Un début de CAN mi-figue, mi-raisin

Dimanche 9 janvier s’ouvrait la 33e Coupe d’Afrique des Nations, à Yaoudé, Cameroun. Après une semaine de compétition, alors que le deuxième round des phases de poule se termine, l’impression générale dégagée par ce début de CAN est mitigée, alternant entre le bon, parfois grandiose, et le mauvais, souvent catastrophique.

Cérémonie d’ouverture de la CAN 2022 au stade d’Olembé, dans la capitale camerounaise. AFP

Ambiance Saga Africa


Commençons par le commencement : la Cérémonie d’ouverture. Un spectacle tout simplement grandiose, salué par le public. Un magnifique hommage au Cameroun, dont les couleurs ont inondé l’enceinte. Une cérémonie marquée par l’apparition du président camerounais Paul Biya, suffisamment rare pour être soulignée, ainsi que par la performance du chanteur Fally Ipupa, icône congolaise. Des chorégraphies travaillées et une réalisation léchée ont accompagné la présentation de chaque pays participants, rangées sous forme d’écailles de pangolin, symbole camerounais avant d’être celui de la pandémie actuelle.

Une pandémie, justement, forçant une jauge de 80% de remplissement des stades. Malgré cela, la ferveur est bien au rendez-vous en ce début de compétition. Une ambiance en tribune qui fait plaisir à voir, et qui illustre les attentes et espoirs placés par le peuple en cette compétition, rare occasion pour le football africain de se montrer à l’international.

Sur les terrains, des débuts timides


Si le spectacle en tribune vaut le détour, celui sur le terrain a d’abord laissé perplexe. Comme souvent lors des compétitons internationales, ont commence sur des bases très basses en terme de buts et de niveau de jeu. Une statistique terrible illustre la pauvreté de la première journée : une moyenne d’un but par match (12 buts en 12 rencontres). Neuf « 1-0 », deux « 0-0 », seul le Cameroun est parvenu à inscrire 2 buts, lors du match d’ouverture face au Burkina Faso (victoire 2-1).

Identifié comme sérieux prétendant à la victoire finale, le Sénégal de Sadio Mané est à la peine en ce début de compétition. AFP

Comment expliquer cette pauvreté dans le jeu ? Peut-être par les conditions de chaleurs extrêmes ? Le mercure est parfois monté au delà des 30° en après-midi. De quoi peser sur les organismes, comme le soulignait Naïm Sliti, ailier tunisien, après la défaite des siens face à la Guinée : « On ne s’habitue pas à ces conditions de jeu. La chaleur, le terrain… C’est pas facile mais on doit faire avec ». Car oui, et on y reviendra, mais la qualité des terrains laissent également à désirer.

L’enjeux est facteur de matchs fermés, tendus, comme en ce début de compétition. Une tension qui n’est pas inhérente à la CAN, les équipes peinent généralement à lancer leur compétitons de manière spectaculaire lors des rendez-vous internationales. Une entrée en matière tranquille, pour se mettre en jambe après des préparations tronquées par le Covid et le refus des clubs, notamment européens, de libérer leur joueurs en pleine saison. Enfin, si certaines « grosses » nations sont autant à la peine dans le jeu, c’est parce qu’elles sont les plus touchées par la pandémie. Le Sénégal était ainsi privé de Kalidou Koulibaly et d’Edouard Mendy contre le Zimbabwe; Idrissa Gana Gueye et Fodé Ballo-Touré ont rejoint l’infirmerie avant la rencontre contre la Guinée, après avoir également contracté le virus.

Une CAN plus ouverte ?


Mohammed Salah n’a pu éviter la défaite inaugurale des Egyptiens face au Nigéria. (Photo Icon sport)

Des scores serrés, des résultats inattendus, cela aura au moins pour intérêt de renforcer le suspens autour de cette CAN. En effet, on ne mesure pas encore d’écarts criants entre les cadors et les outsiders de la compétitions. Après les victoires du Nigéria face à l’Egypte et du Mali sur la Tunisie, on se dit que tout semble possible. Une impression renforcée après les débuts catastrophiques de l’Algérie (1 nul, 1 défaite) ou du Sénégal (1 victoire à l’arrachée, 1 nul). Les « petits » ne sont pas venus pour faire de la figuration.

