Cyclisme – 2022, la fin d’une ère dans le peloton

Christopher Froome et Alejandro Valverde à la lutte en montagne, une image qui appartient déjà au passé. Parmi les coureurs les plus âgés du World Tour, les deux hommes symbolisent le déclin inéluctable de toute une génération au pouvoir durant presque une décennie de courses. (Reuters)

En sport, une génération en chasse une autre. Ces dernières années, le constat s’est vérifié tout particulièrement en cyclisme, avec l’émergence fulgurante d’une ribambelle de jeunes talents nés aux confins des années 1990, voire au début du XXIème siècle. Mais l’entrée fracassante des Evenepoel, Pogacar, Bernal et consorts au plus haut niveau, se conjugue avec le départ à la retraite de toute une génération de coureurs qui ont écumé les pelotons une décennie durant. En 2021, l’irrémédiable tendance s’est confirmée, avec certains des plus grands noms de la génération 1980-1986 qui ont choisi de raccrocher le vélo à l’issue de la saison. Revue d’effectif de ces néo-retraités, qui, mine de rien, vont un peu (beaucoup ?) nous manquer !


La saison 2021, grande pourvoyeuse de retraités !


Christopher Froome n’est plus que l’ombre de lui même depuis sa grave chute sur le Dauphiné 2019. Il a cependant exclu toute possibilité de départ à la retraite, du moins à court terme. (REUTERS – Benoit Tessier)

En 2021, ils furent nombreux à passer leur dernier Noël en tant que coureur cycliste professionnel. Si à l’issue de chaque saison on assiste au départ à la retraite, volontaire ou contraint, d’un paquet de coureurs, l’année 2021 fut particulièrement prolifique en la matière. D’ailleurs, le nombre de cyclistes professionnels en World Tour et en Pro Tour a atteint début 2022 son plus bas niveau depuis treize ans, avec une baisse de 13% par rapport à 2021. En effet, le peloton World Tour compte 920 coureurs contre 1039 la saison passée, comme le détaille le site VéloFuté dans cet article. Par la force des choses, beaucoup de cyclistes ont donc franchi le pas, la faute en partie à la disparition de trois équipes au cours de l’intersaison : le Team Qhubeka Assos en World Tour, les équipes Delko et Vini Zabù en Continental Pro.

Une partie non-négligeable de ces néo-retraités appartenaient à la génération des coureurs nés entre 1980 et 1986, les 35-41 ans, une génération qui a fait les beaux jours des pelotons à la fin des années 2000, avant de dominer le cyclisme mondial au début des années 2010. A l’instar de Christopher Froome, 36 ans aujourd’hui et lauréat de sept Grands Tours entre 2011 et 2018. Déjà amorcé les saisons précédentes, 2021 a donc confirmé le retrait progressif mais de plus en plus sensible de cette génération, laissant ainsi sur le bas-côté quelques-uns des plus grands champions de la décennie précédente. On le sait, lorsqu’un sportif que l’on suit depuis longtemps prend sa retraite, c’est aussi un petit bout de soi qui s’en va avec lui. Alors oui, ils vont nous manquer.  


L’ultime échappée de grands noms du cyclisme


Dan Martin, au fait de sa gloire sur Liège-Bastogne-Liège 2013 ! (AFP)

A commencer par l’Irlandais Dan Martin, reconnaissable entre tous par son style saccadé sur le vélo, si caractéristique. Epaules frêles mais cuisses d’acier, le petit grimpeur au visage émacié avait aussi du coffre, puisque son punch redoutable sur les pentes les plus raides lui a permis de se forger un palmarès de haute-volée. Passé professionnel en 2008 au sein du Team Garmin – Chipotle, devenu aujourd’hui EF-Education First, il est resté fidèle à la formation de Jonathan Vaughters jusqu’en 2015, y obtenant ses plus beaux résultats : en 2013 une victoire de prestige sur sa course favorite, Liège-Bastogne-Liège, avant un succès sur le Tour de Lombardie l’année suivante.

Homme des classiques ardennaises, Martin aurait même pu doubler la mise sur la « Doyenne » en cette année 2014 sans une glissade dans le dernier virage. Il a également collectionné les places d’honneur sur la Flèche Wallonne (2ème en 2014 et 2017, 3ème en 2016, 4ème en 2013, 5ème en 2020, 6ème en 2012), sans jamais parvenir à dompter ce terrible Mur de Huy, qui correspondait pourtant si bien à ses qualités.

