Pourquoi Berlin n’a-t-elle pas de grand club de foot ?

Respectivement 16ème et 9ème de Bundesliga, le Hertha Berlin et l’Union Berlin sont une fois de plus loin d’être les têtes d’affiche du championnat d’Allemagne. Si Union dépasse les espérances, le Hertha est en piteux état. Mais au fait, pourquoi Berlin est-elle l’une des seules capitales européennes orpheline d’un grand club de football ?

A Berlin, la ferveur pour le foot ne se traduit pas en résultats probants (Imago)

Le Real Madrid, l’Ajax Amsterdam, Chelsea, la Roma, le PSG, Anderlecht, le Benfica, l’Étoile Rouge de Belgrade… Tous les clubs des différentes capitales européennes (et on en oublie !) connaissent ou ont connu une époque glorieuse. Tous… sauf ceux de Berlin, la capitale allemande pourtant si riche de par sa culture, son histoire et sa vie nocturne. Une ville qui vibre au rythme de l’électro, plus qu’à celui des soirées de Ligue des Champions, puisque le Hertha, qui est historiquement le meilleur club berlinois, n’a disputé que 14 rencontres de C1 pour seulement trois victoires.

Cette saison, Union participait bien à la Conference League, troisième compétition européenne. Troisième, comme la place occupée par l’ancien club de Berlin-Est, synonyme d’élimination dès les phases de poule. Mais pour constater que Berlin ne brille pas ballon au pied, inutile de sortir des frontières de ce beau pays qu’est l’Allemagne. Le palmarès national parle déjà suffisamment de lui-même. Le Hertha a bien été deux fois sacré champion outre-Rhin. Au détail près que ces deux titres remontent à 1930 et 1931, soit trente ans avant la construction du mur, et deux ans avant l’arrivée des Nazis au pouvoir. Un sacré bout de temps, donc…

Sad fact : depuis 1966 c’est un club de Berlin, le Tasmania Berlin, qui détient le triste record du nombre de matchs consécutifs sans victoire en Bundesliga (31).

L’Histoire mise en cause

Petit rappel historique : après la seconde guerre mondiale, Berlin a été divisée en quatre zones d’occupation par les puissances vainqueurs du conflit. La capitale allemande était ainsi déchirée entre le bloc de l’Ouest (États-Unis, Royaume-Uni, France) et le bloc de l’Est (URSS). Une situation qui a donné naissance au fameux mur de Berlin qui a séparé la ville entre 1961 et 1989. Alors que le football était déjà bien implanté à Londres, que Franco utilisait le Real Madrid comme outil de propagande dans les années 50, ou que Daniel Hechter et Jean-Paul Belmondo faisaient décoller le PSG dans les années 70, Berlin était piégée en plein coeur de la Guerre Froide.

Berlin se trouvait en plein coeur de la RDA (Vikidia)

Une situation qui n’empêchait pas le Hertha d’être l’un des membres fondateurs de l’actuelle Bundesliga en 1963. Mais le club était relégué deux ans plus tard, émaillé par des scandales de corruption. Car si la ville de Berlin était divisée entre puissances de l’Ouest et de l’Est, elle se situait malgré tout en plein coeur de l’Allemagne de l’Est (RDA) et faisait donc figure d’oasis en territoire soviétique. Le Hertha a alors fait face au refus de certains joueurs d’évoluer dans une ville située au beau milieu de la RDA, sous le joug de la dictature communiste.

Le club leur avait ainsi versé des primes illégales, afin de les convaincre de porter le maillot de Die Alte Dame (La Vieille Dame, surnom du Hertha). Si la plus grande écurie berlinoise relevait parfois la tête, avec une deuxième place de Bundesliga en 1975 ou des qualifications européennes à la fin des années 90, elle pâtissait trop de la situation politique de la ville pour décoller. Pour sa part, le club d’Union Berlin partait d’encore plus loin. Rétabli en 1966, il était situé à Berlin-est, dans la zone d’occupation soviétique. S’il a livré de féroces batailles dans le championnat est-allemand avec le Dynamo Dresden, il partait avec trop de retard économique pour bien figurer en Bundesliga à la suite de la réunification des deux Allemagnes en 1990.

Le reflet du fédéralisme allemand ?

