Guerre en Ukraine : Le monde du sport sous le choc !

A l’heure où ces lignes sont écrites, le destin de l’Ukraine est encore bien incertain. Attaquée par la Russie de Vladimir Poutine, le pays, dont la capitale Kiev pourrait tomber dans quelques heures à peine, est plongé dans la tourmente depuis jeudi matin. L’onde de choc provoquée par ce conflit aux portes de l’Europe a bien sûr ébranlé le monde du sport, qui n’a pas tardé à réagir par la voix de ses athlètes, en particulier Ukrainiens et Russes.


« No War in Ukraine ». A l’image de Ruslan Malinovskyi, de nombreux sportifs ukrainiens ont transmis des messages de soutien à l’Ukraine tout en condamnant l’offensive russe contre le pays. (Icon Sport)

Le désarroi des athlètes ukrainiens

Après la sidération, les réactions. Depuis deux jours, celles-ci sont particulièrement vives, surtout de la part des athlètes ukrainiens qui fustigent l’invasion russe de leur patrie. L’un des premiers à avoir réagi n’est autre qu’Andriy Yarmolenko, l’emblématique capitaine de la sélection nationale ukrainienne de football. Sur Twitter, l’attaquant de West Ham a exhorté dès mercredi « chaque Ukrainien à s’unir, à montrer son dévouement au pays, à soutenir notre armée ». Très affecté par le conflit d’après son entourage, Yarmolenko a depuis été mis au repos pour « quelques jours » par son club.

Dans son sillage, les hommages se sont multipliés, y compris devant les caméras du monde entier, à l’instar du joueur du Benfica Lisbonne Roman Iaremtchouk mercredi soir. Auteur du deuxième but portugais face à l’Ajax Amsterdam en Ligue des Champions, l’attaquant de 26 ans a célébré en soulevant son maillot pour faire apparaitre un t-shirt noir orné d’un symbole pro-Ukraine. « Je voulais soutenir mon pays », a-t-il simplement expliqué après la rencontre.  


Roman Iaremtchouk a enlevé son maillot pour célébrer son but et montrer un sigle pro-ukrainien. (Huffington Post)

Un soutien également exprimé par un autre attaquant ukrainien, cette fois-ci de l’Atalanta Bergame, Ruslan Malinovskyi. Lui aussi a soulevé son maillot après avoir marqué le premier de ses deux buts face à l’Olympiakos en Ligue Europa, découvrant ainsi un t-shirt blanc porteur d’un message clair : « Pas de guerre en Ukraine ».

« La situation est désespérée »

Junior Moraes, joueur du Chakhtior Donetsk

La guerre est pourtant belle et bien installée sur le territoire ukrainien. Emmenant avec elle son cortège de calamités, semant la panique dans l’ensemble du pays. Réveillés, comme tout le monde, par les sirènes d’alerte à quatre heures du matin ce jeudi, plusieurs joueurs brésiliens expatriés à Kiev avaient rapidement lancé un SOS par vidéo. Bloqués en ville, réfugiés dans un hôtel avec leurs familles, ceux qui évoluent habituellement sous les couleurs du Chakhtior Donetsk et du Dynamo Kiev ont appelé le gouvernement brésilien à leur venir en aide pour les exfiltrer d’Ukraine. Pour l’attaquant du Chakhtior Junior Moraes, « la situation est désespérée », il faut partir.


Inattendu lauréat de la sixième étape du Tour du Rwanda, l’Ukrainien Anatolii Budiak en a profité pour passer un message à la Russie de Vladimir Poutine. (D.R.)

Ironie du sport, tandis que son pays s’embrase, un coureur cycliste ukrainien méconnu, Anatolii Budiak, membre de la modeste équipe malaisienne Terengganu, a connu son jour de gloire en remportant la sixième étape du Tour du Rwanda. Il a bien sûr profité de ce succès inattendu pour faire passer un message d’apaisement : « Je ne peux pas m’empêcher de penser aux miens, à ma famille, qui vivent en ce moment même sous les bombes. Je veux profiter de cet instant pour lancer un appel au président de la Russie et aux militaires russes. Je veux leur dire ceci :  »S’il vous plaît, retournez chez vous, dans votre maison, faisons la paix et vivons à nouveau normalement. » »

Quelques heures plus tard, la sixième étape du Tour des Emirats Arabes Unies est gagnée par le coureur tchèque Mathias Vacek, pensionnaire de l’équipe… Gazprom-Rusvélo, porte étendard de l’une des plus importantes industries gazières de Russie. En sport, la géopolitique n’est jamais bien loin.

