tout un symbole. (TV5 Monde)

Voilà désormais 5 semaines depuis l’arrivée de Xavi sur le banc des Catalans, et l’on discerne vaguement certaines intentions de jeu mises en place par la légende du club. On distingue certains circuits de passes, des joueurs-cibles, mais il manque encore la cohérence tactique entre tous ces principes. Xavi a tâtonné pour trouver son système de jeu : si l’on a cru en une solution avec un 4-3-3, le nouvel entraîneur du Barça a disposé ses joueurs en 3-4-3 losange contre Osasuna pour donner plus de libertés à ses milieux, avec succès d’ailleurs.

On ne parlera pas de l’animation de jeu, car après 5 semaines, difficile de mettre une véritable identité en place. La trêve hivernale sera sans doute libératrice pour le Barça : longue de 10 jours, elle permettra peut-être à l’entraîneur catalan de mettre certaines idées en place, chose impossible à faire avec l’enchaînement des matchs dont Xavi a bénéficié depuis son arrivée. D’ici-là, il faudra jouer 2 rencontres de Liga (Elche, Séville), et se rendre en Arabie Saoudite, à Riyad, pour jouer le trophée Maradona contre Boca Juniors. Une occasion, sans doute, de tester des nouveaux dispositifs, de nouvelles animations et de nouveaux joueurs.

Car pour le moment, il y a peu de choses positives à ressortir des 5 semaines et 6 matchs de Xavi. Dans le positif : l’ancien milieu de terrain a désormais su intégrer les jeunes dans la rotation voire dans l’équipe première, permettant un renouvellement d’effectif nécessaire pour une équipe vieillissante et compliquée à renforcer au vu du contexte du club.

Nico et Gavi ont définitivement intégré le 11 de départ ; Riqui Puig multiplie les entrées en jeu, Ilias Akhomach peut prétendre à des minutes, et le jeune Abde se montre particulièrement prometteur, et a déjà été aligné au sein du 11 de départ lors des trois dernières rencontres de Liga ; montrant du dynamisme (1 but contre Osasuna), mais parfois encore trop de déchet.

Le Marocain Abde, dans le désert offensif du FC Barcelone, a son rôle à jouer. (Icon Sport)

Car si Abde bénéficie d’autant de temps de jeu, c’est sans nul doute car le Barça souffre sur le secteur offensif. 2 buts marqués en phases de groupes de Ligue des Champions, 6 buts marqués depuis l’arrivée de Xavi dont 3 contre le seul Villarreal et 2 contre Osasuna, les offensifs du Barça ont bien des difficultés. Et avec les blessures répétées de Fati et Dembélé ; les difficultés de Coutinho et la retraite de Sergio Agüero, les Catalans ne sont pas vernis dans le domaine. Manque d’inspiration ou un système pas forcément optimisé pour eux ? Sans doute un peu des deux, dans tous les cas Barcelone doit marquer.

Et l’urgence de marquer pour les Blaugrana est d’autant plus importante au vu de leur fébrilité défensive : exceptées les deux rencontres contre l’Espanyol et le Benfica, au cours desquelles ils ne concèdent pas des buts pourtant « simples », les Barcelonais ont toujours concédé un but (1 contre Villarreal, 1 contre le Real Betis, 3 contre le Bayern, 2 contre Osasuna).

Si les joueurs en eux-mêmes ne sont évidemment pas exempts de tout reproche (la défense du Barça a pris l’eau à Munich), il existe sans doute un autre problème de cohérence tactique à vite régler, car Barcelone pointe donc désormais à 18 points du Real, à 5 points de la Ligue des Champions, et est pour le moment hors de toute compétition européenne.

Et Xavi n’a pour le moment pas tenu toutes les promesses espérées quant à la gestion de l’effectif : il n’a pas écarté les joueurs expérimentés en difficulté (Lenglet, Piqué par exemple), et semble parfois leur donner une place d’indiscutable. Néanmoins, dans un effectif aussi restreint que celui du Barça, difficile de faire autrement…

Sergio Busquets, une des rares satisfactions dans le jeu de Xavi. (Daisuke Nakashima/Presse Sports)

Pour autant, et c’est un vrai point positif pour le Barça, Busquets semble être revenu à un très bon niveau. Utile dans le jeu et indispensable dans l’effectif et l’animation du Barça, le numéro 5 organise autant les relances qu’il contrôle le bloc équipe.

