Le Tribunal du Club 115 : Sampaoli, plus meneur d’hommes que tacticien?

Ces dernières semaines l’entraineur argentin est pointé du doigt par bon nombre de supporters marseillais suite aux résultats décevants de son équipe et de son manque d’adaptation tactique. Alors pour ce premier épisode du Tribunal, jugeons Jorge Sampaoli.

Sampaoli sans idées contre Nice. (Icon Sport)

Des résultats et du jeu pour ses débuts

En arrivant pour prendre la relève d’André VIllas-Boas, le bouillant argentin a amené de la grinta, de l’excitation dans les travées du Vélodrome. La différence d’implication du peuple marseillais entre les tribunes vides de la Coupe d’Europe et la ferveur qu’on observe cette saison, le climat a radicalement changé sur la Canebière. Le technicien argentin a insufflé une nouvelle dynamique au sein d’un groupe qui devenait de plus en plus morose, et l’avenir semblait radieux pour l’OM.

Une qualification en Europe pour cette saison, de belles idées de jeu beaucoup moins frileuses que son prédécesseur, tout semblait rouler pour Sampaoli. L’intersaison donnait aussi beaucoup d’espoirs, avec un recrutement en étroite collaboration avec Pablo Longoria, l’OM faisait grand ménage dans l’effectif. Un vent frais qui permet à Sampaoli de mettre en place ses idées de jeu, notamment à travers le recrutement de joueurs qu’il connaissait déjà comme Luan Peres ou Gerson.

Le début de saison ravi aussi les supporters, avec une tactique que l’on pourrait comparer à un « bordel organisé ». Un dispositif en 3-3-3-1 constamment en évolution qui a beaucoup perturbé les adversaires, mais qui au bout de quelques semaines a montré ses limites. Bien évidemment aucun dispositif n’est parfait, et il serait stupide de penser que la mise en place tactique ne souffre d’aucune adaptation sur le long terme. Seulement lorsque les adversaires ont repéré le point faible de l’OM (en l’occurrence les espaces sur les cotés de la défense), Sampaoli s’est confronté à un nouveau défi, s’adapter. Et c’est aussi sur cela qu’on juge un entraineur, sur sa capacité à changer ses plans, à faire jouer ses équipes de manières différentes selon les adversaires. Gagner contre une équipe qui évolue bas sur le terrain demande autres choses que de gagner contre une équipe qui monopolise le ballon.

Et sur ce point, Sampaoli déçoit depuis plusieurs semaines voire plusieurs mois désormais.

Un manque de tactique sur le long terme ?

La question peut se poser. Même s’il est arrivé avec des idées de jeu, l’entraineur Argentin semble avoir du mal à changer de système sans totalement faire déjouer son équipe. Après son 3-3-3-1 initial, Sampaoli voulait protéger la profondeur derrière sa défense, et est donc passé à une défense hybride à 5, avec des pistons plus défensifs. Dans l’idée ce n’est pas stupide comme idée, seulement la plupart du temps c’est Valentin Rongier qui occupait ce poste à droite. Avec un Pol Lirola totalement à coté de ses pompes par rapport à la saison passée, le rendu n’est pas le même sur le terrain. Jorge Sampaoli a aussi essayé d’adopter une défense à 4 récemment, sans grand succès non plus.

Encore récemment nous avons vu quelques positions assez étonnantes, qui n’ont malheureusement pas porté leur fruit pour Sampaoli. Contre Nice en Coupe de France, William Saliba a été aligné comme défenseur droit pour solidifier l’assise défensive de l’aveu de l’entraineur. Seulement le Gunner a été totalement perdu sur le terrain, pas habitué à ce rôle, et il a pris le bouillon face aux joueurs percutants que son Gouiri ou Kluivert. Son attitude sur le quatrième but niçois illustre parfaitement son manque de repères au poste de défenseur droit.

Si on observe bien le comportement du défenseur, il ne cesse de chercher du regard son attaquant et sa zone pour être bien placé. Cette constante recherche de repères l’empêche surement d’effectuer un meilleur geste défensif, et d’éviter ce but.

