Le All-Star Game NBA est-il toujours aussi prestigieux ?

C’est l’évènement à venir dans la planète NBA, le All-Star week-end arrive vite et avec lui son lot de spectacle, mais aussi de polémiques. Le Club se pose donc la question : Le All-Star Game est-il encore prestigieux?

L’édition 2022 se tiendra à Cleveland (NBA)

Une trace dans l’histoire

La statut de All-Star est quelque chose de recherché par tous les joueurs NBA dans leur carrière. L’accomplissement d’efforts consentis durant des années, et la reconnaissance par ses pairs d’un excellent niveau de jeu. Une sélection qui accorde « l’étoile » au joueur, et lui permet de participer au match le plus médiatisé de l’année entre toutes les superstars de la NBA. Cette sélection au All-Star Game permet donc d’être exposé aux yeux du monde et d’exploser véritablement pour les jeunes joueurs, mais cette distinction joue aussi un rôle important dans l’appréciation du joueur une fois que sa carrière est terminée.

En effet dans l’exercice compliqué de déterminer si tel ou tel joueur est meilleur qu’un autre (ou a une meilleure carrière, pour être plus précis), il est d’usage de citer les titres, les accomplissements personnels mais aussi le nombre de sélections au All-Star Game. Le nombre de participations semble jouer un rôle de baromètre qui agit lorsqu’on juge la carrière d’un joueur. Et loin de nous la volonté de remettre en cause ce paramètre, loin de là, mais notre réflexion nous pousse à nous interroger sur la facilité ou non à être All-Star suivant les époques. Est-il plus facile d’être All-Star pour un pivot que cela ne l’était dans les années 90-2000 ? Ou à l’inverse, les meneurs sont-ils désavantagés depuis les années 2010 et l’explosion du modèle d’équipes construites autour d’un meneur dominant?

Le All-Star Game, c’était mieux avant ? (Photo by Nathaniel S. Butler/NBAE via Getty Images)

Donc même si ces sélections attestent d’un excellent niveau de jeu et d’une régularité au plus haut niveau pour ceux qui arrivent à enchainer les sélections, cette nuance peut être intéressante au moment d’évaluer la carrière d’un joueur a posteriori.

Cependant pour les suiveurs de la NBA, cette notion du All-Star est différente de celle que se font les joueurs. À l’approche du All-Star Break, toute la communauté NBA est en ébullition. Pour qui voter ? Qui va être choisi par les coachs? Quels participants aux différents concours qui se déroule durant ce week-end? Vous l’aurez donc compris pour nous fans de sport, c’est surtout synonyme de spectacle, de prestige. Pour appuyer ce propos, le compte twitter Catch N’ Shoot nous a livré son ressenti à l’évocation du mot « All-Star » :


« All Star » et « All Star Game » pour moi c’est le prestige. C’est la récompense donnée à une poignée de mecs parmi des centaines pour leur dire que sur cette saison, ils font partis du gratin. C’est des dream matchs sur le papier où t’as des 5 majeurs de l’espace qui s’affrontent et où forcément il doit se passer quelque chose.

(@CatchNShootFr)

All-Star Week-End, pour le meilleur et pour le pire

Du spectacle donc, mais aussi des souvenirs qui accompagnent les visionnages de ces matchs en pleine nuit, souvent en faisant le moins de bruit possible pour ne pas réveiller les voisins. Qui n’a pas bondi de son canapé devant un énorme alley-oop? Le souvenir de l’excitation devant les duels lors des concours à 3 points ou le concours de dunks, toutes ces facettes du All-Star Game contribuent au prestige de cette distinction, comme une bulle dans une saison régulière éreintante. Vlad de la Team Dunkast nous a confié ses meilleurs souvenir de All-Star Week-End.


Le ASG me plonge direct dans mes souvenirs des ASG des débuts 2000 avec mes yeux d’enfants : une véritable fête du basket, qui rassemble des joueurs iconiques de l’époque… Bref un vrai rdv tant attendu avec la couverture exceptionnelle par Canal+. Obligé également de se remémorer les concours de dunk 2000, 2003 (mon préféré), le 4peat de Kevin Hart au Celebrity Game, le horse en 2009 par TNT… Trop de souvenirs quoi!

