Face à la puissance du Bayern, la Bundesliga a-t-elle encore de l’intérêt à être suivie ?

Alors que le Bayern Munich se dirige tout droit vers un dixième titre de champion consécutif, en possédant huit poins d’avance sur le Borussia Dortmund, la Bundesliga semble plus que jamais manquer de compétitivité.

Le Meisterschale n’a plus quitté la Bavière depuis le titre de Dortmund en 2012… 10 ans déjà.

Un constat sans appel

Que vous soyez un accroc de la Bundesliga, ou un observateur lointain de ce championnat, vous vous êtes obligatoirement déjà fait l’une de ces remarques au cours des dernières années : « La Buli a-t-elle encore de l’interêt ? » ; « Le Bayern n’a-t-il pas tué la concurrence ? » ; « De toute façon on sait très bien qui va l’emporter à la fin ». Il y a nécessairement une part de vérité dans ce constat sans appel. Le Bayern Munich, de par son attractivité, sa puissance financière et sa régularité sportive n’a pas de concurrent capable de faire vaciller sa couronne. Parfois, le titre peut se jouer dans les dernières journées, comme lors des saisons 2015-2016 et 2018-2019. Mais sur la globalité, le sort de la compétition est rapidement scellé lorsque le Bayern évolue à son maximum.

Au niveau européen, seul le géant bavarois est d’ailleurs capable de briller. Il est le seul représentant en position de gagner la Ligue des Champions, tandis que l’Europa League n’a même plus été remportée par un club allemand depuis 1996 et le titre du… le Bayern Munich. Si Dortmund voire le RB Leipzig peuvent ponctuellement obtenir de bons résultats sur la scène européenne, les autres clubs de Bundesliga sont à la peine. Un état de fait qui amènent certains observateurs, journalistes ou supporters à délaisser la Bundesliga, souvent jugée comme le quatrième championnat européen.

Les raisons de ce manque de compétitivité

Malheureusement pour les fans de Bundesliga, la spirale ne semble pas près de s’arrêter. A l’heure ou le Bayern Munich atteint l’une des plus glorieuses périodes de son histoire, les grands clubs historiques sont plus que jamais dans le creux de la vague. Le Borussia Dortmund est certes relégué à huit points, mais a au moins le mérite de rester en haut de l’affiche. Le vrai problème de la Bundesliga serait plutôt la disparition progressive de ses géants, comme celle du Hamburger SV, du Werder Bremen ou de Schalke 04, aujourd’hui tous pensionnaires de deuxième division. Le Borussia Mönchengladbach n’a pour sa part aucune régularité dans l’élite, tandis que le Bayer Leverkusen n’est qu’un club de transition vers les géants d’Europe. L’Allemagne est aussi le seul grand pays de football en Europe à ne pas avoir un club de la capitale digne de ce nom.

La deuxième division a fière allure, mais témoigne aussi de la chute de certains cadors

Mais alors, pourquoi une telle chute ? Un élément de réponse conséquent réside dans le modèle financier de la Bundesliga. Le modèle traditionnel du 50+1, permet à un investisseur de détenir au maximum 49% des parts d’un club. Les 51% restants doivent rester entre les mains de l’association du club, qui en garde donc le contrôle. Pas idéal pour attirer d’éventuels fonds étrangers. Si cette pratique est louable, notamment pour ne pas faire exploser les sommes dépensées sur le marché des transferts, et préserver la part historique et populaire du football allemand, elle nuit à la compétitivité économique de ses représentants.

En bonne santé financière, les pensionnaires de Bundesliga sont cependant moins à l’aise pour faire sauter la banque, à l’heure ou les clubs européens se renforcent à coups de millions. Pour vulgariser, le Bayern étant le seul club à avoir adopté un modèle économique capable d’allier santé et attractivité financière, il est aussi devenu le seul à pouvoir lutter avec les meilleures équipes du continent. Le championnat se retrouve donc avec un club qui concentre tous les talents, puisque le 11-type de Bundesliga pourrait être uniquement composé de joueurs bavarois à une ou deux exceptions près.

L’attractivité se trouve ailleurs !

Pour autant, faut-il enterrer la Bundesliga au cimetière des championnats sans intérêts ? Non, surtout pas ! Pour apprécier la Buli, il faut chercher ses points forts ailleurs, et prendre la lutte pour le titre comme la cerise d’un gâteau aux multiples saveurs. La principale force du championnat d’Allemagne est d’offrir des rencontres spectaculaires, avec des matchs allant d’un but à l’autre et des scores indécents. Le Klassiker entre le BVB et le Bayern a été d’une qualité rare cette saison. Et si certains gros sont à la peine, les parcours de clubs sympathiques comme le SC Freiburg ou l’Union Berlin sont à suivre avec intérêt.

Plongez au coeur d’un derby de la Ruhr !

L’autre atout capital de la Bundesliga est bien sûr d’offrir des ambiances de dingue. La fidélité des fans va bien au-delà des résultats de leur équipe, et vous vous régalerez à suivre les matchs du FC Cologne, de Gladbach ou d’Union avec le son des tribunes. En deuxième division, certains clubs continuent à avoir des affluences remarquables comme c’était le cas du VFB Stuttgart (40 000 supporters en moyenne par match à domicile ! ) pour ne citer que lui. Et si vous décidez d’assister à un match outre-Rhin, vous pourrez en plus de cela profiter d’une bière excellente à bas prix. Que demander de plus ?

Ne pas tirer à boulets rouges sur le Bayern

Pour conclure cette analyse qui se veut mesurée, ne soyez jamais tenté d’accuser le Bayern Munich des maux dont souffre la Bundesliga. Si les champions d’Allemagne attirent les meilleurs joueurs locaux, parfois pour une bouchée de pain, ils sont aussi les meilleurs représentants du football allemand sur la scène internationale. Et si le géant bavarois n’existait pas, ses concurrents seraient-ils vraiment plus compétitifs ? Ou bien les meilleurs joueurs nationaux ne se retrouveraient-ils pas tous à évoluer à l’étranger au lieu de rester en Bundesliga ?

Le Bayern Munich met la Bundesliga à l’honneur en Ligue des Champions

La course au titre pourrait être plus souvent excitante. Mais à quel prix ? Serait-ce vraiment une meilleure compétition si un Robert Lewandowski évoluait au Real Madrid ou qu’un Joshua Kimmich régalait Manchester City ? Le Bayern Munich a simplement réussi sa mue pour allier ambitions sportives et business, là ou ses concurrents des années 70-80 comme Hambourg ou Gladbach ont échoué. Le FCB prouve qu’un modèle économique raisonné peut briller en Europe, et que les contraintes financières imposées par la Bundesliga ne sont pas une fatalité. Il ne reste plus qu’à espérer que l’équipe qui le détrônera aura profité d’une génération exceptionnelle, plus que d’un déclin du Bayern Munich, qui assomerait la crédibilité internationale de la Bundesliga.

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