La deuxième journée s’est ouverte sur des bases plus réjouissantes, par une victoire 4-1 du Cameroun sur l’Ethiopie. Le pays organisateur est le premier à valider son ticket pour les huitièmes. Porté par un Vincent Aboubakar en feu (déjà 4 buts), les Camerounais animent leur Coupe d’Afrique de fort belle manière. Si la deuxième journée n’a pas connu la disette de la première, tout les favoris n’ont pas gagné, et le suspens reste entier dans la plupart des poules. Le Maroc et le Nigéria sont les seuls à s’être également qualifiés pour la phase finale, qui promet plus de spectacle.

bilan des forces et faiblesses des 2 premières journées:

Les tops :

  • Le Cameroun : premier pays qualifié pour les huitièmes, régalent devant son public.
  • Le Nigéria : qualifié également, démontre qu’il possède l’un des effectifs les mieux étoffés du tournoi.
  • Le Maroc : dernier des 3 qualifiés, monte progressivement en puissance.
  • La Sierra Leone : un des petits poucets, a tenu tête successivement à l’Algérie et la Côte d’Ivoire (2 nuls).
  • La Gambie : victoire puis un nul contre le Mali, elle est actuellement en tête du groupe avant son match contre la Tunisie.

Les flops :

  • L’Algérie : après un nul contre la Sierra Leone et une défaite contre la Guinée équatoriale, la qualification des champions en titre passera par un résultat contre la Côte d’Ivoire.
  • Le Sénégal : l’autre gros favori de la compétition peine également. Très touché par le covid, il doit néanmoins récupérer quelques cadres rapidement.
  • Le Ghana : l’outsider du groupe C a perdu contre le Maroc et n’a su relever la tête face au Gabon (1-1).
  • l’Egypte : 1 défaite, 1 victoire, mais surtout une Salah dépendance exacerbée qui ne présage rien de bon.
Vincent Aboubakar domine le classement des buteurs avec 4 réalisations. Crédit: Getty Images

Des talents insoupçonnés


Une Coupe d’Afrique des Nations, c’est aussi la promesse de découvrir ou redécouvrir de nouveaux visages. Et plusieurs individualités ont d’ores et déjà brillé aux yeux du grand public. On évoquait précédemment Vincent Aboubakar, l’actuel meilleur buteur. L’attaquant ne sort pas de nulle part, puisque passé par Valencienne et Lorient avant de filer au FC Porto. Il a déjà remporté une CAN avec le Cameroun en 2017. Colins Fai et Nouhou Tolo, les deux latéraux camerounais, impressionnent également en ce début de compétition. Supersoniques, infatigables, ils dynamitent le jeu des Lions indomptables et se montrent décisifs (2 passes décisives pour Fai, un penalty provoqué pour Tolo).

Autre nom que l’on connait un peu en Europe, celui de Moussa Djenepo. L’ailier gauche de Southampton a brillé avec le Mali face à la Tunisie, donnant le tournis aux Aigles de Carthage durant 80 minutes de haut-rang. Défait contre la Guinée lors de la 1ere journée, le Malawi s’en est remis à son numéro 11 Hellings Mhango pour renverser le Zimbabwe et conserver un espoir de qualification. L’attaquant des Orlando Pirates, star des Flammes, a inscrit un doublé.

De belles révélations dans les cages également. Comment ne pas citer Mohamed Kamara ? Le portier sierraléonais a écœuré l’Algérie à lui tout seul. Des parades de grande classe, des sorties osées en dehors de sa surface, celui que l’on surnomme déjà le « Neuer de Sierra Léone » a permis à sa nation de glaner un point précieux contre les champions en titre. Bis repetita contre la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone empocha un nouveau beau point contre un cadors grâce à son gardien, détournant un penalty de Kessié. Pour leur première participation à une CAN, les Comores ont montré leurs limites en perdant les deux premières rencontres face au Gabon et au Maroc. Ces derniers, pourtant, ont longtemps douté face aux multiples parades de Salim Ben Boina. Le gardien de l’US Marseille Endoume, cinquième division française, fut le meilleur Comorien jusqu’à présent.