Mon meilleur souvenir est le ASW 2003 dans sa globalité : Des concours au top, match des célébrités avec Magic Johnson et Dominique Wilkins, un rookie game sympa et l’apothéose avec ce match des étoiles, qui est, à mon goût, le meilleur de l’histoire avec un suspense jusqu’au bout des 2 OT! (et accessoirement le dernier ASG de Michael Jordan). Mon pire souvenir est le ASG 2005 de Denver qui était d’un ennui total en dehors du self alley-oop de Vince Carter…

(@TeamDunkast)

Le Celebrity Game, cet évènement toujours surprenant (Frank Franklin II/AP Photo)

On remarque donc à travers les témoignages que le prestige et les souvenirs qui accompagnent le All-Star Game ne concernant pas juste le match des étoiles, mais tout ce qui entoure cet évènement. Des souvenirs qui permettent à certains joueurs de se faire une place dans le cœur de fans, de rester dans les mémoires avec une action particulière ou une déclaration. Un évènement bien plus important qu’un simple match ou une récompense individuelle, une possibilité de laisser une trace dans l’histoire de la NBA et dans la mémoire des fans.

Cependant depuis quelques années une forme de désintérêt commence à grandir à l’annonce du All-Star Week-End.

Perte d’intérêt des dernières années

Un évènement anticipé par beaucoup donc, mais qui a tendance à perdre en intérêt une fois les sélections annoncées. Défendre les couleurs de sa franchise préférée en votant sur les réseaux sociaux et réagir aux sélections semble créer plus d’excitation que le match en lui-même. Un phénomène qui dure depuis plusieurs années maintenant, avec un match des étoiles qui ressemble plus à un cirque, aux spectacle des Harlem Globe-Trotters qu’à un match compétitif de basket-ball.


Mon pire souvenir ? le All Star Game a Las Vegas (2009 de mémoire), une vraie purge. Et petit à petit, [la sensation] de voir le match des étoiles devenir un non événement, avec juste des épiphénomènes au cours du match, mais c’est tout.

(@CatchNShootFr)

(Photo by Jesse D. Garrabrant/NBAE via Getty Images).

Et comme si cela ne suffisait pas, tout ce qui entoure ce match (et plus particulièrement les concours) ne donnent pas entière satisfaction lorsqu’on les regarde. Y a-t-il eu dans l’histoire une édition durant laquelle le concours à 3 points et le concours de dunks étaient de très bonne qualité en même temps? Ces concours censés réunir quelques spécialistes de la discipline sont rarement au niveau. Dans l’Histoire, seule l’édition de 2016 à Toronto peut se targuer d’avoir offert des concours à la hauteur de l’évènement. Le duel entre Aaron Gordon et Zach LaVine est encore dans tous les esprits, et le concours de shoot à 3 points faisait s’affronter les deux Splash Bros, Stephen Curry et Klay Thompson pour un duel titanesque. Mais au-delà de 2016, il y a toujours eu des déceptions. Quelques highlights ici ou là, mais pas de constance dans l’excellence.

Pour le plaisir, remémorons nous l’un des trois meilleurs concours de dunks de l’histoire:

Mais revenons à nos matchs des étoiles. Les années 90 et 2000 nous ont offert des affrontements serrés, avec de l’enjeu et de l’intensité, ces dernières années le phénomène de foire s’est accentué avec des stars qui jouent, attaquent beaucoup mais défendent peu. Comme si le All-Star Game n’était plus l’affrontement entre Est et Ouest avec une fierté à défendre et des vraies rivalités entre conférences, mais qu’il était devenu une grande vitrine publicitaire pour la NBA. Le manque de trashtalking et de tension avant et pendant les matchs est tel qu’au moindre passage en force provoqué par Kyle Lowry, on crie à l’exceptionnel.

