Metz – Strasbourg : Le derby de l’Est est Strasbourgeois !

Avec un but et une passe décisive, Ludovic Ajorque est assurément l’homme de ce derby ! (Icon Sport)

Devant les 5000 spectateurs autorisés à assister à ce 100ème derby de l’Est, le Racing Club de Strasbourg est allé s’imposer 2-0 face à Metz au stade Saint-Symphorien, confirmant ainsi le beau succès obtenu en début de saison face à ces mêmes Messins (3-0). Ces derniers, privés de nombreux éléments, prennent un nouveau coup sur la tête, alors qu’ils devront batailler jusqu’au bout dans la course au maintien. A l’inverse, désormais septième avec un match en retard contre Clermont, Strasbourg peut dorénavant penser à l’Europe.


Un derby très particulier…


On a connu mieux comme ambiance dans un stade… (Jean Marc Loos – L’Alsace)

C’est encore Noël à Strasbourg ! Le Racing vient en tout cas d’offrir un beau cadeau à ses supporters, privés de déplacement en raison des restrictions sanitaires, en battant pour la troisième fois consécutive le rival historique, le FC Metz, à l’occasion du centième derby de l’Est ! Une centième qui n’a pourtant pas démarré sous les meilleurs auspices, entre le retour de la jauge de 5000 spectateurs dans les stades, le spectre du Coronavirus qui rôde, y compris dans les vestiaires, et les absences de nombreux acteurs sur la feuille de match pour l’un des rendez-vous les plus importants de la saison.

A Metz, celui-ci semblait même déjà capital, alors que les Grenats luttent depuis le coup d’envoi du championnat pour s’extirper de cette maudite zone rouge, synonyme de relégation. Pourtant, Frédéric Antonetti a dû se creuser les méninges et sortir la caisse à outil pour façonner tant bien que mal son onze de départ : minée par les absences avec pas moins de quatorze joueurs manquant à l’appel ce week-end, son équipe était privée de la majorité de ses titulaires habituels.

Le début de la Coupe d’Afrique des Nations (7 joueurs messins ont été convoqués par leurs sélections respectives), conjugué aux blessures et divers aux tests PCR positifs, ont contraint le technicien corse à aligner des néophytes dégotés dans la réserve. « On s’adapte, on fait monter des jeunes, j’ai pris trois 2004 et un 2005 cette semaine à l’entrainement, mais je ne suis même pas sûr d’arriver à convoquer vingt joueurs pour dimanche », s’inquiétait-il vendredi.


Frédéric Antonetti a du composer avec une équipe décimée par 14 absences ! (Icon Sport)

En face, en plus de ses supporters, Strasbourg est aussi privé d’Alexander Djiku et d’Habib Diallo, convoqués par le Ghana et le Sénégal pour la CAN, ainsi que de son gardien titulaire, Matz Sels. Unique joueur à avoir disputé la totalité des 18 premières rencontres de Ligue 1, le Belge est cette fois-ci testé positif au Covid. Clairement, on a connu derbys avec de meilleures ambiances, surtout pour un centième anniversaire.

Qu’importe, malgré les conditions, ce derby il fallait le jouer et Sanjin Prcic, milieu de terrain du Racing, a laissé transparaitre toute la motivation qui animait le vestiaire alsacien cette semaine, lors de la conférence de presse d’avant match : « Il y aura de l’engagement, de l’impact et on s’est préparés à ça », explique-t-il. « Nous, ça fait longtemps que l’on n’a pas joué en championnat (depuis le 12 décembre 2021 puisque le match contre Clermont avait été reporté le 22 décembre, NDLR). On veut reprendre notre marche en avant ! »


Strasbourg n’a pas perdu la main !


Sanjin Prcic (ici devant Vincent Pajot) a une nouvelle fois joué un rôle important dans le jeu strasbourgeois au milieu de terrain ! (FC Metz)

Et c’est chose faite, puisque cet après-midi les Strasbourgeois ont maitrisé de bout en bout une rencontre à sens unique, qui s’est logiquement conclue par une victoire nette 2-0 face à des Messins empruntés. Malgré plusieurs semaines loin des pelouses de Ligue 1, le Racing a semblé retrouver les automatismes qui ont fait de lui la deuxième meilleure attaque du championnat à l’issue de la première partie de saison. Volontaires et engagés dans l’effort dès les premières minutes de jeu, les Alsaciens ont offert durant 90 minutes un spectacle plaisant, dynamique, avec toujours autant de combinaisons intelligentes dans les couloirs, de renversements de jeu et de transitions rapides.

« On a très bien maitrisé la rencontre », se félicite Julien Stéphan après coup. « On a pris le contrôle du ballon et du jeu dès le début. En première période, il nous a manqué de l’efficacité, mais il fallait aussi faire attention à ne pas se faire contrer. »

Aspirés par le but messin, les Strasbourgeois ont en effet monopolisé le ballon en première mi-temps avec 68% de possession, se procurant par ailleurs pléthore d’occasions de but. Mais un manque de réussite criant (10 tirs pour 1 seul cadré) les a longtemps laissés sous la menace des hommes de Frédéric Antonetti, qui s’est époumoné durant 1h30 pour essayer de sauver quelque chose de ce derby. Procédant en contres éclaires, ses attaquants ont tenté à plusieurs reprises de partir dans le dos de la défense alsacienne sur de longs ballons en profondeur, profitant de la montée des latéraux strasbourgeois pour s’engouffrer dans les espaces.