Mohammed Kamara a été élu homme du match Sierra Leone – Algérie. AFP

Une crédibilité mise à l’épreuve


Malheureusement, cette CAN est déjà entachée par plusieurs scandales, éclipsant parfois l’aspect sportif. Coutumière du manque d’organisation, de moyens et d’infrastructures, la CAF (Confédération africaine de football) avait pour ambition d’organiser un tournoi à la hauteur d’une compétition internationale, des joutes comparables à la Copa America ou à l’Euro. Les phases de poule n’étant pas encore terminées, force est de constater que c’est un échec pour la Confédération, déjà mise à mal par de nombreux scandales institutionnels (voir ici).

Deux ballons dégonflés en l’espace de 10 minutes lors du match Egypte – Nigéria. Trois tentatives infructueuses de diffuser l’hymne de la Mauritanie avant de laisser les joueurs chanter dans le vide. Des pelouses dans des états parfois catastrophiques, poussant les organisateurs à peindre le sol du stade de Japoma de Douala en vert avant le match Algérie – Guinée équatoriale, alors que Côte d’Ivoire – Sierra Leone s’était terminé sur cette même pelouse une heure auparavant… Voici pêle-mêle une liste d’évènements pouvant faire sourire, participants presque au folklore de la CAN, mais qui témoignent d’un réel retard dans l’organisation et l’entretien des infrastructures en Afrique.

Un scandale d’arbitrage lors de Tunisie – Mali, que les Tunisiens entendent bien amener en justice. AFP

L’histoire qui fit le plus couler d’encre, c’est indéniablement l’arbitrage de Tunisie – Mali. Alors que l’on joue la 85eme minute de jeu, l’arbitre zambien Janny Sikazwe décide de siffler la fin du match. Du jamais vu. Les protestations du camp tunisien (mené 1-0) et les concertations des arbitres vont mener à la reprise du match. Dans la foulée, Mr Sikazwe va adresser un carton rouge très sévère à El Bilal Touré pour une semelle. Appelé par la VAR, il ira voir la vidéo avant de confirmer sa décision initiale. Le jeu reprend, par pour longtemps puisque le Zambien sifflera une nouvelle fois la fin du match à 89minute et 45 seconde ! Pas de temps additionnels dans un second acte marqué par 2 pénaltys, un rouge confirmé à la VAR, neufs changements et une pause hydratation : tout simplement ubuesque. l’arbitre central est escorté jusqu’aux vestiaires pour échapper à la foudre des Tunisiens. Alors que le match est fini depuis 20 minutes, le corps arbitrale décide de reprendre sans Mr Sikazwe (qui aurait été conduit à l’hôpital pour une insolation). Les Maliens refusent dans un premier temps, mais reviennent finalement sur la pelouse. En revanche, les Tunisiens ne réapparaîtront pas, estimant surement ne pas pouvoir finir dans de bonnes conditions et espérant obtenir gain de cause sur le plan administratif. Un épisode complétement inédit dans l’histoire du football. Janny Sikazwe avait déjà été suspendu en 2018 par la Confédération africaine de football pour suspicion de corruption. Pour le moment, le Mali est toujours crédité de la victoire et c’est la Tunisie qui risque une défaite 3-0 sur tapis vert pour ne pas être revenu sur le terrain.

Autre épisode noir de cette CAN 2022, des échanges de tirs à l’ouest du pays, dans la ville de Buea qui abrite des camps de bases de certaines équipes en lice. Plusieurs blessés civils ont été recensé à la suite de cet affrontement, revendiqué par des groupes armés rebelles luttant pour l’indépendance d’une région à l’ouest du pays.

« Il y a eu des échanges de coups de feu nourris entre militaires et séparatistes, plus ils avançaient vers le centre-ville, plus c’était la panique » Me Agbor Balla, directeur de l’ONG Centre for Human Rights and Democracy in Africa à l’AFP

Quelques semaines avant le début de la CAN, certains groupes armés ont promis de perturber la compétition et envoyé des lettres de menace aux équipes qui doivent jouer leurs matchs à Limbé, station balnéaire du Sud-Ouest, et s’entraîner à Buea.

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