Présent à trois reprises dans le top 10 du Tour de France, dont il a aussi remporté deux étapes, on retiendra de Dan Martin son panache, lui qui n’hésitait pas à lancer les hostilités de loin, ainsi que son courage, matérialisé par sa sixième place sur le Tour 2017, obtenue malgré une fracture de deux vertèbres. Le sautillant grimpeur-puncheur, débarqué en France à 19 ans pour passer professionnel, a fini sa carrière sous les couleurs d’Israël-Start Up Nation, remportant au passage la 17ème étape du dernier Giro pour ses adieux. En attaquant, comme il savait si bien le faire.


Tony Martin était un spécialiste du contre-la-montre, dont il a remporté quatre fois le titre de champion du monde ! (Getty Images)

Dans le peloton, Dan Martin avait d’ailleurs un homonyme bien connu… Tony Martin ! Hasard ou clin d’œil du destin, les deux hommes ont tiré leur révérence simultanément. Le quadruple champion du monde du contre-la-montre (2011, 2012, 2013 et 2016), incontestablement le meilleur rouleur de sa génération, a en effet décidé de stopper sa carrière à 36 ans, après deux années au service de Primoz Roglic chez Jumbo-Visma. En une quinzaine de saisons chez les professionnels, Tony Martin a décroché la bagatelle de 67 victoires sur une multitude de courses par étapes, dont une très large majorité de contre-la-montre. Il a par exemple écrasé le championnat d’Allemagne de la spécialité à dix reprises, la dernière fois en 2021.

Lauréat de cinq étapes du Tour de France et de deux étapes de la Vuelta, le « Panzer » savait aussi se transcender pour signer de splendides échappées victorieuses. Comment oublier son raid formidable vers Mulhouse sur le Tour 2014, durant lequel il a asphyxié de sa puissance tous ses compagnons de fugue ? Comment ne pas se souvenir de cette victoire pleine de culot à Cambrai en 2015, maillot jaune à la clé ? En parlant de maillot jaune, Tony Martin a réussi à conquérir celui de Paris-Nice en 2011, après avoir déjà remporté l’Eneco Tour en 2010. Mais sur les courses par étapes, l’Allemand, trop peu à l’aise en montagne, n’a jamais donné suite aux attentes qu’on a pu placer en lui lors de ses jeunes années chez Columbia, malgré un Tour de France 2009 prometteur.


Chez Columbia dans sa jeunesse, André Greipel a enquillé les victoires, mais a parfois pâti de la concurrence avec Mark Cavendish. (AFP)

A cette époque, Tony Martin a d’ailleurs pu côtoyer l’un de ses plus éminents compatriotes au sein de cette mythique équipe Columbia. Un certain André Greipel, aux 158 victoires professionnellesle plus gros palmarès en activité du peloton, jusqu’à sa récente retraite cet hiver. Si ses trois dernières saisons, d’abord chez Arkéa-Samsic puis chez Israël Start-Up Nation, ont frisé le fiasco total avec seulement trois petits bouquets au compteur, le « gorille de Rostock » a auparavant semé la terreur dans les sprints massifs durant une décennie. Doté d’une puissance phénoménale, le sprinter allemand comptabilise 22 victoires d’étapes sur les Grands Tour, dont onze sur le Tour de France, auxquelles s’ajoutent une kirielle de succès accumulés aux quatre coins du monde sur les plus prestigieuses épreuves du calendrier.

Après son passage professionnel au sein de l’équipe T-Mobile en 2006, les premières saisons de Greipel chez Columbia, qu’il intègre en 2008, sont marquées par une rivalité personnelle avec une autre valeur montante du sprint, un certain Mark Cavendish, également membre de la formation américaine. Si au départ les deux hommes travaillent l’un pour l’autre, Greipel jouant par exemple les poissons pilotes pour le Britannique sur le Giro 2008, la cohabitation tourne rapidement au vinaigre. Malgré des victoires en cascade (14 victoires en 2008 puis 20 autres en 2009 et encore 21 en 2010 !), l’Allemand se retrouve en effet relégué au second plan dans la hiérarchie du sprint chez Columbia, Cavendish ayant les honneurs des plus grandes courses, comme la Grande Boucle. La saison 2011 marque donc une forme de libération pour André Greipel qui intègre une nouvelle équipe, Omega Pharma-Lotto.


