Superbowl: le show avant tout

Il y a un peu plus d’une semaine se déroulait l’un des évènements sportifs les plus importants de l’année : la 56ème édition du Superbowl. Les Rams de Los Angeles se sont imposés à LA face aux Bengals de Cincinnati. Comme chaque année, le grand final de la NFL a rappelé au monde entier que les Etats-Unis ne font rien comme les autres.

Diana Ross quittant le stade en Hélicoptère après sa performance au Superbowl en 1996 (crédits : ATRL)

La culture américaine loin des habitudes européennes

A travers le monde, le sport marque la culture des civilisations. Ainsi, la Nouvelle-Zélande a fait du rugby son identité, l’Inde seule a fait du cricket l’un des sports les plus regardés du globe, l’Amérique du Sud est transcendé par le football. Néanmoins, ces disciplines restent universelles et sont pratiquées de pays en pays, avec une approche parfois différente mais gardant les mêmes fondamentaux. Les Etats-Unis, eux, ont crée leurs propres sports. Ces derniers s’exportent peu malgré certaines exceptions (Le Hockey sur Glace a été emprunté au Canada, le Basket s’est répandu en Europe) et pour cause : Dans leur conception même, ils sont voués à représenter la culture américaine du show perpétuel et de la publicité.

Les sports américains sont les seuls au monde pour lesquels au sein de la durée d’un match, les pauses sont plus importantes que la pratique sportive. Ainsi, un match NBA comporte 48 minutes de jeu effectif et dure plus de 2h. Une rencontre de NFL dure 3h30 pour 1h d’action. L’idée ici n’est pas de pointer du doigt cette répartition mais au contraire de l’expliquer. Les temps-morts, les mi-temps, les changements d’équipes sont avant tout l’occasion de divertir le public d’une autre manière. Ecrans géants, publicités, spectacles, défis parmi les téléspectateurs, il n’existe pas une minute d’un évènement sportif américain ou rien ne se passe. Véritable usine du divertissement, les rencontres sportives ont pour but de offrir un show, et ceux dès les rencontres universitaires. Jamais en manque d’idées, les Américains vous proposeront des dance cam (caméra braquée sur les spectateurs dansant avec le plus d’envie), kiss cam (caméra braquée sur un couple devant s’embrasser), performances diverses d’artiste sur le terrain (jongleurs, chanteurs, dresseurs d’animaux, acrobates…), défis pouvant changer votre vie (un shoot du milieu du terrain pour gagner une grande somme d’argent), alors que le billet indiquait simplement une rencontre de Basket-ball.

L’Ecran géant du Sofi Stadium permet des animations en tout genre durant l’intégralité des rencontres (crédit : Sport et Société)

A l’heure de se rendre au stade en Europe, on ne s’attend pas voir autre chose que du sport. Le football s’interrompt quinze minutes seulement pour la mi-temps. Les joueurs de tennis disposent d’une minute tous les deux jeux pour se reposer. La formule 1 ne s’arrête pas avant la ligne d’arrivée. Au-delà du format, les rares pauses ne cherchent pas à être comblés. Les murmures du publics se font entendre à Rolland Garros lors des changements de côtés, les spectateurs profitent de la mi-temps pour débriefer le début de match et chercher une bière lors d’un Arsenal-Tottenham. Tout est centré autour du sport et non du spectacle, ces deux mondes ne se mélangeant guère.

Cette différence de culture a également crée un grand fossé. Les Etats-Unis n’ont aucune concurrence dans le monde pour l’organisation d’un gros évènement. Leur capacité à mettre sur pied un immense show en très peu de temps leur permet cette fusion avec le sport. La cérémonie d’ouverture des Jeux-Olympiques ou de la coupe du monde se déroulent en amont de la compétition, la ou toute les ressources peuvent être concentrées sur ce spectacle. Durant le Superbowl, les stars et les décors sont mis en place sur le terrain quelques minutes seulement après la sortie des joueurs. Lorsqu’ils s’agit de briller, l’Oncle Sam est toujours au rendez-vous et s’assure que le monde entier en soit témoin.

Un décor installé en pas plus de 5 minutes pour la performance de Shakira et Beyonce en 2020 (crédits : Clay Paky)

La NFL reine en son royaume.

