Cyclisme – Etoile de Bessèges : La semaine parfaite de Benjamin Thomas !

Dimanche, Benjamin Thomas (Cofidis) a remporté le classement général de l’Etoile de Bessèges, point d’orgue d’une semaine de rêve pour celui qui n’avait jusqu’alors jamais remporté de courses par étapes. Retour sur les moments clés de ce succès, qui en appelle d’autres !


Benjamin Thomas triomphe sur la troisième étape de l’Etoile de Bessèges après un beau numéro ! (Nicolas Mabyle – DirectVélo)

Il n’aura finalement jamais tremblé. Exténué, au bout de l’effort, affalé sur le bitume la bave aux lèvres et des étoiles pleins les yeux, Benjamin Thomas savoure comme il peut au sommet de l’Ermitage, traditionnel juge de paix de l’Etoile de Bessèges. Sur les hauteurs d’Alès, l’Occitan vient de boucler en troisième position le chrono de 11km clôturant l’épreuve cévenole, à seulement dix secondes du vainqueur du jour, le surpuissant rouleur Filippo Ganna (Ineos-Grenadiers).

L’important est ailleurs : la récente recrue de l’équipe Cofidis a creusé l’écart sur ses adversaires au classement général, Alberto Bettiol (EF Education First), rejeté à seize secondes et le prometteur Tobias Halland Johannessen (Uno X), troisième à 32 secondes, juste devant Pierre Latour. Pour la première fois de sa carrière, Benjamin Thomas remporte donc une course par étape chez les professionnels, récompense méritée après une course très juste, du premier au dernier jour. Retour sur la semaine parfaite de Benjamin Thomas !

Bien plus qu’un simple rouleur


En 2017, Benjamin Thomas réalise sa meilleure saison sur la route, remportant notamment une étape des Quatre Jours de Dunkerque, sous les couleurs de l’Armée de Terre. (Getty Images)

Depuis ses débuts chez les professionnels en 2015 au sein de l’Armée de Terre, ce sont ses performances en contre-la-montre qui ont toujours retenu l’attention des suiveurs chez Benjamin Thomas. Double champion de France de la discipline en 2019 et 2021, le pistard de formation possède cependant un registre bien plus étendu.

Chez les jeunes, en remportant le Tour de Corse, il démontre déjà certaines prédispositions pour les courses par étapes. Rouleur puissant, il est aussi capable de tirer son épingle du jeu sur les courtes ascensions abruptes et possède une pointe de vitesse non négligeable. Une polyvalence remarquable qu’il a pu développer grâce à la piste, sa discipline de prédilection, idéale pour travailler à la fois son endurance, son explosivité et sa pointe de vitesse, les épreuves nécessitant pour beaucoup d’entre elles des sprints à répétition. De fait, malgré quelques coups d’éclats ici et là sur la route qui lui valent un contrat chez Groupama-FDJ en 2017, c’est surtout sur les vélodromes que Benjamin Thomas s’est distingué en début de carrière.

Il possède même un palmarès de pistard XXL avec quatre titres de champions du monde : l’omnium en 2017 et 2020, la course à l’américaine en 2017 et la course aux points en 2021, auxquels s’ajoutent sept titres de champion de France ! Un talent fou, qu’il a eu des difficultés à transposer sur la route.


Benjamin Thomas célèbre son titre de champion du monde de l’omnium en 2020 ! (Odd ANDERSEN / AFP)

Mais tout au long de cette 52ème édition de l’Etoile de Bessèges, au parcours bien plus escarpé que les années précédentes, Benjamin Thomas a parfaitement exploité sa polyvalence. Ainsi, grâce à ses qualités de puncheur, il parvient d’abord à jouer placé dans les deux premières étapes, achevées sur une montée sèche et courte.

En deuxième rideau mais au contact des meilleurs, il termine huitième de la première étape remportée en puissance par Mads Pedersen (Trek-Segafredo), avant de franchir la ligne en sixième position le lendemain, quelques secondes derrière son équipier Bryan Coquard, qui prive Pedersen du doublé. Quatrième au classement général à 27 secondes du Danois, leader de la course, Thomas est embuscade.

Une attaque opportuniste mais décisive


Le démarrage décisif de Benjamin Thomas dans le final de la troisième étape ! (Capture d’écran L’Equipe)

De quoi aborder dans de bonnes dispositions la troisième étape de l’épreuve, à nouveau disputée sur un parcours casse-patte et tortueux. Echappé dans le final en compagnie d’Alberto Bettiol, tenant du titre, et du prodige norvégien Tobias Halland Johannessen, lauréat du Tour de l’Avenir 2021, Benjamin Thomas construit sa victoire avec intelligence.

A trois kilomètres de l’arrivée, à la sortie d’un virage, dans un léger faux plat montant, il se laisse volontairement décoller de quelques mètres, pour mieux assommer ses adversaires d’un démarrage foudroyant ! Avec l’élan, il se place immédiatement hors de portée de ses deux compagnons de fugue, avant de mettre à profit sa puissance et ses qualités de roule-toujours pour résister jusqu’au bout à leur retour. Vainqueur de ce bras de fer aussi bref qu’intense, Benjamin Thomas s’impose en poursuiteur et fait même coup double : victoire d’étape et maillot corail de leader du classement général !  

Rémy Rochas en sauveur !