En 2011, entre Camaux et Aurillac, Greipel (à droite) s’offre le scalpe de Cavendish pour remporter sa première victoire d’étape sur le Tour ! Dix autres suivront. (Reuters – Denis Balibouse)

Aligné pour la première fois sur le Tour de France, il règle ses comptes avec Mark Cavendish lors de la dixième étape, acquise au forceps devant son rival, alors considéré comme le meilleur sprinter de la planète. Définitivement lancé, le musculeux sprinter s’est maintenu au plus haut niveau jusqu’en 2018 avec une régularité remarquable, lui permettant ainsi de se forger le palmarès gargantuesque qu’on lui connait. En bref, Greipel était assurément l’un des meilleurs sprinters de tous les temps.


En 2017, Fabio Aru s’envole sur les pentes de la Planche des Belles Filles pour filer vers la seule victoire de sa carrière sur le Tour de France ! (D.R.)

Loin des joutes endiablées de ces grosses cuisses, Fabio Aru préférait plutôt les luttes au sommet sur des pourcentages élevés. Grimpeur au coup de pédale haché, le Sarde faisait figure de digne successeur à Vincenzo Nibali en Italie, après une saison 2014 pleines de promesses. A l’époque, pour sa deuxième année parmi l’élite, Aru se révèle au grand public en remportant la 15ème étape du Giro au Plan di Montecampione, avant de monter sur la troisième marche du podium au classement général final. Deux étapes et une cinquième place sur la Vuelta suivante achèvent de confirmer l’immensité de son potentiel : un escaladeur redoutable adepte des changements de rythme, capable de s’illustrer sur les plus grandes courses par étapes du calendrier.

A l’instar de Vincenzo Nibali, son ancien équipier chez Astana, on lui prédit un avenir radieux sur les Grands Tours, surtout après sa victoire sur le Tour d’Espagne 2015, à seulement 25 ans, quelques mois après avoir cette fois-ci terminé deuxième du Giro derrière l’intouchable Alberto Contador. Face au ‘’pistolero’’ Aru avait fait étalage de tout son tempérament d’attaquant, essayant jusqu’au bout de renverser la course en partant de loin, comme sur la route de Cervinia. Sûrement l’une de ses plus belles victoires, avec celle décrochée au sommet de la Planche des Belles Filles pour son deuxième Tour de France, en 2017, achevé à la cinquième place après une troisième semaine compliquée.


Sur le Giro 2015, Fabio Aru avait fait mal à Alberto Contador en montagne ! (AFP)

L’Italien ne le sait pas encore, mais sa carrière, si prometteuse, vient d’atteindre son apogée. La faute à une sténose de l’artère iliaque de la jambe gauche qui le diminue fortement. Opéré le 1er avril 2019, il ne se remettra jamais vraiment de ce pépin physique d’envergure, en dépit d’une encourageante quatorzième place sur le Tour de France 2019. Recruté initialement par UAE-Team Emirates pour remporter un Grand Tour, Aru a finalement achevé sa carrière cette année dans un relatif anonymat chez Qhubeka Assos, à seulement 31 ans, désireux de se rapprocher des siens après trois ans de galères en tout genre.


Des lieutenants de luxe tirent leur révérence


Entre 2013 et 2015, Roman Kreuziger fut l’un des plus précieux équipiers d’Alberto Contador en montagne, au point de terminer plusieurs fois dans le Top 10 de la Grande Boucle. (JEFF PACHOUD – BELGAIMAGE)

Si Aru, Greipel et les deux Martin sont les noms les plus clinquants qui ont quitté le peloton cette année, d’autres coureurs qui faisaient partie intégrante du paysage cycliste depuis longtemps ont également franchi le pas. C’est le cas du Tchèque Roman Kreuziger, excellent grimpeur capable à ses débuts de multiplier les top 10 sur les Grands Tours, lui qui s’était révélé sur les pentes du Ventoux lors du Tour de France 2009 achevé en neuvième position.