Un retour en forme qui semble confirmer sa place dans ce milieu du Barça, où Gavi, Nico, Pedri et Frenkie de Jong devront désormais lutter pour les places de titulaires restantes. A ce jeu-là, les deux premiers nommés semblent gagner des points à chaque match (Nico a même marqué cotre Osasuna) et le milieu à 4 tenté par Xavi du côté de Pampelune pourrait être une solution, mais au prix d’un énième changement tactique, et cela ne va pas arranger l’équilibre du club catalan.

Des résultats déjà inquiétants


On essaiera de ne pas juger trop vite Xavi sur son jeu : 5 semaines sans préparation, dans l’urgence de résultats, cela peut fausser la direction que l’on souhaite donner à une équipe. Pour autant, le rôle de pompier donné à Xavi lors de sa nomination ne semble pas lui correspondre tout à fait : le Barça est sorti par la toute petite porte de la Ligue des Champions, accroché par Benfica puis battu par le Bayern (3-0) pendant que le club portugais s’imposait sans grandes difficultés contre Kiev (2-0).

Le tirage au sort de la Ligue Europa n’a pas non plus épargné les Catalans, opposés au SSC Napoli, 4es de Serie A, certes à l’arrêt depuis quelques matchs mais sans doute le pire adversaire possible pour les Blaugrana. C’est un nouveau camouflet pour le Barça : le club a perdu beaucoup d’argent à la suite de l’élimination, et pourrait même chuter dès les barrages de l’Europa League : Xavi risque d’avoir bien du mal à gérer cette situation.

Ronald Araujo contre le SL Benfica. Ce soir-là, le défenseur marquera un but, finalement refusé, et le Barça dira déjà presque adieu à la Ligue des Champions. (Reuters)

Mais en même temps, en est-il vraiment responsable ? L’effectif n’a pas, ou ne semble pas avoir, le niveau de prétendre à de grandes ambitions européennes ; et la faiblesse à certains postes force Xavi à des adaptations tactiques surprenantes (comme Mingueza arrière gauche lors de la dernière rencontre). Sans doute, cela ne fait que 6 matchs et Xavi expérimente sans doute le maximum pour tirer le plus possible de son effectif.

On l’a peut-être vu trop beau


La déception de ses débuts vient sans doute de là. On voyait en Xavi l’âme catalane, à la fois le pompier et le reconstructeur du club ; l’homme qui rendrait son histoire et sa beauté au jeu barcelonais, et Xavi, comme finalement aucun entraîneur sur cette planète, ne peut être tout ça.

Ce n’est pas une erreur de recrutement (à lui de montrer comment il peut construire une équipe sur la durée), mais il est peut-être arrivé un peu tôt au vu du contexte du Barça, et c’est tout à son honneur de vouloir rendre service au club de cette façon en anticipant son arrivée qui aurait sans doute été plus logique et plus calme l’été prochain.

Néanmoins, il arrive dans un contexte particulièrement défavorable et ses débuts sont compliqués. Pas alarmants, certes, car le bilan est similaire à celui de Ronald Koeman alors que Xavi débute un nouveau projet, mais inquiétant étant donné l’urgence et les besoins immédiats que requièrent ce Barça.

Une impossibilité de construire une équipe sur la durée


Et si finalement, il arrive en reconstructeur du club, il n’est même pas sûr de pouvoir avoir les moyens à disposition pour pouvoir façonner correctement son équipe à son image. Le FC Barcelone est surendetté, ruiné, cherche de l’argent partout et multiplie les recrues à bas coût et salaire modéré (Luuk de Jong, Dani Alves) ; sans doute pour pallier les départs des joueurs ayant conservé une valeur marchande.

Mais le recrutement de Dani Alves, même pour une bouchée de pain, ne comblera pas les manques, lorsque tout l’effectif ou presque est à vendre, de Marc-André Ter Stegen à Ousmane Dembélé en passant par Frenkie de Jong ; et sans doute également les jeunes Pedri, Fati, Gavi, Nico, pour récupérer de l’argent et renflouer les caisses catalanes.

Quelque part, Xavi arrive dans une équipe en ruines, et ce n’est d’ailleurs peut-être pas avec cette génération qu’il devra bâtir son histoire au Barça. Alors, certes, ses débuts sont compliqués, mais laissons-lui du temps : Barcelone n’en a pas, mais lui en a bien besoin…

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