Le sport, nouveau terrain de jeu de l’Arabie Saoudite

Le 7 octobre dernier, l’Arabie Saoudite a racheté le club de Newcastle pour la coquette somme de 352 millions d’euros, faisant du 18e de Premier League le club le plus riche du monde. Le mois dernier, le Rally Dakar s’est déroulé pour la troisième fois sur les pistes saoudiennes. Et, en octobre 2021, le grand royaume du Moyen-Orient a organisé un Grand Prix à l’occasion des championnats du monde de Formule 1. Plus grand pays du Moyen-Orient, l’Arabie Saoudite a fait du sport son terrain de chasse privilégié. En investissant dans le sport, l’Arabie-Saoudite veut diversifier son économie pour permettre de faire sortir le pays de sa rente pétrolière. Cette nouvelle stratégie est le fruit du travail du prince héritier,  Mohammed Ben Salmane, qui a mis en place en 2016 un grand plan de développement: le plan Vision 2030. Décrié pour son non-respect des droits de l’homme et accusé d’avoir orchestré l’assassinat du journaliste, Jamal Khashoggi, en 2018, le pouvoir saoudien veut se refaire une image aux yeux du monde en utilisant le sport comme signe de modernisation dans ce pays ultra-conservateur. Que ce soit dans un but politique ou économique, on vous explique pourquoi l’Arabie Saoudite a fait du sport son nouveau terrain de jeu.

Plan vision 2030: le sport comme “soft power”

Le plan vision 2030, le projet du siècle de l’Arabie Saoudite

Grand pays de 34,8 millions d’habitants, l’Arabie Saoudite s’impose comme un des pays les plus riches de la péninsule arabique. Berceau de l’Islam, le royaume whaabite comprend les deux mosquées les plus sacrées de la religion musulmane et accueille chaque année des millions de fidèles musulmans. L’image de l’Arabie Saoudite est celle d’un pays ultra-conservateur où la peine de mort est encore appliqué avec 150 personnes qui ont été exécutés rien qu’en 2015 et un pays où la liberté de la presse est bafoué puisque le royaume saoudien est classé à la 164e position au classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF (Reporters sans frontières). En Arabie saoudite, l’athéisme et homosexualité sont passibles de peine de mort et les femmes sont sous l’autorité d’un homme (le gardien) suivant l’application de la charia. Menant une guerre au Yémen depuis 2015 qui a mené à un désastre humanitaire et responsable de l’assassinat du journaliste, Jamal Khashoggi, en 2018, le pouvoir saoudien n’a cessé de détériorer son image aux yeux du monde et plus particulièrement à ceux du monde occidental. L’image de Arabie saoudite se retrouvant entaché,  le prince héritier, Mohammed Ben Salman, a donc décidé de miser sur le “soft power” sportif pour se refaire une image et quoi de mieux que le sport pour se refaire une santé? 

Mis en place en 2016 par Mohammed Ben Salman, le plan Vision 2030 est un programme de développement visant à faire sortir l’Arabie Saoudite de sa rente pétrolière pour pouvoir se diversifier économiquement. Aujourd’hui, le pétrole représente 80% du budget de l’Etat saoudien, témoignant ainsi de l’ultra dépendance du Royaume à l’or noir. Pour pouvoir diversifier son économie et multiplier ses partenariats à l’international, MBS (Mohammed Ben Salman) est dans l’obligation de moderniser le pays. Le pouvoir saoudien a donc décidé de rentrer sur un terrain jusqu’alors inconnu : le sport. En organisant des compétitions internationales, l’Arabie Saoudite veut montrer au monde entier qu’elle s’ouvre. Rally Dakar, supercoupe d’Espagne et d’Italie de football, Grand prix de F1 et Tour d’Arabie saoudite en cyclisme; depuis 2016, l’Arabie saoudite ne cesse d’accueillir des compétitions sportives. 

Le prince héritier, Mohammed Ben Salman, au premier Grand prix d’Arabie saoudite

Ce géant du Moyen-Orient investit principalement dans le sport le plus populaire au monde: le football. En rachetant le club de Newcastle pour 352 millions d’euros en octobre dernier, l’Arabie Saoudite a créé un coup de tonnerre dans le football mondial. Après une bataille d’un an, le pouvoir saoudien est enfin propriétaire d’un club de Premier League. Durant le mercato d’hiver, Newcastle a dépensé plus de 100 millions d’euros en recrutant notamment  Kieran Tripier, Bruno Guimaraes ou Chris Wood. Durant les prochaines années,  l’Arabie Saoudite cherchera à rendre Newcastle comme l’une des marques les plus connues dans le football, en achetant à des prix astronomiques des grands noms du ballon rond. L’Arabie saoudite cherche à s’exporter à l’étranger mais elle n’en oublie pas pour autant de se développer au niveau national. Dans un pays où 70% des 34 millions de saoudiens ont moins de 30 ans, le pouvoir saoudien se devait d’améliorer ses services à la population notamment dans le secteur de la culture et des loisirs pour la jeunesse. Offrant un divertissement pour la jeunesse, l’Etat saoudien a donc débloqué un fond de plusieurs centaines de millions d’euros pour pouvoir développer le championnat de football national. Ces investissements ont aussi pour but d’améliorer la compétitivité des footballeurs saoudiens pour permettre un rayonnement au niveau continental voire mondial. Le sélectionneur de l’Arabie Saoudite, Hervé Renard, déclare même que: “L’Arabie saoudite est un vrai pays de foot. Il y a de très bons joueurs, de très bons entraîneurs étrangers qui y viennent, et ce n’est pas seulement pour l’argent”. Grace à un recrutement XXL avec les venues de Bafemtimbi Gomis, Moussa Marenga et Matheus Pereira, le club de Al-Hilal, basé à Riyad, a remporté la dernière édition de la Ligue des champions d’Asie en 2021, signe que l’investissement saoudien commence à porter ses fruits.