Contrairement à la France, qui est un Etat unitaire, ou à l’Espagne qui est un Etat régional, l’Allemagne est un Etat fédéral, comme le sont par exemple les États-Unis. Dans un Etat unitaire, la plupart des institutions sont basées dans la capitale, qui prend également des décisions pour l’ensemble du territoire national. En Allemagne, la situation est différente, puisque le pays est divisé en 16 régions que l’on appelle les Länder (exemple : la Bavière). Chaque Länder dispose d’une certaine autonomie dans ses prises de décision. La capitale a donc bien moins d’influence à l’échelle du pays et n’est pas nécessairement la ville la plus riche (Francfort est par exemple la place financière en Allemagne).

Le milliardaire Dietmar Hopp investit dans son terroir (dpa)

En Allemagne, il n’y a donc pas ce besoin de posséder un grand club de foot à Berlin. Les grands entrepreneurs n’investissent pas nécessairement dans cette ville et privilégient leur propre région. C’est le cas du Bavarois Herbert Hainer, ancien PDG de Adidas et qui est désormais Président du Bayern Munich. Ou bien du milliardaire Dietmar Hopp, natif du Baden-Württemberg, et qui a préféré investir à Hoffenheim, club de son enfance, plutôt qu’à Berlin (en réalité, ce n’était probablement même pas une option dans son esprit).

Instabilité au Hertha, progression récente à Union

La Bundesliga étant peu attractive pour les investisseurs étrangers, en raison des contraintes qu’elle impose (règle des 50+1), aucun club de Berlin n’a jamais reçu de manne tombée du ciel, comme ce fut par exemple le cas du PSG, avec le rachat du club par le Qatar en 2011. Néanmoins, le Hertha Berlin est actuellement loin d’être un club pauvre de la Bundesliga. C’est donc la gestion de l’équipe qui poste question, comme c’était déjà le cas au début des années 2000, entre autre. Depuis 2019, et le rachat de 50% des parts du club par Lars Windhorst, un entrepreneur allemand basé à Londres, le Hertha BSC a dépensé près de 160 millions d’euros dans le recrutement de joueurs. Des investissements qui n’ont pas porté leurs fruits, le club étant actuellement à la lutte pour le maintien.

Selon « Der Spiegel », Lars Windhorst aurait déjà investi près de 400 millions d’euros au Hertha depuis 2019 (Imago Images / Matthias Koch)

Depuis son accession dans l’élite du football allemand en 2019, c’est donc Union qui domine la capitale sur le plan des résultats. 11ème en 2020, septième l’an dernier, elle continue de bien figurer cette saison et relève l’honneur de la ville. Pour autant, cela reste bien faible pour la capitale du pays le plus peuplé de l’Union européenne, et qui s’étend sur une zone géographique huit fois plus importante que Paris. Un club comme le Tennis Borussia Berlin a pour sa part disparu des radars après avoir évolué en Bundesliga durant la fin des années 1980. Une situation d’autant plus attristante que la ferveur existe bel et bien !

Berlin, ville de foot ? Oui !

Cet article ne pouvait se terminer sans un commentaire élogieux pour nos amis berlinois. Si leurs clubs ne brillent pas sur le plan sportif, la ferveur des habitants de la capitale allemande pour le football est bien réelle. C’est d’ailleurs le charme du club d’Union, qui évolue dans le pittoresque stade An der Alten Försterei (à la vieille maison forestière). Une antre de 22 000 places, rénovée en partie par les 140 000 heures de labeur accordées par les fans du club. L’ambiance exceptionnelle lors de chaque rencontre à domicile rend ce club attachant, notamment pour les amateurs de football des classes ouvrières.

Les Fans de Union fous de joie lors de l’accession en Bundesliga

Moins folklorique, le Hertha Berlin peut lui aussi s’appuyer sur une base de fans très importante. 49 000 spectateurs de moyenne lors de la saison 2018-2019, dernier exercice précédant les restrictions liées à la Covid-19. Les deux clubs entretiennent une rivalité importante pour la suprématie de la ville, qui s’est renforcée avec l’accession d’Union. C’est à ce jour ce qui fait la beauté d’un football berlinois en difficulté. Dans un pays qui aurait plutôt Munich pour capitale du ballon rond, et la région du Nordrhein-Westfalen comme bastion de clubs historiques, Berlin se fait donc une place à sa manière, loin des paillettes qui illuminent les autres grandes capitales européennes.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :