Une renaissance à Dortmund ?

Ce dimanche 20 février, Dortmund remportait le 100eme « Borussico » de l’histoire avec la manière : 6-0. Porté par un Marco Reus taille patron (2 buts, 3 assists), le BVB enfonçait les Poulains de Mönchengladbach dans les méandres du classement. Trois jours après la déconvenue en Europa League face aux Rangers (défaite 4-2), comment expliquer ce regain de forme si soudain des Marsupiaux ? Doit-on y voir un espoir pour la suite ?

Avec cette large victoire, le BVB consolide sa place de dauphin devant Leverkusen. Photo News

Après la pluie, le beau temps, puis la pluie…

Ce n’est un secret pour personne cette année : les hommes de Marco Rose pâtissent d’un cruel manque de continuité dans les résultats. Un rapide coup d’œil sur le calendrier permet de constater cette irrégularité chronique qui colle à la peau du BVB. Quatre succès d’affilée toutes compétitions confondues, entre le 27 août et le 19 septembre : c’est la meilleur série de Dortmund cette saison. A côté du Bayern Munich et ses interminables séries de victoires, ou même de Leverkusen (des séries de 5 ou 6 matchs sans défaite cette saison), Dortmund fait pâle figure.

Et pourtant, Dortmund est deuxième. Même sans être brillants, même en manquant de régularité, les Jaunes et Noirs semblent être voués à cette position d’éternels seconds. Dans un championnat où tout le monde semble pouvoir battre tout le monde, le BVB tire son épingle du jeu contre les équipes du ventre mou et du bas de classement, comme il nous l’a encore prouvé ce week-end, étrillant de bien maigres Poulains. Un minimum syndical pour les numéro 2 d’Allemagne. Si la grogne monte envers Rose et ses joueurs cette saison, c’est parce que Dortmund ne semble pouvoir rivaliser avec les gros, ou du moins, dans les matchs qui comptent vraiment.

En C1, Dortmund perd 7-1 sur la double confrontation contre l’Ajax. © ANP Sport / ANP

Deux défaites contre le Bayern (Supercoupe + championnat), une contre Leipzig, une contre Leverkusen… Une débâcle totale en Champions League (3eme de poule, des revers majuscules face à l’Ajax et le Sporting). Un seizième de finale d’Europa League mal embarqué (défaite 4-2 à domicile face aux Rangers). Une élimination prématurée en Coupe d’Allemagne contre Sankt Pauli (D2). En bref, l’espoir d’un trophée cette saison est mince, et Marco Rose est de plus en plus critiqué du côté de la Ruhr.

Marco Reus : le patron

En difficulté sur le plan défensif, amputé d’un Erling Haaland n’ayant joué qu’à peine 60% des matchs cette saison ( décisif 29 fois en 20 rencontres, tout de même ), Dortmund peut néanmoins compter sur plusieurs atouts de qualité. Dans les cages, Gregor Kobel a totalement fait oublier son compatriote suisse Roman Bürki, et se révèle comme un vrai bon gardien de Bundesliga. Sur les côtés, Guerreiro n’a pas la solidité défensive de Meunier à droite, mais compense par une débauche d’énergie impressionnante, et constitue l’une des meilleures armes offensives du BVB. Au cœur du jeu, Jude Bellingham dispute sans nul doute la meilleure saison de sa jeune carrière, et continue d’impressionner les observateurs du monde entier par sa polyvalence précoce (18 ans). Akanji et Dahoud gagnent en régularité et semblent pouvoir s’ancrer dans l’avenir Jaune et Noir.

Marco Reus : un capitaine à l’image de son équipe. dayfr.com

Mais le protagoniste principal de l’histoire du BVB cette saison, c’est indéniablement Marco Reus. 15 buts et 15 passes décisives ( dont 2 et 4 avec la Mannschaft ), des statistiques déjà supérieures aux deux dernières saisons. Il est le véritable maître à jouer des Marsupiaux, comme il nous l’a encore prouvé lors du récital offensif de ce week-end. D’une ouverture somptueuse, il lançait Malen en profondeur sur le but du 2-0. Chargé de distiller les bons ballons en phase offensive, l’Allemand est à l’aise aussi bien au cœur du jeu, comme sur la passe décisive à Wolf (3-0), que sur les ailes, à l’image de l’assist pour Moukoko (4-0). Playmaker par excellence, dans tous les bons coups, il sait faire jouer et faire marquer ses coéquipiers. Mais en l’absence d’Haaland, « Rolls-Reus » prend aussi ses responsabilités devant le but. Une ouverture du score opportuniste (1-0), puis un véritable déplacement de buteur pour se défaire du marquage de Ginter et se retrouver seul face à Sommer, après avoir été bien servi par Hummels (5-0). En clair, la masterclass de ce week-end est une belle palette de toutes les qualités techniques du joueur de 32 ans, véritable leader technique de cette équipe.