Huitième du Tour 2010 et cinquième du Giro 2011 sous les couleurs de Liquigas, Kreuziger a ensuite délaissé le costume de leader pour enfiler celui de lieutenant de luxe aux côtés d’Alberto Contador chez Tinkoff à partir de 2013. Coureur complet à l’aise sur les courses d’un jour, cela ne l’a pas empêché de remporter l’Amstel Gold Race cette même année, quatre ans après sa victoire sur la Classica San Sebastian. En retrait depuis trois saisons, il a effectué en 2021 un dernier baroud en temps que capitaine de route au sein de l’équipe Gazprom-RusVelo.


Il n’y a pas que le cyclisme dans la vie ! La preuve, tout jeune retraité, Nicolas Roche a recemment participé à la version irlandaise de « Danse avec les stars » ! Aussi à l’aise en costume qu’en cuissard Nico ! (D.R.)

Une évolution de carrière similaire à celle de Nicolas Roche, son ancien équipier chez Tinkoff, qui est également passé de l’autre côté de la barrière cet hiver. Leader sur les Grands Tours à ses débuts au sein de l’équipe AG2R-La Mondiale, le rouleur-grimpeur irlandais touche rapidement ses limites en haute montagne. Fleurtant avec le top 10 sur le Tour de France (14ème en 2010, 12ème en 2012), son meilleur résultat sur une course de trois semaines reste une cinquième place sur la Vuelta 2013, assortie d’une victoire d’étape. Devenu équipier de luxe au service de ses leaders chez Tinkoff, Sky puis BMC, trois années chez Sunweb (devenu DSM) ont clôturé seize saisons de professionnalisme, au cours desquelles il a parfois souffert de la comparaison avec son glorieux père Stephen, vainqueur du Tour 1987.

Equipier de luxe en montagne à l’image de Kreuziger et de Roche, le Suisse Mathias Frank a lui aussi décidé de quitter les rangs professionnels, après quatre saisons chez AG2R. Bon grimpeur, celui qui a dû abandonner son premier Tour de France dès le prologue, en 2010, à cause d’une chute dans les rues détrempées de Rotterdam, a notamment terminé huitième du Tour de France 2015 avant de remporter une belle étape sur la Vuelta l’année suivante.


Mathias Frank (D.R. EKOI)

Enfin, parmi les néo-retraités du cru 2021 notons aussi la présence de l’italien Marco Marcato, puncheur doté d’une belle pointe de vitesse et spécialiste des classiques flandriennes. En 2012, celui qui est passé par Vacansoleil, Wanty-Group Gobert puis UAE Team Emirates, a remporté la plus belle victoire de sa carrière : Paris-Tours. Une forme de revanche, après une deuxième place frustrante obtenue derrière Greg Van Avermaet l’année précédente.


Espoirs déçus


Révélé sur la Classique Drôme-Ardèche en 2016, Petr Vakoc aurait pu faire une meilleure carrière sans un grave accident… (D.R. Be Celt)

A l’inverse de ces champions, certains coureurs qui raccrochent le vélo cette saison n’ont jamais réussi à confirmer toutes les attentes placées en eux. Grands espoirs du cyclisme à leurs débuts, le palmarès qu’on leur destinait ne s’est jamais constitué. C’est le cas de Petr Vakoc, puncheur très prometteur auteur d’une formidable saison 2016 sous les ordres de Patrick Lefévère : victoire sur la Classic Sud Ardèche et la Drôme Classic le lendemain, puis sur la Flèche Brabançonne, à 23 ans seulement !

Malheureusement, en janvier 2018 un grave accident avec un camion lors d’un stage en Afrique du Sud le laisse hospitalisé durant de longs mois, au point qu’on le croit perdu pour le vélo. Bien présent dans les pelotons début 2019, il ne parviendra cependant jamais à retrouver le niveau atteint avant ce terrible accident. Mais son retour parmi l’élite n’est-il pas la plus belle de ses victoires ?


Jelle Vanendert, à l’attaque du Mur de Huy dans le final de la Flèche Wallonne 2018. Souvent placé, rarement gagnant ! (Photonews)

Dans cette liste non exhaustive, Jelle Vanendert figure en bonne place. Excellent puncheur, il a collectionné les places d’honneur sur les classiques ardennaises (2ème de l’Amstel en 2012 et 2014, 3ème de la Flèche Wallonne en 2018), sans parvenir à décrocher la grande course qu’il méritait tant. Son fait de gloire reste donc ce prestigieux succès obtenu sur le Tour de France 2011 au sommet du Plateau de Beille devant Samuel Sanchez, qui l’avait devancé l’avant-veille à Luz-Ardiden. Ces performances remarquables en haute montagne resteront néanmoins sans lendemain pour le Belge, qui a pris sa retraite sportive suite à des désaccords avec la direction de Bingoal Wallonie-Bruxelles, son employeur depuis 2020.