Ce changement de physionomie du All-Star a provoqué une scission entre les fans de basket-ball qui veulent voir du basket compétitif avec deux équipes composées de superstars et les spectateurs un peu plus détachés qui veulent surtout voir du spectacle, et donc des défenses décousues, des dunks, des shoots du milieu de terrain. Cette différence est bien expliquée dans ce témoignage:

Mais avec le temps, autant la récompense en soi est toujours prestigieuse (même si on peut débattre sur la manière de l’obtenir actuellement), autant le match j’en ai vraiment plus grand chose à taper parce c’est une parodie de basket et j’essaie de prendre ça au 36eme degré. Je pense que si tu le prends au 1er degré en mode match de playoffs, tu vas gâcher ta nuit.

(@CatchNShootFr)

La NBA a essayé ces dernières années d’apporter des changements à cette formule avec la mise en place du score limite à partir du dernier quart temps (règles que vous pouvez retrouver en détails en cliquant sur ce lien), la création de drafts comme dans les cours d’école pour mettre fin à l’habituelle confrontation Est – Ouest qui n’avait plus trop de saveur… Adam Silver et ses équipes sont au courant de la perte d’intérêt de cet évènement et ils cherchent surement des solutions pour contenter ces deux types de fans.

Seulement il n’y a pas que le contenu de l’évènement qui est remis en cause ces dernières années, la forme est aussi pointée du doigt.

Un concours de popularité?

Chaque année, les fans ont l’occasion d’envoyer leur joueur préféré au All-Star Game en votant massivement sur les réseaux sociaux. Un vote qui a un certain poids puisque 50% du vote final est réservé aux fans. Les médias comptent pour 25%, les joueurs 25%. Mais ce système de vote créé beaucoup de polémiques avec des résultats jugés incohérents et totalement hors de la réalité.

En effet, cette liberté donnée aux fans permet de voir des résultats surprenant, comme le plébiscite de Zaza Pachulia, porté par son pays la Géorgie et qui avait reçu pas moins d’1,5 million de votes en 2017. Et que dire des votes plus récents qui relèvent plus du troll que du vote sérieux qui voulaient envoyer Tacko Fall ou encore Alex Caruso au All-Star Game.

C’est aussi le revers de la médaille, aucun fan de sport ne peut voter totalement objectivement dans ce genre d’évènement, et le système se transforme en concours de popularité, en se résumant à la question suivante : Quelle franchise a la plus grosse fanbase? Et cette année ne fait pas exception, avec de nombreux votes pour Klay Thompson qui n’a pas joué avant début janvier, ou encore Derrick Rose qui réalise une saison correcte, mais loin d’être du niveau All-Star. Cette subjectivité est relevée par Titouan dans ce témoignage:


Clairement pour moi, donner ce « pouvoir » aux fans est un non-sens complet. Il n’y a rien de plus subjectif qu’un fan… Moi le premier! Quand je vois qu’un joueur comme Klay (que j’adore, c’est pas le problème) est dans le top 10 des guards grâce aux votes des fans alors que le gars a joué un match NBA pour le moment. Je vois des Melo, des Westbrook, des Derrick Rose dans le top 10 des votes, on se rend bien compte que faire voter des gens aussi peu objectif que les fans, ça n’a pas de sens

(@titouan_cronier)

Cette saison le vote des fans a encore fait parler de lui pas seulement dans les premiers retours de votes, mais surtout dans la place de titulaire accordée à Andrew Wiggins, l’ailier des Warriors. Une sélection surprise malgré sa bonne saison, qui a mis toute la communauté à feu et à sang autour de la légitimité de l’ancien Wolves à briguer une place de titulaire. Arrivé 3ème des votes sur le frontcourt, le numéro 1 de la Draft 2014 devance des joueurs comme Draymond Green, Paul George, Karl-Anthony Towns ou Rudy Gobert. Le pivot français a même réagi sur Twitter à sa non sélection avec un message qui veut dire beaucoup de choses :

Nous voyons bien que ce système de votes est donc peu à peu voué au changement, mais qui dit changement dit mesures, alors à quoi pouvons nous penser pour améliorer ce système de vote ?

Conclusion et pistes d’amélioration

Le All-Star Game et le prestige de cette sélection ne semble pas être moindre à notre époque, mais de plus en plus de fans commencent à penser que le vote des fans ne devrait pas être majoritaire, et donner un peu plus de poids aux coachs et aux joueurs, qui peuvent juger objectivement le mérite de chacun. Avec la multiplication des superstars de très haut niveau dans la NBA, il devient de plus en plus difficile de donner le statut de All-Star à tout le monde. Exemple récent avec le poste de guard à l’Ouest, le nombre d’arrières et de meneurs de jeu de niveau All-Star est incroyable, mais les places sont limitées. Obligatoirement, des joueurs seront oubliés et donc les débats continueront quoiqu’il arrive.

Mais alors quelles pistes pour l’avenir ? La NBA essaye tant bien que mal de varier le format du match des étoiles en imposant certaines règles censés augmenter la compétitivité des joueurs, mais depuis 2 ans on ne remarque pas une grande évolution. Alors que faire pour motiver des joueurs qui ne veulent absolument pas se blesser pour un match « amical » ? Encore une fois notre intervenant essaye de donner quelques solutions :

Quitte à tester des choses, j’essayerais bien un Europe vs USA (enfin Monde vs USA). Déjà connaissant l’égo des américains, ils joueront à fond et en plus, l’effectif « Monde » ne sera pas forcément ridicule (quand tu alignera Doncic-Giannis-Embiid-Jokic avec des gars comme Rudy Gobert ou KAT en back-up…

(@titouan_cronier)

Affrontement entre USA et Reste du Monde pour le match des étoiles? L’idée peut-elle marcher? (AFP)

L’idée de l’affrontement USA VS World est intéressante sur le papier pour faire ressurgir la fierté des joueurs, se battre pour la suprématie de son origine, mais ce format déjà utilisé pour le Rising Star Match, et le résultat n’est pas du tout probant, ce qui a d’ailleurs poussé la NBA à imposer de nouvelles règles pour transformer ce format et de lui donner plus d’enjeu. Une autre solution serait d’accorder une récompense sportive pour l’équipe gagnante dans l’optique de la fin de saison. L’idée de donner l’avantage du terrain en Finale NBA à l’équipe qui gagne pourrait donner une motivation suffisante pour que les joueurs se battent plus ? Titouan nous explique son raisonnement:

Sinon, rétablir East vs West et faire gagner l’avantage du terrain pour les finales NBA à l’équipe qui a gagné. (Exemple, si c’est la team East qui gagne, l’équipe qui va en finale NBA à l’Est genre Nets ou Bucks par exemple, auraient l’avantage du terrain, même si ils ont un moins bon bilan que le finaliste de l’Ouest)

(@titouan_cronier)

Mais alors quid des joueurs « surprises » dans les résultats des votes? Cette année n’a pas dérogé à la règle avec des résultats très surprenant, comme des votes de joueurs pour Ben Simmons qui n’a pas joué une minute cette saison, un gros soutien pour Anthony Davis qui a manqué beaucoup de matchs… La possibilité de voter pour n’importe quel joueur de la NBA permet ce genre d’aberrations, l’instauration d’une pré-sélection de joueurs pour lesquels voter peut être une solution.

Laisser les coachs créer une liste de joueurs éligibles à une sélection en se basant sur le nombre de match joués, sur le mérite et ensuite laisser aux fans la possibilité de voter ? Limiter le vote des fans à un par personne, en choisissant les 12 élus et en accordant moins d’importance aux fans dans la pondération des votes ? Toutes ces pistes peuvent être explorées par la NBA, ce qui ne changerait pas drastiquement le prestige de l’évènement.

Ces solutions pourraient elles marcher ? Dans une ère de changements et d’adaptation, ces idées ne paraissent pas si farfelues que cela. En effet les joueurs peuvent avoir envie d’avoir l’avantage du terrain, la carotte pour faire avancer l’âne. Toujours est-il que le prestige du statut de All-Star sera toujours le même, il faut juste revenir aux bases de l’évènement, avec des rivalités qui se forment, de l’enjeu et un spectacle qui fera plaisir à tous les fans de basket-ball autour du monde. Qui a dit que spectacle et match compétitif ne pouvaient pas cohabiter ?


Maxime Verhille.

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