Au delà de ses performances sur le terrain, Reus est l’un des leaders vocaux de cette équipe. Son expérience profite à un groupe très jeune, qui le reconnait comme le leader offensif indiscutable du BVB. Pourtant, l’Allemand est plus que jamais à l’image de Dortmund cette saison : brillant dans la victoire, mais tellement effacé dans la défaite. C’est un reproche récurrent depuis maintenant plusieurs saisons : Reus ne semble pas être celui qui peut redresser la barre quand le bateau Jaune est à la dérive. Et quand Haaland n’est pas là, il peut manquer au BVB un « mort-de-faim », un joueur qui en veut vraiment, qui remet les siens à flot de par sa rage de vaincre. Reus continue néanmoins d’assumer son rôle de capitaine sans se plaindre. Lorsque les critiques fusent, il se fait égide de tout un groupe, parfois même de son entraineur, sans broncher ni vaciller.

Un succès fondateur pour la suite ?

Ces constats faits, que faut-il espérer du BVB pour la suite ? Que peut-on entrevoir ? Un dernier carré en Europa League pourrait être un objectif, mais il faudra aller s’imposer en Ecosse par deux buts d’écarts, toujours sans Haaland. Si une élimination dès les seizièmes de C3 se confirme, alors il faudra mettre à profit cette fin de saison pour préparer la suite de l’aventure, ainsi que le probable « après Haaland », sans pour autant perdre la place de dauphin.

Vivement critiqué après des performances en dents de scie, Rose bénéficie du soutient de ses dirigeants et de son vestiaire. Sport.fr

A ce sujet, peut-on considérer cette large victoire contre Mönchengladbach comme point de départ d’un nouveau Dortmund ? Sur la physionomie de la rencontre, le score semble sévère car les Poulains ont eu des occasions, et se sont surtout fait surprendre en contre, dans les espaces laissés dans leur dos. Mais à l’image de ce que proposent Rose et ses hommes depuis plusieurs semaines en championnat, le BVB a su faire le dos rond après avoir ouvert le score, et procéder en contre.

Une défense sereine et impériale dans sa surface. Des milieux de terrains évoluant bas mais capables de se projeter rapidement vers l’avant. Un numéro 10 à la baguette pour distiller les bons ballons à des fusées offensives capables de tuer l’adversaire en contre. C’est peut-être là le plan de jeu du Dortmund de demain, celui de Rose. Le chantier numéro 1 se joue en défense, et l’arrivée de Niklas Süle va vraisemblablement apporter beaucoup plus de volume et de sérénité dans ce secteur. Conserver Bellingham au cœur du jeu parait fondamental, mais la politique de transfert du club nous pousse à rester prudent à ce sujet. Enfin, il faut préparer l’après-Haaland. Le buteur norvégien semble se diriger inéluctablement vers la sortie cet été. Pour le remplacer, un nom revient sans cesse, celui de Karim Adeyemi.

Karim Adeyemi, successeur d’Haaland la saison prochaine ? Totalfootball.club

Le buteur allemand du Red Bull Salzbourg, déjà auteur de 18 buts cette saison, semble être le successeur annoncé d’Haaland à Dortmund. Très jeune (20 ans), déjà performant au plus haut niveau (4 buts en 8 matchs de C1) et bénéficiant d’une marge de progression importante (et donc d’une probable plus-value à la revente), il est le candidat parfait pour le poste. Côté sportif, sa rapidité et son instinct tueur devant le but pourrait correspondre au plan de jeu que souhaite imposer Marco Rose. Les noms de Noussair Mazraoui (24 ans), en fin de contrat du côté de l’Ajax cet été, mais également d’Ismaël Ghabri (17 ans, PSG), d’Adam Hložek (19 ans, Sparta Prague) et de Nico Schlotterbeck (22 ans, Fribourg) sont évoqués du côté de la Ruhr. Rien d’officiel pour le moment, et Dortmund doit déjà se concentrer sur le retour face aux Rangers jeudi soir, avant de préparer son avenir comme il se doit.

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