Les Portraits du Club 115 : Sébastien Loeb.

Beaucoup s’accordent à dire que Sébastien Loeb est le meilleur pilote de l’histoire du WRC. Le nonuple champion du monde vient d’ailleurs de remporter sa 80ème victoire à Monte-Carlo. A l’occasion de l’anniversaire du quadruple Champion des Champions, le Club 115 vous propose de (re)découvrir le pilote, entre palmarès et anecdotes étonnantes.

Sébastien Loeb
Sébastien Loeb, nonuple champion du monde en WRC, quadruple Champion des Champions et recordman inégalé. ©Bastien Roux

Un potentiel inestimable

Né le 26 février 1974 à Haguenau, Sébastien Loeb est du genre à faire ce qui lui plaît. Elève sérieux jusqu’au collège, la découverte de la course et de la vitesse lui a fait revoir ses centres d’intérêt. Il aura suffi d’une mobylette pour faire chavirer le coeur de Loeb. Toutefois, il n’a pas entièrement abandonné ses études puisqu’il est titulaire d’un BEP d’électrotechnicien. L’Alsacien participe à son tout premier rallye en 1997 chez Ambition Sport Auto, dont les deux fondateurs ont rapidement décelé le potentiel hors du commun. Un an plus tard, il rencontre un certain Daniel Elena. Retenez bien ce nom.

La carrière de pilote de Sébastien Loeb commence réellement en 1998, lorsqu’il s’impose pour la première fois sur le rallye Val d’Agout aux côtés de son nouvel ami. Un talent pareil ne laisse personne indifférent, ce pourquoi les dirigeants de la Fédération Française de Sport Automobile lui offrent une place en équipe nationale, lui permettant ainsi l’accès à la WRC. Alors âgé de 25 ans, le Français s’impose sur deux des trois épreuves mondiales auxquelles il participe dans sa catégorie.

L’année 2000 marque un tournant crucial dans la carrière de Sébastien Loeb. Après s’est adjugé le titre de champion de France des rallyes Terre avec sept victoires en neuf courses, il est contacté par Citroën. La marque aux chevrons teste Loeb sur le rallye du Var, dont il remporte le classement général. Citroën a visé juste et propose un contrat pour 2001 au Français, marquant le début d’une longue collaboration. Quelques victoires plus tard, Sébastien Loeb devient champion de France junior avant de s’octroyer le titre mondial de la catégorie.

Sébastien Loeb en 1997. ©Marc Henry

Une carrière hors normes en championnat WRC

2003. Pour sa première saison complète en WRC, il se met rapidement au niveau de ses coéquipiers Carlos Sainz et Colin McRae. Loeb remporte la manche d’ouverture à Monte-Carlo et réalise une saison à haute intensité, parsemée de luttes magistrales à l’image de celle face à Marcus Grönholm en Allemagne. Le voilà vice-champion du monde, à un point seulement du leader. Au passage, il remporte sa première couronne de Champion des Champions.

Loeb est sacré champion du monde l’année suivante et grave son nom dans l’histoire en devenant le premier pilote non-nordique à monter sur la plus haute marche du podium en Suède. Par la même occasion, il va chercher la victoire à la Nations Cup aux côtés d’un certain Jean Alesi… S’il est de nouveau champion du monde en 2005, cette année est marquée par le décès de Michael Park. Sébastien Loeb témoigne son respect et refuse de terminer le rallye de Grande-Bretagne, renonçant à un sacre immédiat. Cette saison, il décroche sa seconde victoire individuelle à la ROC.

Tandis que Citroën se retire de la WRC en 2006, Loeb rafle une cinquième victoire consécutive au rallye d’Allemagne chez Kronos Racing et signe un nouveau record au Japon : 27 victoires en carrière. Toutefois, sa saison s’arrête brusquement suite à un accident de VTT. Enfin, ça c’est ce qu’il dit pour ne pas se faire taper sur les doigts. Il admettra bien plus tard qu’il était sur une KTM.

