Ligue 1 : Le Racing Club de Strasbourg en route vers l’Europe ?


Après sa victoire 2-0 sur la pelouse de Clermont mercredi, le Racing Club de Strasbourg pointe désormais à une belle quatrième place au classement de la Ligue 1, avec seulement deux points de retard sur l’OM, troisième. Au pied du podium et provisoirement qualifié pour l’Europa League, le Racing peut-il s’immiscer durablement dans la course aux places européennes ? Eléments de réponse.


Epatants Strasbourgeois



Strasbourg n’en finit plus de surprendre et d’enchainer les performances convaincantes en championnat. En s’imposant à Clermont, le club alsacien a signé sa dixième victoire de la saison, la troisième consécutive en 2022, s’offrant du même coup une place au soleil au classement : quatrième avec 35 points, coincé entre Rennes et l’OM, deux candidats déclarés aux places qualificatives pour les compétitions européennes. Avec quatre succès sur les cinq dernières rencontres, les hommes de Julien Stéphan dépoussièrent même les records, puisque le Racing n’avait plus été quatrième de Ligue 1 au-delà du mois d’août depuis le 26 avril 1997, au soir de la 34ème journée. Ainsi donc, tous les voyants sont au vert pour un club dont l’objectif principal cette année n’était autre que le maintien dans l’élite du football français.

Malgré cela, l’heure n’est pas à l’extase dans le clan strasbourgeois mais plutôt à la modération et à la prudence. Ainsi, pour l’entraineur Julien Stéphan, « la quatrième place ne change pas grand-chose », elle est même « anecdotique » pour Ludovic Ajorque qui rappelle que « ce qui compte, ce sont les points ! ». Kévin Gameiro, qui a ouvert le score face à Clermont d’un joli ballon piqué, s’évertue également à garder les pieds sur terre : « On prend match après match, on ne se prend pas la tête avec le maintien ou avec le fait de viser plus haut. On essaye de prendre beaucoup de plaisir et ça se voit ! ».

Du plaisir, les joueurs et les supporters alsaciens en prennent en effet beaucoup depuis le début de la saison. Alors, bien que la route soit encore très longue en championnat, pourquoi s’interdire de rêver un peu, quand on en a l’occasion ? Compte tenu des prestations affichées sur le terrain, le Racing peut légitimement regarder vers le haut… et pourquoi pas prétendre à une place dans le Top 5, synonyme de qualification européenne. En ce sens, le club a en tout cas des arguments à faire valoir.


Une attaque redoutable d’efficacité


Adrien Thomasson, Kévin Gameiro et Ludovic Ajorque, trois éléments clés de l’attaque strasbourgeoise. (Jean-Marc Loos – DNA)

Comme le dit l’adage, les hommes mentent, pas les chiffres. Et ces derniers sont largement en faveur des Strasbourgeois, puisque le Racing possède actuellement la deuxième meilleure attaque de Ligue 1 avec 41 buts en 21 matchs, soit une moyenne de deux buts par rencontre disputée ! Seul le PSG et sa ribambelle de stars interplanétaires parviennent à faire mieux, avec 42 réalisations depuis le début de la saison. « On a marqué sept buts en trois matchs et il y avait la possibilité d’en marquer davantage », a expliqué Julien Stéphan aux journalistes de l’Equipe. « Ce qui m’intéresse, c’est qu’on se crée des occasions. Tant qu’on s’en créera beaucoup, c’est bon signe ».

Avoir des occasions est une chose, encore faut-il les mettre au fond. Et c’est avec une constance remarquable que le Racing s’évertue à le faire depuis le début de la saison. Son schéma préférentiel : marquer à la réception de centres, sur corner ou suite aux débordements incessants des latéraux.


Ludovic Ajorque est un joueur très précieux pour le Racing ! (D.R.)

