L’arrêt Bosman, la naissance du « foot business »

Ce mercredi 15 décembre, nous avons fêté les 26 ans du célèbre arrêt Bosman de la Cour de Justice des Communautés européennes, l’occasion de revenir sur cette jurisprudence européenne qui a révolutionné le football européen et mondial.

Jean-Marc Bosman, le joueur lambda qui a bouleversé le football mondial

Avant l’arrêt Bosman, un football plus réglementé


Avant Bosman, le football n’était pas un marché financier à ciel ouvert où tout s’achète et se vend. Les clubs européens subissaient des réglementations concernant la libre circulation des joueurs et les transferts.

En Europe, les clubs étaient limités à trois joueurs étrangers sur le terrain, une réglementation qui a conduit ces clubs à reposer essentiellement sur leurs centres de formation et leurs joueurs nationaux. A l’image de Saint-Étienne ou de l’Ajax Amsterdam, ces clubs misaient sur leurs centres de formations pour pouvoir monter haut dans les compétitions européennes. On a tous en tête l’épopée de Saint-Étienne en coupe d’Europe lors de la saison 1975-1976 où des purs produits du Forez tels que Gérard Janvion, Hervé Revelli ou Dominique Rocheteau, ont permis aux verts d’accéder à la finale de la coupe d’Europe. Cette limitation de joueurs étrangers a permis à chaque pays européen de posséder un vivier de joueurs qui n’était pas remplacé par des joueurs étrangers. Ce quota de joueurs étrangers garantissait une certaine équité entre les clubs européens puisque ce n’était pas les clubs les plus riches qui achetaient les meilleurs joueurs.

Autre règle qui limitait l’exode des joueurs: l’obligation d’indemniser un joueur en fin de contrat. Avant l’arrêt Bosman, un joueur professionnel ressortissant d’un Etat membre de l’UE, à l’expiration du contrat qui le lie à un club, ne pouvait être employé par un club d’un autre Etat membre de l’UE. Il fallait que ce dernier verse au club d’origine une indemnité de transfert de formation pour pouvoir acquérir le joueur.

L’ arrêt Bosman, une jurisprudence révolutionnaire


Le 15 décembre 1995, la Cour de Justice des Communautés européennes rend un arrêt qui va littéralement chambouler le football européen et ses clubs.

Évoquer cet arrêt, c’est tout d’abord revenir aux faits. Nous sommes en 1990, un footballeur belge, Jean-Marc Bosman, souhaite quitter son club le RFC Liège et fait alors un essai à l’USL Dunkerque. Le RFC Liège réclame une indemnité de 5 millions de francs et l’USL Dunkerque donc renonce à recruter Jean-Marc Bosman au vu du prix élevé de l’indemnité.

Jean-Marc Bosman décide de porter l’affaire devant la CJCE (Cour de Justice des Communautés européennes) en contestant ainsi les règles en matière de transfert au regard de l’application du droit communautaire de l’époque. Le premier point contesté était la possibilité pour un club de réclamer une indemnité de transfert pour un joueur ayant fini son contrat et le deuxième point contesté était le quota limitant à 3 le nombre d’étrangers pouvant jouer dans un club européen.

La CJCE rend son arrêt le 15 décembre 1995 et donne raison à Bosman. Les juges européens ont considéré que les règlements de l’UEFA étaient contraires à l’article 48 du traité de Rome concernant la libre circulation des travailleurs entre les Etats membres de la communauté européenne. La portée de cet arrêt est considérable puisque depuis cette décision de justice, il n’y a plus de quota de joueurs étrangers dans les clubs européens et un joueur peut s’engager dans n’importe quel club à la fin de son contrat.

L’ après Bosman, le football noyé dans les excès


Depuis 1995 et cette décision des juges européens, le football est entré dans une nouvelle ère, celle où l’argent est au centre du jeu. Le premier effet pervers de cette décision est l’augmentation des salaires des joueurs. Alors qu’un joueur est libre de s’engager dans n’importe quel club à la fin de son contrat, les clubs se devaient d’augmenter les salaires des joueurs pour les conserver. Les footballeurs sont devenus des nomades et des mercenaires puisqu’un joueur reste en moyenne deux ans et demi dans le même club.Les contrats proposés aux joueurs sont donc plus longs et plus onéreux puisque le joueur a ce pouvoir de rester ou de quitter son club. A l’image de ce qu’a fait subir Neymar ces dernières années au PSG, les joueurs peuvent demander des augmentations de salaire à leurs clubs et menacer de quitter le club si le club n’augmente pas leurs salaires. Entre les 240 000 euros par mois de Roberto Baggio en 1995 et les 3 millions d’euros par mois de Neymar en 2021, les plus gros salaires ont donc littéralement explosé.

Neymar, sujet de tous les excès

Cette libre circulation des joueurs étrangers et l’absence de quotas pour les joueurs étrangers ont ainsi poussé les clubs européens les plus riches à en profiter. Face à cette absence de normes et de « garde-fous », le prix des transferts des joueurs a également explosé et un système « hyperspéculatif » est apparu dans le marché des transferts où le footballeur est devenu une marchandise. Racheté en 2011 par QSI (qatar sports investiments), le PSG symbolise parfaitement ces « gros » qui profitent du système. Depuis 2011, le club parisien a dépensé plus d’1,4 milliards d’euros et a réalisé le transfert le plus coûteux de l’histoire du football en s’achetant Neymar pour la coquette somme de 222 millions d’euros.

Voir aussi: Le Gros Dossier #1 : Mercato 2021, symbole ultime de la puissance de l’argent dans le football.

En s’accaparant les meilleurs joueurs mondiaux, le PSG crée des inégalités entre lui et les autres clubs notamment en Ligue 1 puisque sur les dix dernières saisons, les Parisiens ont remporté 7 fois le championnat de France alors qu’ils ne l’avaient remporté que deux fois avant le rachat de 2011. Ces inégalités se creusent aussi au niveau européen comme en témoignent les vainqueurs des dix dernières éditions de la Ligue des champions. Le Real Madrid (2014, 2016, 2017 et 2018), Chelsea (2012 et 2021), Bayern Munich ( 2013 et 2020), Barcelone (2015) et Liverpool (2018) sont les vainqueurs des dix dernières éditions de LDC, le point commun à tous ces clubs : faire partie des 10 clubs les plus riches du monde. La recette du succès? Acheter à un prix élevé les meilleurs joueurs du monde pour laisser les clubs les moins riches sur la touche.

A l’image du PSG ou des grands clubs européens , ces clubs misent beaucoup moins sur leurs centres de formation et préfèrent se tourner vers l’achat des joueurs étrangers. Cette nouvelle politique ressemble à du gâchis quand on s’aperçoit des joueurs passés par le centre de formation du PSG et qui brillent actuellement dans des tops clubs européens. Le PSG a préféré laisser filer ses titi parisiens tels que Coman, Diaby, NKunku et Maignan au lieu de les inscrire dans un projet durable au sein du club.

La question qui nous inquiète est: pourra-t-on un jour stopper ces puissants du football pour réduire les inégalités entre les clubs? L’avenir nous le dira…

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