« Nous avons fait quelques fautes et sans doute une de trop : face à Sébastien Loeb, cela ne pardonne pas. Pour moi, c’est l’adversaire le plus difficile à battre que j’ai dû affronter durant toute ma carrière. Il est clair qu’il mérite de devenir le nouveau recordman mondial. »

Marcus Grönholm, après la victoire de Loeb au Japon.
Sébastien Loeb et Marcus Grönholm. ©WRC

Pour l’ultime saison de Grönholm en 2007, la bataille fait rage entre le Finlandais et le désormais quadruple champion du monde. Sébastien Loeb finit par l’emporter, laissant tout de même Grönholm vice-champion du monde. L’Alsacien démolit tous les records au cours de la saison suivante. Une cinquième victoire à Monte-Carlo et une septième en Allemagne contribuent à sa cinquième couronne mondiale, ce malgré des conditions difficiles en Argentine pour tous les pilotes. Et toujours aux côtés de Daniel Elena. Indétrônables. Tant qu’il y est, Loeb profite de sa saison historique pour devenir triple Champion des Champions après s’être imposé sur tous les rallyes classiques du calendrier.

Le natif d’Haguenau continue sa balade en 2009 avec un sixième titre mondial. En 2010, Loeb s’octroie une nouvelle victoire sur les rives de la Moselle. Pour la première fois, il a l’occasion de courir dans sa région natale et domine intégralement le rallye de France-Alsace. Mais ça ne s’arrête pas là. Car en plus de sa victoire à domicile, il reçoit son septième titre mondial devenant ainsi l’égal de Michael Schumacher en F1. Et en bonus, il franchit la barre des 1000 points inscrits et signe sa 60ème victoire.

Si on vous demande un jour qui détient tel ou tel record en WRC, répondez Sébastien Loeb. Vous avez au moins 80% de chances d’avoir la bonne réponse. C’est à se demander s’il n’a pas inventé le terme de « record ».


Des tensions et une réorientation en rallycross

2011 est l’année des nouveautés en WRC. Et ce n’est pas toujours de bonne augure. Tandis que la cylindrée des moteurs en prend un coup, l’arrivée de Sébastien Ogier chez Citroën provoque des tensions inhérentes à la marque aux chevrons. Le jeune âge d’Ogier lui vaut d’avoir les faveurs de l’écurie, au détriment de Loeb dont la place de leader semble s’éloigner… Pas pour longtemps. Son côté têtu prend le dessus et son tempérament combatif lui offre un huitième titre mondial. En parallèle, il affronte une légende de Moto GP au Monza Rallye Show, Valentino Rossi. Et devinez qui gagne ? Réponse en image un peu plus bas.

Pour son ultime saison complète en WRC, les dirigeants décident de mettre fin au balayage, dont Loeb a pâti toute sa carrière. L’Alsacien en profite pour remporter une neuvième fois le rallye d’Allemagne avec deux minutes d’avance sur le second. Juste le temps de boire un café. Au sein de sa propre écurie, la Sébastien Loeb Racing (SLR), le Français remporte les deux courses de la Porsche Carrera Cup France. Loeb conclut cette saison en décrochant sa neuvième victoire consécutive en championnat WRC.

Le Français ne court que quatre rallyes en 2013, et alors que Citroën se retire du WRC la saison suivante, Loeb se prépare à rentrer dans une toute autre arène. Le voilà inscrit au championnat du monde de Grand Tourisme. Il se classe 3ème au classement des pilotes, avec deux victoires, huit podiums et 2 meilleurs tours. Pas mal pour une première saison. A la surprise générale, la marque aux chevrons annonce son retrait du WTCC en 2015. Sébastien Loeb voit son partenariat avec Citroën s’interrompre après 15 ans d’aventures communes. Mais il ne se laisse pas abattre, loin de là.


L’Alsacien se lance un tout nouvel objectif : le Dakar. Comme à son habitude, Loeb marque les esprits lors de sa première participation avec une performance de haut vol chez Peugeot Sport. Malgré tout, il souffre du manque de puissance de la Peugeot 208 WRX en rallycross. Il ne lui faudra qu’un an pour s’offrir un premier podium au Dakar, en réalisant le plus grand nombre de temps scratch. Seulement, le WRC lui manque et il réapparaît brièvement.

Après avoir rejoint l’équipe X44 de Lewis Hamilton en 2020, Sébastien Loeb signe un retour triomphal en 2022. Aux côtés d’Isabelle Galmiche, professeur de mathématiques, il devient le plus âgé à remporter un rallye. Car à 47 ans et 11 mois, Sébastien Loeb s’offre une nouvelle victoire à Monte-Carlo et un 80ème succès en carrière, quelques jours avant de devenir quadruple Champion des Champions. Voilà qui promet pour le reste de la saison.