Sans lendemain, les performances du Néerlandais Moreno Hofland le sont restées aussi. Sprinter prometteur à ses débuts (victoires sur le Paris-Nice et le Tour d’Andalousie en 2014) laissant entrevoir de belles dispositions sur les pavés (2ème de Kuurne-Bruxelles-Kuurne), il n’a jamais confirmé ensuite, gêné par des problèmes gastro-intestinaux qui l’ont contraint de s’éclipser une dernière fois cette saison.  


En 2015, Tejay Van Garderen jouait dans la cour des grands ! Il n’a jamais réussi à y retrouver sa place ensuite… (JEFF PACHOUD / AFP)

Mais à ce petit jeu-là, le nom qui ressort le plus est celui de Tejay Van Garderen, qui a disputé à 32 ans ses dernières courses en 2021 dans les rangs de l’équipe EF-Education First, après avoir effectué la majorité de son parcours pro chez BMC. Deuxième du Tour de l’Avenir en 2009… derrière Romain Sicard, champion du monde U23 cette année-là et autre ex-grand espoir récemment parti à la retraite, l’Américain avait le profil idéal pour s’illustrer sur les plus belles courses par étapes : formidable rouleur, grimpeur correcte capable de maintenir un tempo élevé dans les cols, en somme un profil que Bradley Wiggins n’aurait pas renié. De l’autre côté de l’Atlantique, on a préféré le comparer dans ses jeunes années à Lance Armstrong, comparaison moins flatteuse avec le recul.

Lauréat du Tour de Californie 2013 et d’une étape du Giro 2017, son dernier grand succès, « TVG » s’est révélé en 2012 sur le Tour de France, durant lequel il supplante son leader Cadel Evans pour achever la course à une belle cinquième place au classement général. Meilleur jeune, il semble alors prendre date mais ne fera en réalité jamais mieux. A nouveau cinquième en 2014, il est un sérieux prétendant au podium l’année suivante avant son abandon tragique dans les Alpes, malade, au début de la 17ème étape. Jusqu’à la fin de sa carrière, les déceptions se sont ensuite enchainées pour Van Garderen, incapable de retrouver son meilleur niveau malgré quelques bonnes performances ponctuelles.


Chez les Français, départ de plusieurs équipiers fidèles


La carrière de William Bonnet résumée en une image : jusqu’au bout « Wiwi » a été un des plus précieux soutien pour Thibaut Pinot, qu’il réconforte ici un triste après-midi de juillet 2019, tissant une profonde amitié avec lui. (AFP)

Outre Romain Sicard déjà évoqué plus haut, plusieurs coureurs français ont également rejoint les rangs des coureurs retraités cette saison. Parmi eux, on retrouve surtout d’anciens fidèles équipiers, toujours au service de leur leader, qui ont effectué le plus souvent un obscur travail de placement et de ravitaillement, loin des objectifs des caméras. Le grand public ne les connaissait pas, ou peu, mais ils jouissaient d’une forte considération auprès de leurs chefs de file. C’est le cas de William Bonnet et de Michaël Delage, qui, après avoir frottés dans les sprints massifs au début de leur carrière, se sont ensuite dévoués corps et âmes au service de Thibaut Pinot et d’Arnaud Démare au sein de la Groupama-FDJ, au point de tisser une relation privilégiée avec eux.

Autre équipier fidèle et accessoirement premier coureur noir à participer au Tour de France en 2013, Kévin Réza tire également un trait sur sa carrière professionnelle après dix années au plus haut niveau, durant lesquelles il a dû parfois affronter le racisme latent d’une partie du peloton. Professionnel depuis 2017 chez AG2R, le pistard de formation Julien Duval a lui aussi pris sa retraite.


Des coureurs toujours à la recherche d’un contrat professionnel pour 2022 !


A la recherche d’un contrat pro depuis l’arrêt de l’équipe Qhubeka Assos, Simon Clarke pourrait trouver refuge chez Israël-PremierTech dans les jours à venir. (D.R.)