Des enfants saoudiens supportent leur équipe national de football

Rattraper le retard sur son rival qatari

Entre l’Arabie Saoudite et le Qatar, les relations ne sont pas au beau fixe, c’est le moins que l’on puisse dire. En 2017, l’Arabie Saoudite a rompu ses relations diplomatiques avec le Qatar et ferme ses frontières avec l’émirat. La cause? L’Arabie saoudite soupçonnait le Qatar de soutenir des groupes islamistes terroristes et de relations avec l’Iran. Après 3 années de vives tensions, la crise du golfe a pris fin en janvier 2021 mettant fin ainsi au blocus contre le Qatar. A défaut de s’affronter militairement, l’Arabie Saoudite a donc décidé d’attaquer son rival Qatari sur un autre terrain: le sport.

En effet, le Qatar avait pris beaucoup d’avance dans ce domaine sur le royaume Wahhabite. En décembre 2010, le Qatar se voyait attribuer l’organisation de la coupe du monde 2022. Cette attribution a permis au monde de situer le Qatar sur une carte et a permis au petit émirat de renforcer son soft power sur le grand Royaume du Moyen-Orient. En 2011, le Qatar avait racheté le Paris Saint-Germain, faisant du club parisien un géant européen en attirant des grandes stars tels que Ibrahimovic, Neymar ou encore plus récemment Lionel Messi. La même année, un réseau qatari de chaînes de télévisions sportives, Bein Sport, a vu le jour. Bein Sport va venir chambouler le paysage audiovisuel français pour devenir l’un des premiers diffuseurs mondial de rencontres sportives. Outre le football, le Qatar est un pays qui a financé et accueilli des événements sportifs majeurs. Que ce soit le grand prix du Qatar en Formule 1, le championnat du monde d’athlétisme en 2019 ou le mondial de handball en 2015; le Qatar a usé de son soft power en accueillant des événements sportifs majeurs pour offrir au monde l’image d’un pays ouvert et accueillant, ce qui est loin d’être le cas en réalité.

Jouant au football devant les grattes ciels du Qatar,les stars du PSG font figure de belle vitrine dans ce petit émirat du Moyen-orient

Face à l’hégémonie Qatari, l’Arabie saoudite a décidé de contre-attaquer en organisant des compétitions sportives et en cherchant à devenir propriétaire d’un grand club européen. En organisant un Grand prix de F1, la supercoupe d’Espagne et d’Italie ou le Rally Dakar; la puissance pétrolière a démontré qu’elle pouvait organiser des événements sportifs majeurs, comme son voisin qatari. Néanmoins, les Saoudiens ont longtemps bataillé pour acquérir un grand club européen pour s’exporter sur le vieux continent. A défaut de Manchester united, c’est sur le club de Newcastle qu’ils ont jeté leurs dévolus. A l’image de ce que les Qataris font au PSG depuis une décennie, les nouveaux propriétaires saoudiens espèrent attirer des stars du monde entier pour en faire un grand club européen et en faire une vitrine mondiale. Les saoudiens ont de l’ambition et rêvent aussi d’un rachat de l’OM pour venir concurrencer, dans le championnat de France la propriété du Qatar: le PSG. Venir provoquer le Qatar, l’Arabie saoudite n’en serait pas à leur coup d’essai. La guerre sportive s’était transformée en guerre commerciale entre les deux ennemis.  En Juin 2020, l’organisation mondial du commerce a condamné l’Arabie saoudite pour le piratage de la chaîne Bein sport appartenant au Qatar. Par le biais du satellite Arabsat, la chaine saoudienne Beoutq diffusait les programmes de Bein sport gratuitement depuis 2017. Plus grand détenteur des droits internationaux de premier League, Bein sport s’était donc opposé au rachat de Newcastle par les Saoudiens.  

Des supporters de Newcastle brandissent le drapeau saoudien devant le stade St James’ Park

On dit que dans le football, seule compte la vérité du terrain et les deux nations du Moyen orient l’ont très bien compris. Vainqueur de la dernière édition de la coupe d’Asie en 2019, le pays hôte de la coupe du monde 2022, le Qatar, ne va pas vouloir faire de figuration sur ses terres. Quant à l’Arabie Saoudite, les hommes d’Hervé Renard sont en passe de valider leur qualification à la coupe du monde 2022 puisque les faucons sont en tête de leur groupe à deux journées de la fin des éliminatoires de la CDM 2022. L’Arabie saoudite aura à cœur de participer à la coupe du monde 2022 pour pouvoir rivaliser face au Qatar ,mais cette fois sur le terrain.

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