Sébastien Loeb, Champion des Champions

Forcément, avoir quatre titres individuels et un par nations à la Race of Champions en plus de neuf couronnes de champion du monde, ça fait vraiment beau sur un CV. Mais concrètement, quelles sont les clés de la réussite de Loeb ?

Premièrement, c’est un pilote complet. Bien que sa surface de prédilection soit l’asphalte, il a su tirer profit de ses faiblesses sur les autres terrains. Sur terre, l’Alsacien s’est adapté assez rapidement et est monté sur son premier podium à Chypre en 2003. Toutefois, c’est la glace qui l’a le plus longtemps handicapé. Hors de question pour Loeb de laisser triompher cette surface gelée. Il a donc travaillé dur jusqu’à comprendre l’origine de sa faiblesse pour la transformer en force. Désormais, plus aucune surface ne lui résiste, si bien qu’il est le seul pilote à triompher sur les six surfaces du championnat WRC (Asphalte enneigé, asphalte, terre / asphalte, terre rapide, terre abrasive, terre enneigée).Rien que ça.

Secondo, Loeb fait partie des pilotes ayant amené un style de conduite tout à fait différent de celui que l’on connaissait. Avec Petter Solberg et Markko Märtin, le Français est à l’origine d’une conduite épurée. Un freinage bien plus en ligne combiné à la proscription du survirage permettent une adhérence inédite en rallye. Les trois pilotes ont démontré l’efficacité de cette technique de pilotage en améliorant considérablement leurs temps lors d’épreuves spéciales.


Ce que vous ignorez peut-être sur Sébastien Loeb

Si vous connaissez à présent le palmarès hors du commun de l’Alsacien, il vous reste encore quelques anecdotes à découvrir.

  • Sébastien Loeb a pour tradition de réaliser un backflip à chaque victoire, et sa dernière à Monte-Carlo n’a pas fait exception. C’est un saut d’une facilité déconcertante pour Loeb, et pour cause…
  • Le champion a pratiqué la gymnastique pendant 12 ans, jusqu’à se hisser à la 5ème place du championnat de France.
  • Précurseur de Fast and Furious, le natif d’Haguenau a participé à des courses sauvages dès qu’il a eu sa première voiture, une Renault Super 5 GT Turbo.
  • Sa première mobylette était une Peugeot 103.
  • Il a bien failli devenir pilote de Formule 1 chez Toro Rosso, petite soeur de Red Bull (sponsor de Loeb). Sa présence au Grand Prix d’Abu Dhabi 2009 aurait été possible si la FIA ne lui avait pas refusé sa Super Licence.
  • En 2012, la figure des sports extrêmes Travis Pastrana (Red Bull) a défié notre Loeb national. Et il n’a pas été déçu du voyage. Car Sébastien Loeb n’a pas fait que participer au rallycross des X-Games, il a décroché la médaille d’or.
  • Il a établit un record sur la montée de Piles Peak en 2013, en 8min 13s.
  • Son meilleur adversaire ? Sans nul doute Marcus Grönholm.

« J’ai toujours respecté tous mes adversaires mais si je dois en citer un c’est sans doute Marcus Grönholm. C’est le seul contre qui il est arrivé que, même en étant à la limite et dans des conditions équivalentes, je me sois retrouvé impuissant, me demandant comment il pouvait faire des temps pareils. Il y a de plus toujours eu un immense respect entre nous. »

sebastien loeb

Sébastien Loeb en quelques chiffres, ça donne :

  • 4 fois victorieux à la Race of Champions.
  • 9 fois champion du monde en WRC pendant 9 années consécutives (2004-2012).
  • 80 victoires en WRC.
  • 120 podiums.
  • 122,9 km/h, sa vitesse moyenne au rallye de Finlande en 2012 qu’il a d’ailleurs remporté. Il est le plus rapide de l’histoire.
  • 181 départs en rallye.
  • 931 scratchs.
  • 1770 points inscrits.
Sébastien Loeb en Corse avec Daniel Elena. Il a gagné. ©Citroën

Sa réputation n’est plus à faire. Il continue d’écrire l’histoire en lettres d’or et détient à lui seul la grande majorité des records. Mais n’oublions pas l’humilité du personnage. Car si tous ceux qui le côtoient le décrivent comme étant le meilleur pilote de l’histoire du rallye, il est toujours resté très modeste à ce sujet. Par ailleurs, il a avoué ne pas chercher un dixième titre et ne pas compter les victoires.

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