Dans ce registre, le double mètre de Ludovic Ajorque est particulièrement précieux. Mais le Réunionnais ne s’illustre pas seulement dans le jeu aérien, loin s’en faut. Son positionnement en pivot, ses décrochages pour servir de relais au milieu de terrain lors des phases offensives, son aisance technique balle au pied, malgré un centre de gravité très haut, et surtout sa puissance de frappe, en font la pièce maitresse de l’attaque strasbourgeoise. Avec dix pions au compteur, Ajorque est d’ailleurs le meilleur scoreur du club actuellement.

Cela dit, il est loin d’être le seul à se démarquer face au but. La force de frappe de Strasbourg réside aussi dans le fait de pouvoir s’appuyer sur plusieurs attaquants qui évoluent à un haut niveau de performance, favorisant une émulation positive entre eux. Habib Diallo (8 buts), Adrien Thomasson (7) et Kévin Gameiro (6), un peu moins en réussite, sont tous particulièrement efficaces depuis le mois d’août : à Strasbourg, le danger peut venir de partout ! Joueuse, réaliste et protéiforme, l’attaque alsacienne, si elle continue sur cette lancée, peut assurément porter le club vers les sommets. D’autant plus qu’elle peut s’appuyer sur une défense solide…


Une défense suffisamment solide


Gerzino Nyamsi, ici à la lutte avec Dimitri Payet, s’est affirmé comme le patron de la défense alsacienne ! (D.R.)

Après avoir souffert en début de championnat (11 buts encaissés lors des 5 premiers matchs), l’arrière-garde strasbourgeoise s’est particulièrement bien ressaisie au fil du temps, portée par un Gerzino Nyamzi rassurant et très souvent impeccable dans ses interventions. L’absence prolongée de l’autre pilier défensif, Maxime Le Marchand, a rapidement été suppléée par Lucas Perrin, en nette progression, et par Alexandre Djiku.

Huitième défense du championnat avec 25 buts encaissés en 21 matchs, le Racing semble de plus en plus imperméable, n’encaisse plus beaucoup (14 buts sur les 16 derniers matchs), notamment grâce à la régularité de l’excellent Matz Sels, auteur de multiples prouesses sur sa ligne chaque dimanche. L’activité des latéraux, (Anthony Caci, Frédéric Guilbert et Dimitri Liénard) ainsi que la grande taille des défenseurs centraux, représentent d’ailleurs un atout non négligeable sur les phases offensives.

Pas totalement hermétique mais très disciplinée et appliquée (seulement 3 pénaltys concédés depuis le début de saison), la défense alsacienne semble donc suffisamment solide pour pouvoir tenir le choc dans la course à l’Europe.


Une équipe joueuse et homogène


A Strasbourg, le groupe vit bien ! (D.R.)

L’arrivée de Julien Stéphan dans la capitale alsacienne cet été a très clairement fait franchir un cap aux Bleus et Blancs, coachés depuis quatre ans par Thierry Laurey. Bien plus joueur et porté vers l’attaque que son prédécesseur, Stéphan est parvenu à trouver le bon équilibre avec un 5-3-2 se muant en un redoutable 3-5-2 lors des phases offensives. Ce système exploite à fond les qualités d’un effectif homogène, soudé et cohérent, construit au fil des ans par le recrutement intelligent du staff de Marc Keller.

Basé sur des phases de transitions rapide, n’excédant pas deux touches de balle, le jeu développé par Stéphan s’appuie sur des renversements réguliers, des débordements par les ailes, des une-deux dans la profondeur, le tout permettant d’étirer le bloc adverse pour trouver la faille. Un système particulièrement efficace et apprécié des joueurs, qui prennent du plaisir à combiner ensemble sur le terrain. En clair, « le groupe vit » bien, comme le veut l’expression. Et ça se ressent balle au pied.


Julien Stéphan a fait nettement progresser le Racing cette saison ! (D.R.)