4-2-3-1, 4-3-3, les semaines passent et l’impression reste la même: Sampaoli a-t-il identifié son 11 type ? Ou le poste préférentiel de ses joueurs? Certains Marseillais ont passé leur saison baladés entre plusieurs postes très différents. Gerson par exemple, a joué meneur de jeu, milieu central dans un double-pivot, ailier gauche et même milieu gauche dans un milieu à plat. Tous ces postes nécessitent des caractéristiques particulières, pas sûr que Gerson fasse l’affaire sur certains et ses performances ont été pointées du doigt à juste titre. Ce tâtonnement tactique n’est pas nouveau pour l’Argentin, qui a du mal à identifier à son idée de jeu, sa façon de jouer et surtout, à s’adapter aux profils des joueurs qu’il a à disposition. Chaque grand entraineur à son système fétiche et Sampaoli historiquement a beaucoup changé de façon de jouer.

Lorsqu’on pense à Guardiola, on pense 4-3-3, quand on pense à Conte le système à 3 défenseurs nous vient immédiatement à l’esprit, mais Sampaoli ne semble dirigé d’aucune idée précise. A Séville l’argentin instaure un 3-5-2 extrêmement offensif mais instable qui a marché pendant 30 journées avant de s’écrouler, le Chili évoluait sous ses ordres en 4-4-2 pouvant se moduler en 3-4-3 ou en 3-4-1-2, et à l’OM c’est la même chose. Et que dire de ses 15 systèmes différents en 15 matchs avec l’Argentine, symbole de tâtonnement tactique.

Guardiola et Conte, vrais tacticiens, Sampaoli non?

Outre cette tactique élastique, Sampaoli semble être un adepte du plaisir des joueurs. Avoir des éléments qui ont envie de jouer ensemble, qui prennent du plaisir au quotidien, c’est essentiel pour lui. Seulement, il y a une limite à tout cela. L’équilibre doit être trouvé entre le copain, et l’entraineur. Les différentes vidéos d’entrainement qu’on peut trouver sur internet nous le prouvent, l’argentin est adepte des consignes du type « amusez vous », « prenez du plaisir », ce qui se ressent sur le terrain. Cette philosophie porte ses fruits lorsqu’on parle de faire progresser les joueurs dans les clubs où il est passé. Comment ne pas penser à Steven N’Zonzi, passé de milieu défensif physique à rampe de lancement fiable techniquement à Séville?

Seulement dans tous les clubs où il est passé, Sampaoli à toujours fini de la même manière : sans trophées et en conflit avec ses dirigeants.

A Marseille comme dans ces anciens clubs?

Le problème pour l’Olympique de Marseille? Le fait que ce qui est en train de se passer dans le club phocéen n’est pas une surprise si on se penche sur la carrière d’entraineur du sulfureux argentin. La première chose qui frappe quand on observe son parcours, c’est l’instabilité. A part sa période de 4 ans avec la sélection argentine, Sampaoli n’est jamais resté plus de 2 saisons dans le même club. Un total de 13 équipes entrainées en 20 ans de carrière d’entraineur, on ne peut pas dire que sa vie soit vraiment stable sur ce point. Ce total peut même s’élever à 14 si on compte sa double expérience au Coronel Bolognesi, club péruvien de première division (2004-2005 d’abord, pour revenir ensuite en 2006). Une instabilité propre aux entraineurs ayant mauvaise réputation, pourtant énormément d’acteurs du football ayant travaillé avec lui ne tarissent pas d’éloge sur l’homme et ses méthodes. Seulement, les dirigeants qui ont travaillé avec lui ne sont pas aussi dithyrambiques envers l’argentin.