La colère face à l’injustice


Sur Instagram, le joueur ukrainien Oleksandr Zinchenko a copieusement invectivé Vladimir Poutine. La plateforme a supprimé sa publication dans la foulée. (Instagram)

Ces appels à la paix sont innombrables, mais certains athlètes ukrainiens se sont montrés bien plus véhéments, exprimant très franchement leur colère face à l’action de Poutine et de ses hommes.

Dans une publication Instagram rapidement supprimée par la plateforme, le milieu de terrain de Manchester City Oleksandr Zinchenko a directement invectivé Vladimir Poutine : « J’espère que tu vas mourir de la mort la plus douloureuse, espèce de monstre ! »

« Je veux faire la guerre pour aider mon peuple ! »

Vasyl Kravets, joueur du Sporting Gijon

De son côté, le défenseur du Sporting Gijon (D2 Espagnol), Vasyl Kravets, a confié sa volonté d’aller se battre pour défendre son pays dans une interview donnée au journal Marca. « Je dis la vérité : je veux faire la guerre et aider mon peuple » affirme-il. Il poursuit en étalant sa révolte : « Je ne peux pas aider parce que je ne sais pas comment tirer, me déplacer, recharger une arme, mais la vérité est que je veux aider. Si je pouvais y aller, j’irais au front pour défendre mon territoire. […] Tout est de la faute de Poutine, je ne veux pas dire que c’est la faute de la Russie, mais de Poutine ! ».

La route de l’exil a commencé pour Dayana Yastremska et sa petite soeur… (Instagram)

Si certains expriment donc leur souhait de monter au front se battre, la majorité des sportifs ukrainiens cherchent légitimement à fuir le danger. Parmi tant d’autres, la tenniswoman Dayana Yastremska, 120ème mondiale, a dû prendre la douloureuse décision de laisser ses parents et de quitter l’Ukraine par bateau : « Après avoir passé deux nuits dans un parking sous-terrain, mes parents ont pris la décision de nous faire, ma petite sœur et moi, quitter l’Ukraine à tout prix… ».

Le courage de certains athlètes russes


Comme Andrey Rublev, plusieurs athlètes russes ont condamné la guerre en Ukraine.

Plus surprenant, tant l’opinion publique est bâillonnée en Russie, plusieurs athlètes russes ont également condamné l’invasion de l’Ukraine et appelé à la paix. Ainsi, sa qualification pour la finale de l’Open de Dubaï a donné l’occasion au tennisman russe Andrey Rublev d’inscrire au feutre sur une caméra « No War Please ». Il a ensuite exprimé toute sa peine en conférence de presse.

« il est important d’avoir la paix dans le monde, de se respecter les uns les autres« 

Andrey Rublev, finaliste de l’Open de Dubaï

« Dans ces moments-là, on se rend compte que mon match n’est pas important […] ce qu’il se passe en Ukraine est bien plus terrible et, comme je l’ai dit, on se rend compte à quel point il est important d’avoir la paix dans le monde, de se respecter les uns les autres quoi qu’il arrive et d’être unis. Nous devons prendre soin de notre planète et des autres, et c’est la chose la plus importante. »

A l’autre bout de la planète, son compatriote de court Dmitri Medvedev, qualifié pour les demi-finales du tournoi d’Acapulco, a confié s’être « réveillé avec beaucoup d’émotion » quand il apprit le commencement de l’attaque russe. Pour lui aussi, le sport passe au second plan : « A ce stade, on comprendra que le tennis n’est parfois pas si important ».


Alexander Ovechkin s’est également prononcé pour la paix, mais le Russe a refusé de condamner l’attitude de Vladimir Poutine. (Getty Images)

Ces appels à l’apaisement auront-ils une portée significative en Russie ? Superstar russe de hockey sur glace évoluant en NHL, Alexander Ovechkin « ne fait pas de politique » et s’est refusé à commenter la décision de son président. « Je suis Russe, n’est-ce pas ? Ce n’est pas quelque chose que je peux contrôler. » Mais il a tout de même réclamé la paix « s’il vous plait, il ne faut plus de guerre. Peu importe qui est en guerre, la Russie, l’Ukraine, les autres pays, il faut vivre en paix ».

Une position partagée courageusement par son compatriote Fiodor Smolov, footballeur du Dynamo Moscou aux 45 sélections en équipe nationale : « Non à la guerre », a-t-il sobrement écrit sur son compte Instagram.

Cette solidarité sportive teintée de pacifisme, certes touchante, ne pèse évidemment pas bien lourd face à l’avancée des chars russes. Impuissants, entre colère et désarroi, les sportifs ne peuvent que condamner.

  

Alexis Kopp


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