Si les Etats-Unis sont à des années lumières du reste du monde dans leur conception du sport, le paroxysme de cette culture est atteint une fois par an lors du Superbowl. C’est l’évènement sportif le plus populaire en son pays et l’édition 2022 a réuni 112 millions de spectateurs américains, soit un habitant sur trois. Dans le monde, environ 500 millions de téléspectateurs sont devant leur télé tous les ans pour le grand final de la NFL. A titre de comparaison, l’audience moyenne lors d’un match de la coupe du monde 2018 se situait aux alentours de 191 millions. Au sein du pays, la domination est encore plus importante. Le record pour un match des World Series est de 55 millions et seulement de 12 millions pour une finale NHL. Le game 6 des finales NBA 2021 a rassemblé 16 millions de téléspectateurs.

Au-delà du Superbowl, la NHL reste la ligue la plus populaire aux Etats-Unis. Elle est la seule à voir diffuser l’intégralité de ses matchs en antenne nationale. Economiquement, elle possède le meilleur système en étant de loin la plus rentable. La NFL cartonne et sa finale se doit donc d’être grandiose. C’est l’occasion parfaite de parader aux yeux du monde et les marques l’ont bien compris. Les chiffres atteignent des montants démesurés, 30 secondes de publicité durant les pauses ayant coûté 6,5 millions de dollars aux annonceurs soit près de 200 000 dollars la seconde. Le rendement se doit donc d’être conséquent pour ses marques créant même des publicités spéciales diffusées uniquement durant le Superbowl.

Au-delà du monstre économique, c’est un évènement magnifique. Les plus grandes stars internationales y ont participé car cela représente une consécration ultime. Michael Jackson, Prince, Beyonce, Shakira, les Rolling Stones ou encore Bruno Mars ont performé l’espace d’une mi-temps dans ce cadre si spécial. Les performances ne se limitent pas à de simples concerts, l’argent investi dans le show étant pris en charge par la NFL elle-même. Les décors se font et se défont dans une tornade de strass et paillettes sur lesquels des centaines de danseurs accompagnent la chanson en harmonie. Performer au halftime show est un tel gage de reconnaissance que les artistes ne sont pas payés, le fait d’être présent ayant bien plus de valeur. Pour les autres ligues majeurs américaines, la comparaison avec le Superbowl est souvent compliquée. Nous en avons récemment fait l’expérience ce weekend durant le All-Star Game 2022 en NBA où malgré les gros noms (DJ Khaled, Lil Wayne, Migos…), le concert avait de fortes similitudes avec un showcase de boîte de nuit.

Prince interprétant « Purple Rain » au Superbowl 2006 (crédits : Youtube)

Le spectacle a-t-il pris le pas sur le sport?

Au moment de se rendre sur les réseaux sociaux durant ou après le match, il n’était pas chose aisée de trouver des informations sur le résultat. Les tops tweets ne mentionnaient que cinq noms n’ayant pas joué une seule minute de football américain dans la soirée : Eminem, Dr Dre, Kendrick Lamar, Snoop Dogg et Mary J. Blige. Les informations ne manquaient pas : Eminem s’est agenouillé malgré l’interdiction de la NFL au préalable. Dr Dre a prononcé les paroles « still not loving the police » (je n’aime toujours pas la police) avec le même avertissement. Le show était grandiose et a enflammé la toile, semblant voler la vedette à un match méritant mieux. Le finish du Superbowl a été grandiose sportivement mais nombreux sont ceux ayant vu le show sans être capable de citer le nom du 56ème vainqueur de la NFL.

Bien évidemment, les réseaux français ne reflètent probablement pas la même impression que ceux aux Etats-Unis, mais c’est bien la démonstration d’un sport peinant à satisfaire les différentes cultures. Un match dure des heures, les règles paraissent si complexe au premier abord qu’il est facile de se décourager dès le premier drive. Selon les critères européen, on serait vite tenté d’associer le Superbowl à un spectacle plus qu’à une rencontre sportive. Pourtant, le football américain est un sport merveilleux pouvant se suffire à lui-même si l’on lui donne une chance. Peut ont réellement répondre à la question ci-dessus? Il serait arrogant de crier à la mort du sport devant le Superbowl alors qu’il s’agit simplement d’une autre vision de celui-ci, à prendre ou à laisser.

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