Chez Alpine, la restructuration masque des difficultés

L’écurie française a annoncé cette semaine les départs de Marcin Budkowski et d’Alain Prost de son organigramme, laissant une place plus importante à Laurent Rossi, le président d’Alpine.


Alain Prost et Marcin Budkowski (Moy / XPB Images)

Cela ne faisait sans doute pas partie du « Plan ». Ou finalement, peut-être qu’il n’y a jamais eu de « Plan ». A 2 mois de la reprise de la saison de Formule 1, à Bahreïn ; à un peu moins d’un mois des premiers essais hivernaux (Barcelone, 23-25 février) et à 3 semaines de la révélation de sa monoplace (ou du moins de sa livrée), Alpine a annoncé une restructuration de son organigramme. Exit Marcin Budkowski, directeur exécutif de l’écurie ; et Alain Prost, conseiller spécial, remerciés tous deux par l’écurie française en moins d’une semaine.


Une restructuration prévue depuis longtemps, mais au timing surprenant

Si Otmar Szafnauer, ancien d’écurie de Force India, puis Racing Point, devenue Aston Martin, devrait rejoindre l’écurie pour occuper sensiblement le même rôle, amenant dans ses bagages un sponsor important : BWT, une compagnie de traitement de l’eau anciennement sponsor d’Aston Martin, ou sponsor du Stade Rennais ; les décisions ainsi que leur timing surprennent.

En plein développement de leur monoplace pour 2022, à adapter avec une révolution de la réglementation, se séparer de deux têtes pensantes de l’écurie, présentes depuis plusieurs années et connaissant les règlements de la FIA sur le bout des doigts (Budkowski était responsable technique à la FIA ; Prost un illustre pilote), peut poser des questions. On entend çà et là des informations sur la monoplace, sur sa qualité : des informations souvent opposées, voire contradictoires.

En réalité, le départ de Budkowski et Prost était prévu depuis longtemps, la fin de saison 2021 pour être précis. Néanmoins, le départ de deux cadres d’Alpine a semblé pour le moins précipité, ce que n’a pas manqué de souligner Alain Prost dans une interview à « L’Equipe » :

Laurent Rossi veut toute la lumière.

Alain Prost

Car le président d’Alpine, en effet, déjà assez visible dans les paddocks, devient seul en tête de l’organigramme, en attendant l’arrivée de l’ancien directeur d’Aston Martin Cognizant F1 Team. Une direction bicéphale pourrait se mettre en place, mettant fin à la direction à trois têtes vue majoritairement jusqu’ici (Abiteboul-Budkowski-Prost puis Budkowski-Rossi-Prost), et dont les conséquences restent à prouver pour Alpine : Laurent Rossi semble moins spécialisé dans la Formule 1 que ne pouvaient l’être Prost et Budkowski, qui devraient sans doute retrouver un poste, à l’heure où les ingénieurs chassent le moindre millième de seconde.

Otmar Szafnauer (Motorsport.com)

Quelles conséquences pour Alpine ?

Pour Alpine, ce peut être dangereux également : Alain Prost, même après son départ, s’était montré positif sur la monoplace de 2022, affirmant qu’elle serait en mesure de prendre de bons résultats. En réalité, plusieurs contraintes s’opposent à cet optimisme : tout d’abord, la voiture est sans doute moins bonne qu’espérée et des défauts ont déjà été détectés, et par ailleurs la concurrence avec des voitures n’ayant encore jamais roulé doit se faire : autrement dit, Alpine doit faire sa place et prouver ses bonnes impressions. Pour cela, il faudra développer correctement la voiture.

A ce titre, l’association d’un ancien directeur d’écurie ayant su faire largement progresser Force India, puis Racing Point, mais ne l’ayant jamais su faire passer le pas, ce qui est justement l’objectif d’Alpine ; et d’un directeur de marque, sans spécialisation particulière, peut être dangereuse. Il faudra compter sur un design réussi par Pat Fry, l’ingénieur en chef, mais aussi un développement de qualité, afin de ne pas connaître le destin d’écuries aux débuts prometteurs mais s’enfonçant par un mauvais développement (comme ça a pu être le cas de Haas).

A Monza, l’Aston Martin chasse l’Alpine. (F1Only)

Alpine peut-elle voir la vie en rose ?

Pour autant, des points positifs sont à souligner : le duo Fernando Alonso-Esteban Ocon fonctionne très bien, et l’Espagnol apporte beaucoup à l’écurie notamment en terme de développement du fait de son expérience. Son travail avec les plus grands ingénieurs dans le passé aide beaucoup dans le développement du châssis de la nouvelle voiture.

D’autre part, la voiture progresse bien : si elle n’a pas le potentiel d’un championnat du monde, et si les dirigeants d’Alpine reconnaissaient eux-mêmes le retard d’Alpine dans leur retour aux avant-postes, elle est de qualité et devrait viser le milieu de tableau. De surcroît, les ingénieurs semblent avoir décelé des choses incomprises lors de la saison 2021 : là où l’Alpine avait parfois des performances inexpliquées, en bien comme en mal, ces performances semblent désormais avoir une réponse. Autrement dit, les ingénieurs auront plus de matériel pour travailler.

Enfin, la monoplace Alpine a des caractéristiques naturelles positives : à l’heure où la Formule 1 se rend sur davantage de circuits privilégiant l’appui, cette monoplace est très à l’aise sur ces tracés, et a obtenu ses meilleurs résultats à ces endroits (1e place en Hongrie, 3e place au Qatar, 4e place en Arabie Saoudite).

Otmar Szafnauer viendra avec son savoir d’une autre écurie de milieu de tableau afin d’ajouter ses compétences à celles déjà existantes chez Alpine. S’il est dommage dans ce cas de ne pas avoir gardé une tête pensante, il y a fort à parier que l’équipe d’ingénieurs ou de développeurs ne se modifie que très peu et que Szafnauer vienne simplement se greffer au corps Alpine. Il faut espérer que la greffe prenne, car tout « Le Plan » réside là-dedans.

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