Des Messins inoffensifs


Pris en chasse par la défense strasbourgeoise, Nicolas De Preville a souvent semblé bien seul sur le front de l’attaque messine… (FC Metz)

En vain, puisque jamais Eiji Kawashima, l’expérimenté suppléent de Matz Seltz, n’a réellement été inquiété par les offensives adverses. Trop brouillonnes, celles-ci se sont souvent conclues par des frappes désespérées, achevant leur course dans les gradins (en 90 minutes, Metz a tiré sept fois au but mais n’a cadré qu’une seule frappe). Un aveu de faiblesse, malgré l’énergie déployée par Nicolas De Preville et Ibrahima Niane, souvent coupés dans leur élan par Lucas Perrin et Gerzinho Niamzi, auteurs de plusieurs interventions décisives dans la surface (21e, 22e, 54e, 85e). Inférieur techniquement et trop peu dangereux, le FC Metz a donc subi ce match, qu’il n’a jamais semblé en mesure de pouvoir remporter.

Malgré tout, longtemps les Lorrains ont cru pouvoir arracher au moins le point du nul. La faute à un sérieux manque de réussite côté strasbourgeois, mais aussi et surtout aux prouesses de leur gardien remplaçant, Marc-Aurèle Caillard, habituelle doublure de l’algérien Alexandre Oukidja.


Le Racing a beaucoup vendangé


Eiji Kawashima n’a pas eu grand chose à faire… tout l’inverse de son homologue Marc-Aurèle Caillard ! (Jean-Marc Loos – L’Alsace)

Dès la première action du match, la tête de Frédéric Guilbert, à la retombée d’un centre côté droit signé Ludovic Ajorque, lèche la barre transversale de Caillard. Le ton est donné et les montants du portier messin tremblent encore quelques minutes plus tard lorsque le coup de casque de Niamzi, isolé dans la surface sur un corner, s’écrase également sur la barre (8ème). La reprise pleine de puissance d’Ajorque est ensuite stoppée par Caillard, qui a le bonheur de voir un nouveau tir d’Adrien Thomasson filer au-dessus du but. Metz souffre et aurait certainement dû être sanctionné avant la pause, si Sanjin Prcic avait cadré ses frappes lointaines (15e, 28e), si Gameiro avait pu couper ce centre tendu d’Ajorque (17e), si Thomasson avait joué le une-deux avec l’ancien parisien au lieu de se précipiter pour frapper en pivot (35e) … frustrant.


Ludovic Ajorque, l’homme providentiel


Ludovic Ajorque a multiplié les coups de canon, mais c’est de la tête qu’il a marqué et fait une passe décisive ! (Jean-Marc Loos – L’Alsace)

Pour le Racing, la lumière est finalement venue, comme souvent, de son attaquant fétiche, si précieux dans l’entrejeu par ses décrochages et son positionnement en pivot : j’ai nommé Ludovic Ajorque. Impliqué sur la plupart des actions chaudes, le Réunionnais a d’abord débloqué la rencontre en smashant sous la barre un centre de Jean-Ricner Bellegarde, bien trop seul sur le côté gauche (50e).

Sa dixième réalisation de la saison, qui lui permet de devenir, pour la troisième année de suite, le premier joueur strasbourgeois à marquer au retour de la trêve hivernale. Remarquable de régularité, ses appels et son omniprésence aux 25m ont failli permettre à Strasbourg de faire le break à l’heure de jeu, lorsque « Ludo » intercepte la balle dans les pieds de Jean-Armel Kana-Biyik. Le retour défensif de Boubacar Traoré l’empêche de servir Gameiro, puis son tir puissant est magnifiquement arrêté par Caillard, encore en démonstration face à Thomasson (65e) et Moïse Sahi (84e).


La joie de Jean-Eudes Aholou après son premier but en Ligue 1 cette saison ! (Jean-Marc Loos – L’Alsace)

Mais la persévérance d’Ajorque aura finalement raison de lui au début du temps additionnel : sur un coup franc parfaitement tiré par Dimitri Liénard à l’entrée de la surface, Ajorque remet de la tête à Jean-Eudes Aholou, entré en jeu, qui n’a plus qu’à pousser la sphère au fond des filets (90e). 2-0 au tableau d’affichage, le Racing est maintenant certain de remporter ce derby de l’Est ! En grande partie grâce à son meilleur buteur. « Ludo a une nouvelle fois été décisif » admet en effet Julien Stéphan en conférence de presse d’après-match. « Mais c’est notre animation offensive et la variété des mouvements qui fonctionne bien. Kévin (Gameiro) a beaucoup aidé dans ses déplacements. C’est l’ensemble de l’équipe qui a bien manœuvré. »

Avec ce succès, Ajorque et Strasbourg lancent parfaitement leur deuxième partie de saison, tout en enfonçant un peu plus les Messins, obligés de guerroyer jusqu’au bout pour espérer accrocher le maintien. Mais pour cela, ils devront surtout montrer un autre visage que celui affiché aujourd’hui, comme l’explique Frédéric Antonetti aux journalistes : « On est rentré trop timoré, on a eu vingt premières minutes difficiles puis on a repris confiance. On a eu des contres qu’on n’a pas exploités. Mais en seconde mi-temps le scénario est catastrophique pour nous, il faut une prise de conscience, savoir se surpasser ! ». Non, décidément, le centième anniversaire de ce derby de l’Est ne restera pas dans les mémoires à Metz…


Alexis Kopp

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