Benjamin Thomas a souffert sur les pentes du Mont Bouquet, mais il a pu compter sur l’aide de Rémy Rochas (au second plan) pour limiter la casse ! (Nicolas Mabyle – DirectVélo)

Pas le temps de souffler pour autant, car dès le lendemain le Mont Bouquet se présente sous les roues des coureurs ! 4,6 km à 9,1% de moyenne, un véritable test pour le protégé de Cédric Vasseur, qui s’attend à subir les assauts d’adversaires bien meilleurs escaladeurs que lui. Peu à l’aise sur les longues ascensions, Thomas parvient cependant à gérer la crise, lissant son effort au maximum malgré un mauvais placement au pied de la bosse.

Appliqué, il remonte la file en s’économisant au maximum, avant de se placer dans le sillage rassurant de son ange gardien du jour, son équipier Rémy Rochas. Le petit grimpeur lui imprime un tempo régulier, puis s’efforce de limiter la casse après l’attaque de Johannessen, suivi par Jay Vine et Antonio Tiberi. Si le Norvégien l’emporte au sommet, Thomas ne lui concède que 25 secondes sur la ligne, franchie en onzième position… son pire résultat de la semaine ! C’est ici, dans la douleur, sur un terrain qu’il maitrise encore mal, que Benjamin Thomas a gagné cette Etoile de Bessèges !

L’arme fatale du contre-la-montre


Spécialiste du contre-la-montre, Benjamin Thomas a pu assurer sa victoire lors de la dernière étape. (D.R.)

Car le contre-la-montre du dernier jour était plutôt à son avantage, même si l’ascension finale du site de l’Ermitage laissait craindre un effondrement de dernière minute, surtout face à des coureurs comme Pierre Latour et Alberto Bettiol. Mais le leader de la course connaissait le parcours et avait prouvé lors de la précédente édition qu’il savait correctement le négocier : en 2021, Thomas avait pris la deuxième place de cette étape, à dix secondes d’un certain… Filippo Ganna.

Un an plus tard, on prend les mêmes et on recommence. Et comme en 2021, Benjamin n’a pas déçu : parfaitement posé sur sa machine, très aérodynamique, il négocie correctement la première partie plate du contre-la-montre, s’économisant un peu pour attaquer tambour battant l’ultime ascension. A l’arrache dans le dernier kilomètre, aux prises avec la pente, il se débat avec efficacité pour le résultat que l’on sait : troisième de l’étape, une avance accentuée au classement général, et le bonheur fou d’une première victoire sur une course par étape !  

Le renouveau de Benjamin Thomas


L’Etoile de Bessèges est la première course par étape inscrite au palmarès deThomas ! Le début d’un renouveau pour le coureur de 26 ans ? (D.R.)

Jusque-là seulement vainqueur de deux courses en ligne chez les pros (une étape du Tour de Wallonie et des Quatre Jours de Dunkerque en 2017), Benjamin Thomas semble donc avoir franchi un cap avec ce succès. Après trois saisons moyennes chez Groupama-FDJ, où il a souvent tourné autour de la victoire sans parvenir à trouver l’ouverture (2ème d’une étape du Tour de Suisse l’an passé notamment), souvent cantonné à un rôle d’équipier, Thomas semble donner, à 26 ans, une nouvelle impulsion à sa carrière sur la route.

Des impressions confirmées par l’intéressé au micro des journalistes de l’Equipe, dimanche : « Je sens que je suis un coureur différent, et le changement d’équipe m’a vraiment boosté, j’ai vraiment envie de bien faire. Cette Étoile de Bessèges est un peu un déclic dans ma carrière et ça montre que je peux faire des résultats sur les courses sur route. Je l’avais dit cet hiver, ça récompense un gros travail. »


Le dernier jour, Benjamin Thomas a tout donné pour l’emporter ! (Capture d’écran Eurosport)

S’il ne délaisse pas complètement la piste, qui l’a empêché de se livrer totalement chez Groupama-FDJ, Benjamin Thomas donne la priorité à la route cette saison. Dans la foulée de son succès à Bessèges, il cherchera à briller encore sur les courses par étapes françaises, où il aura un rôle de coureur protégé pour maximiser ses chances de victoires au général. Sur les courses par étapes World Tour, il sera en revanche davantage en soutient de ses leaders, comme Guillaume Martin, qu’il épaulera sur les routes de Tirreno-Adriatico.

Son changement d’équipe et donc de statut lui ont en tout cas fait du bien : « J’ai eu un statut dès le début d’année où Cédric Vasseur m’a dit dès l’entame de la saison que je venais pour gagner des courses, et qu’il comptait sur moi pour faire ça […] Avoir un statut de coureur protégé est ce que je recherchais. »

De quoi effacer définitivement la déception des Jeux Olympiques de Tokyo, conclus par des résultats en deçà de ses attentes, malgré une préparation intense, alternant stages et compétitions sur vélodromes avec des courses sur route. Seulement troisième de l’Américaine et quatrième de l’omnium aux JO, Benjamin Thomas avait à cœur de se relancer cette année. C’est chose faite avec cette victoire sur l’Etoile de Bessèges, qui en appellent d’autres, assurément.

Et au bout, pourquoi pas, une sélection à son premier Tour de France. Une épreuve remporté en 2012 par un certain Bradley Wiggins, un ancien pistard, comme lui… On souhaite à Benjamin Thomas la même réussite !

Alexis Kopp

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