Mais d’autres coureurs tricolores pourraient rejoindre ce contingent de néo-retraités puisque plusieurs d’entre eux sont toujours sans contrat, alors que le début de saison approche à grands pas. En fin de bail avec leurs formations respectives, Romain Seigle (Groupama-FDJ), Jérémy Bellicaud (Intermarché-Wanty Group Gobert), Thomas Boudat (TotalEnergies), Florian Maitre (TotalEnergies), Justin Jules (Delko), Lucas De Rossi (Delko) et Julien Trarieux (Delko), sont encore à la recherche d’un point de chute pour l’année 2022…

Mais les espoirs de trouver un employeur, alors que la quasi-totalité des effectifs des équipes sont bouclés, s’amenuisent au fil des jours. Certains, comme l’expérimenté Damien Gaudin, vainqueur du Tro Bro Léon 2017 et cinquième de Paris-Roubaix en 2014, ont d’ores et déjà jeté l’éponge.


Clap de fin pour Jean-Pierre « Jempy » Durcker, faute de nouveau contrat… (Photonews)

C’est également le cas du Luxembourgeois Jempy Drucker, six victoires au palmarès dont une étape de la Vuelta 2016, non renouvelé chez Cofidis après seize ans de professionnalisme. Pour d’autres, tout espoir n’est pas encore perdu. Ainsi, le puncheur australien Simon Clarke, victime de la disparition de son équipe, Qhubeka Assos, devrait s’engager, à 35 ans, avec Israël-Premier Tech… pour qui recruter des coureurs à la trentaine bien tassée est devenue une drôle d’habitude. Double vainqueur d’étape sur la Vuelta, Clarke avait impressionné sur les classiques en 2019, réalisant à 33 ans la meilleure saison de sa carrière avec une deuxième place à l’Amstel derrière la fusée Van der Poel, et un top 10 sur Milan-San Remo notamment.

Parmi les laissés pour compte de Qhubeka Assos, plusieurs coureurs autrefois bien côtés sont en revanche toujours sur le marché du travail : Sergio Henao, Domenico Pozzovivo, Carlos Barbero ou encore Reinardt Janse Van Rensburg. Sans réponse d’ici quelques jours, ils devront se faire une raison et choisir entre un retour chez les amateurs ou raccrocher définitivement la bécane.


2022 : La fin programmée d’une génération


Vincenzo Nibali a retrouvé l’équipe Astana cette année, probablement pour la dernière saison de sa belle carrière… (Reuters)

Comme l’illustrent les nombreux départs à la retraite que nous venons d’évoquer, la saison 2021 a été la dernière pour beaucoup de rescapés de la génération 1980-1986, déjà largement entamée dans les pelotons. C’est le cas par exemple d’André Greipel, de Dan et Tony Martin, de Roman Kreuziger, Nicolas Roche, Jelle Vanendert, William Bonnet, Michaël Delage ou encore Jempy Drucker, tous âgés de 35 ans ou plus.

Et 2022 devrait confirmer cette tendance avec la quasi-disparition des derniers éléments de cette génération, qui ne sont déjà plus très nombreux : après décompte, il reste actuellement 46 coureurs de 35 ans ou plus dans les équipes World Tour en 2022 (sur 529 coureurs au total). L’équipe qui en compte le plus est celle qui a la moyenne d’âge la plus élevée (29,9 ans), à savoir Israël-Premier Tech, avec sept d’entre eux, -et peut-être bientôt huit si la signature de Clarke est officialisée- dont un certain Christopher Froome. DSM et Bora-Hansgrohe n’en alignent aucun, tandis que la majorité des autres formations comptent entre un et trois membres de cette génération déclinante.

Parmi eux, certains font figure d’exception comme Alejandro Valverde et ses 41 ans, capitaine de route de la Movistar qui semble éternel… mais qui bien sûr ne l’est pas. Ainsi, 2022 sera son ultime saison parmi les professionnels (la 21ème !), tout comme Vincenzo Nibali (37 ans), qui s’est programmé un beau jubilé chez Astana ou encore Philippe Gilbert (39 ans), sous les couleurs de Lotto-Soudal. Hélas !

A leur tour, bientôt, ces immenses champions de notre enfance ne seront plus, pour nous, que de beaux souvenirs…


Alexis Kopp

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