Le Racing aligne un onze solide, sans point de faiblesse particulier, sans « arme fatale » non plus. Pas de stars dans l’effectif, pas de joueurs phares qui portent l’équipe sur le terrain et dont l’absence remettrait tout en cause. Mais un onze de départ où tout le monde fait les efforts, dans le pressing comme dans le repli défensif, y compris les attaquants, parfois obligés de décrocher très bas pour gratter des ballons. Strasbourg est donc un bloc homogène difficile à bouger pour les adversaires.

Exigeant, Stéphan parvient à en tirer la quintessence, n’hésitant pas à entretenir la concurrence en donnant régulièrement sa chance à des joueurs remplaçants. Sous ses ordres, Sanjin Prcic, jusqu’alors cantonné aux seconds rôles, a retrouvé beaucoup de temps de jeu. Coupe d’Afrique des Nations et Covid obligent, les suppléants ont même débuté sur la feuille de match à plusieurs reprises depuis le retour de la trêve hivernale.

Qu’il s’agisse d’Eiji Kawashima dans les buts face à Metz, de Karol Fila en arrière gauche, de Majeed Waris en attaque ou encore de Jean-Eudes Aholou au milieu de terrain, tous ont répondu aux attentes du coach lors de leurs titularisations. Waris, auteur du premier but strasbourgeois face à Montpellier et Aholou, qui a marqué le but du 3-1 avant de parfaitement servir Kévin Gameiro face à Clermont, se sont particulièrement fait remarquer.

En cas de coups durs, Stéphan a donc des solutions de remplacement dans un groupe qui ne repose pas que sur quelques individualités, où tout le monde se sent concerné et parvient à tirer son épingle du jeu. Idéal pour tenir la distance sur la phase retour de championnat.


Un calendrier très favorable


La saison passée, le RCSA avait battu les Girondins à la Meinau. Un scénario qui pourrait bien se répéter dimanche, au Matmut Atlantique cette fois. (D.R.)

Surtout, le calendrier s’annonce particulièrement favorable pour le Racing dans les prochaines semaines, ce qui pourrait permettre aux Alsaciens de confirmer la bonne dynamique et de s’installer plus durablement dans le haut du panier. Ainsi, ce sont des Bordelais à l’agonie et avec la pire défense du championnat (50 buts encaissés et aucun clean-sheet en 21 matchs) qui se présenteront sur leur chemin dimanche, à 15h. Les Strasbourgeois partent grands favoris, même si, on le sait, un match n’est jamais gagné d’avance.

Ensuite, on retrouve au menu du Racing un FC Nantes lui aussi sur une bonne dynamique, (6 février) mais qui aura le désavantage de se déplacer à la Meinau, où les supporters strasbourgeois, véritable douzième homme de l’équipe, devraient encore donner de la voix. Suivront Angers (13 février) puis Saint-Etienne (20 février), deux formations actuellement dans le creux de la vague, ce qui devrait permettre au Racing de capitaliser avant d’affronter de plus grosses écuries au mois de mars (Nice, Monaco, Lens).


Une équipe sans aucune pression


Kévin Gameiro célèbre son but face à Clermont ! (Eurosport)

Enfin, le Racing pourrait bien encore surprendre et se surpasser pour la simple et bonne raison que les joueurs prennent du plaisir sur le terrain. Et pour cause, ils ont l’avantage de jouer libérés, sans aucune pression de résultat, puisque qu’ils surclassent l’objectif de départ, à savoir obtenir le maintien. Délivrés de cette épée de Damoclès, les Strasbourgeois devraient donc être enclins à prendre davantage de risques, même face à de grosses formations.

Bien sûr, le maintien n’est pas encore assuré mathématiquement, mais il est quasiment acquis. Avec 18 points d’avance sur le premier relégable et un total de 35 points, la perspective d’une descente ne doit plus inquiéter, puisque sur les cinq dernières années de championnat il fallait en moyenne 38,4 points au compteur pour se maintenir dans l’élite.