Le président de Santos l’a affirmé dans une interview, à l’Atlético Mineiro cela s’est vérifié aussi, Sampaoli a du mal à garder une relation saine avec ses dirigeants. Mais le pire a été avec la sélection argentine, où le technicien avait perdu le soutien du public, de la presse et des joueurs au fil des matchs de la campagne de qualification pour le Mondial 2018. Selon quelques informations, même une partie de son imposant staff avait perdu foi en lui. Tant bien qu’un ancien proche de la sélection l’affirme : « Il a vraiment fini tout seul. Au niveau de la gestion de groupe, cela a été un fiasco total ». Marco Rojo en rajoutera une couche : « D’entrée les choses ne fonctionnaient pas. Il y a eu beaucoup de changements. J’ai senti que Jorge avait un peu perdu le nord et ne savait plus comment continuer. »

Sampaoli, capitaine solitaire de l’Albiceleste (AFP / Giuseppe CACACE)

S’inscrire dans la durée est généralement le souhait de chaque club afin de pérenniser les résultats et instaurer une progression au sein de l’effectif, alors pourquoi ses expériences ne s’inscrivent pas dans le temps?

La réponse à cette question semble résider dans le désir obsessionnel qu’a l’Argentin de gagner. Une obsession qui le pousse à changer d’air dès que la difficulté se fait sentir. Et son parcours nous l’illustre bien. Alors que Séville montrait de belles promesses dans le jeu malgré des déceptions en Europe, Sampaoli décide de quitter prématurément le club andalou pour rejoindre l’Argentine, son rêve de toujours comme il l’avait expliqué au journal El País :

Mon rêve depuis toujours est d’entrainer la sélection argentine. En tant qu’Argentin je ne peux refuser cette opportunité même si elle brise ma carrière européenne, qui avait très bien débuté. Je dois y aller.

Jorge Sampaoli

Un homme qui n’écoute que lui, son impulsivité commande ses décisions. Son instabilité peut aussi venir de là, un entraineur qui fuit dès que les périodes de moins bien arrivent, pour gagner ailleurs. Pour couronner le tout, Jorge Sampaoli a même fait tatouer cette manière de vivre su son bras gauche, comme pour montrer à tout le monde que lorsqu’on prend Sampaoli, on accepte le risque que cette aventure s’arrête prématurément. « Je n’écoute pas et j’avance« , voilà ce qui est écrit. Son obsession se vérifie cette saison, avec son désire de faire jouer des joueurs à des postes qui ne sont pas les leurs et qui ne donnent pas satisfaction, mais l’entraineur continue dans cette idée.

Son histoire avec la sélection argentine résume bien son entêtement et ses incertitudes. Alors qu’il prônait un jeu offensif et séduisant avec Séville, la patte Sampaoli n’existera jamais, comme le montre la multitude de schémas tactiques évoquée précédemment. L’Argentine n’est pas belle à regarder, ne semble pas adopter de tactique cohérente malgré de nombreux joueurs de très grande qualité à disposition et peine à se qualifier pour la Coupe du Monde en Russie. Sauvé par le talent de Léo Messi qui par un triplé miraculeux qualifie l’Albiceleste pour le Mondial 2018, Sampaoli n’a rien montré et va s’enfoncer dans les frasques et les scandales.

Sampaoli et l’Argentine, quand le rêve tourne au cauchemar

Tout d’abord avec la sélection de joueurs, incohérente et déséquilibrée, mais aussi par son comportement et ses déclarations. Juste après la qualification et un match amical qui a vu l’Argentine perdre contre le Nigéria 4-2, un livre sur Sampaoli et ses idées de jeu sort dans les librairies, et un passage passe mal chez les fans.

« Je ne planifie rien. Tout sort de ma tête quand cela doit surgir. Je déteste la planification. Le football ne s’étudie pas, il se sent et se vit« . Ce passage a été décrit par le biographe de Sampaoli qui a collaboré pour l’écriture du livre comme sortie de son contexte, mais le doute est permis lorsqu’on observe la carrière du coach. Jorge Sampaoli est-il un vrai tacticien ou bien un homme qui fonctionne au feeling, est un meneur d’homme et se laisse porter là où le vent le porte ? Lorsqu’on voit le manque d’adaptation en match, ses difficultés à trouver une équipe type à l’OM et les fluctuations constante du jeu de son équipe, cette hypothèse n’est pas si farfelue.

Alors que son passage à l’OM se complique, est ce que le schéma classique va s’appliquer ? Est ce que le technicien argentin va prendre la porte sentant que le vent tourne sur la cité phocéenne? Les prochaines semaines seront décisives pour lui et pour Marseille, qui cherche désespérément de la stabilité pour avancer.

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