Le Racing de la saison 2007-2008 avait enchainé onze défaites consécutives, synonyme de descente du club en Ligue 2. Un traumatisme qui hante toujours les travées de la Meinau aujourd’hui… (Maxppp – Hervé Kielwasser)

Autant dire que le Racing est sur la bonne voie, même si de douloureux souvenirs hantent encore les esprits à la Meinau et poussent à l’humilité : quinzième l’an dernier après avoir lutté jusqu’au bout pour se sauver, le peuple alsacien se souvient surtout d’une fameuse saison 2007-2008. Pourtant bien positionné à Noël (24 points), le club avait réussi l’exploit d’enchainer une improbable série de 11 défaites consécutives sur la phase retour, synonyme de chute en Ligue 2 (avec 35 points au compteur… soit le même total qu’aujourd’hui !). Le début d’une longue descente aux enfers, puisque le Racing a dégringolé ensuite jusqu’en Nationale, avant d’entrer en liquidation judiciaire courant 2011, pour repartir en CFA2.

Mais aujourd’hui, le Racing est aux antipodes de ce scénario cataclysmique et se fait une place dans la cour des grands. Délivré de toute pression, les Strasbourgeois vont jouer pour le plaisir avant tout, ce qui devraient encore nous réserver de belles surprises. Et au bout du chemin, qui sait, ça sera peut-être l’Europe…


Ce qui pourrait empêcher le Racing de jouer l’Europe



Cependant, si l’heure est à l’optimisme, la saison est loin d’être achevée. Tout peut donc encore arriver et la redescente au classement peut être aussi fulgurante que l’ascension réalisée. En quelques matchs, Strasbourg pourrait retrouver le ventre mou du classement, puisque six équipes se tiennent en quatre points, entre la quatrième et la neuvième place.

Le Racing ne possède donc que très peu de marge de manœuvre au classement et pourrait payer cher sur le long terme son déficit d’expérience dans la lutte pour les joutes européennes. Le manque de profondeur de l’effectif risque aussi de causer du souci à Julien Stéphan. Bien que très concernés et performants, les remplaçants ne sont pas légions, notamment en défense, où la moindre absence oblige le coach breton à bricoler avec les moyens du bord.


Ibrahima Sissoko est l’un des joueurs qui a le plus progressé cette saison ! (D.R.)

Ibrahima Sissoko a désormais l’habitude de jouer en défense centrale, lui le milieu de terrain de formation, tandis que Dimitri Liénard, tantôt ailier, tantôt arrière gauche, navigue entre différents postes. Karol Fila, défenseur central, joue également le plus souvent sur les côtés lorsqu’il faut remplacer Guilbert ou Caci. Si ces turnovers contre-nature fonctionnent, ils illustrent cependant le manque de solutions de rechange que possède Julien Stéphan dans le secteur défensif, où l’absence de Maxime Le Marchand a laissé planer la rumeur de l’arrivée d’une nouvelle recrue lors du mercato hivernal.

La course à l’Europe est une épreuve d’endurance, de longue haleine, et le Racing aura peut-être du mal à tenir la distance physiquement et mentalement. Face aux grosses écuries, les Alsaciens ont d’ailleurs souvent dû baisser pavillon. Sur la phase aller, ils ont ainsi été battus par le PSG (4-2), l’OL (3-1), Lille (2-1) et l’OM (2-0), des adversaires directs pour la course à l’Europe. Strasbourg doit donc encore hausser son niveau de jeu pour passer le cap qui lui permettrait d’accéder aux places européennes. En ont-ils les moyens ? L’avenir nous le dira. Le Racing a en tout cas tous les arguments nécessaires pour faire rêver ses supporters jusqu’au bout de la saison.


Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :
Ads Blocker Image Powered by Code Help Pro
Bloqueur de publicité détecté !

Aidez-nous à continuer notre activité en désactivant votre bloqueur de publicité ! La publicité fait vivre le site, ne nous laissez pas mourir.

Rafraichir la page
Powered By
CHP Adblock Detector Plugin | Codehelppro