Cyclisme – Les 5 faits marquants de l’UAE Tour

Première épreuve World Tour de l’année, l’UAE Tour n’a pas vraiment surpris dans son scénario, toujours très prévisible au regard des parcours proposés. Le spectacle a surtout été assuré par les sprinters et par Tadej Pogacar, vainqueur final de l’épreuve pour la deuxième année consécutive !


Tadej Pogacar, vainqueur haut la main pour la deuxième année consécutive du Tour des Emirats Arabes Unis. (UAE Tour)

1 – Jasper Philipsen, la nouvelle star du sprint !

En constante progression depuis deux ans, Jasper Philipsen s’impose comme l’un des meilleurs sprinters du monde actuellement. (D.R.)

Véritable « championnat du monde des sprinters » d’après Arnaud Démare, l’UAE Tour offre chaque année certains des plus beaux sprints de la saison entre cadors de l’exercice. A quelques exceptions près (Fabio Jakobsen, Caleb Ewan, Fernando Gaviria, Tim Merlier, Nacer Bouhanni et l’ovni Wout van Aert notamment), quasiment tous les meilleurs finisseurs de la planète étaient présents au départ de l’édition 2022.

Parmi eux, un jeune belge de 23 ans s’est distingué, confirmant sa montée en puissance depuis deux ans : Jasper Philipsen (Alpecin-Fénix). Trois fois deuxième et trois fois troisième d’étapes sur le dernier Tour de France, le prodige a en effet parfaitement entamé sa cinquième saison chez les pros en levant les bras à deux reprises cette semaine.

Dès le premier jour, c’est lui qui se montre le plus rapide dans un sprint court durant lequel il finit plus fort que ses rivaux Pascal Ackermann (UAE Team Emirates), Sam Bennett (Bora-Hangrohe) et Elia Viviani (Ineos-Grenadiers). Alors certes, le quatrième, Dylan Groenewegen (Team BikeExchange – Jayco) a rouspété, estimant que Philipsen l’avait bloqué contre les barrières. Mais dans les faits, c’était bien le Belge le plus rapide du peloton.

Un constat qui s’est facilement vérifié par la suite : battu par Mark Cavendish (Quick-Step Alpha Vinyl) le deuxième jour, la faute à un replacement trop tardif, il a pulvérisé l’adversité dans la cinquième étape. Auteur d’un sprint monumental, il a mangé Olaf Kooij (Jumbo-Visma) et Sam Bennett dans les 50 derniers mètres. Et c’est encore lui qui a réglé le sprint du peloton derrière l’échappée lors de l’avant dernière étape. Parfaitement accompagné par son équipe, capable de le replacer très tardivement pour s’économiser un maximum, Philipsen était clairement le meilleur sprinter de la semaine. En attendant d’être le meilleur du monde ?

2 – Mark Cavendish continue sur sa lancée de 2021 !

Mark Cavendish a remporté son deuxième succès de la saison cette semaine. De quoi pimenter le duel à distance avec son équipier Fabio Jakobsen. (Quick-Step Alpha Vinyl)

Ce n’était donc pas un feu de paille, cette résurrection aussi étonnante que spectaculaire en 2021. L’homme aux 34 victoires sur le Tour de France a décroché son deuxième succès de l’année lors de la deuxième étape, qu’il a remportée en devançant le grand favori Philipsen. Mark Cavendish (Quick-Step Alpha Vinyl) a d’ailleurs été le seul de cet UAE Tour à réaliser pareil exploit, et ce grâce à un sprint parfaitement mené : timing idéal avec un démarrage aux 150m et une vitesse suffisante pour contenir le retour de son jeune rival, assez mal placé à la flamme rouge.

En concurrence avec son équipier Fabio Jakobsen, qui cumule déjà cinq succès au compteur cette saison dont Kuurne-Bruxelles-Kuurne dimanche, le Britannique a prouvé qu’il est encore capable de gagner un sprint massif face à une concurrence relevée. Victime d’une lourde chute lors de la quatrième étape et ensuite absent des débats sur les autres sprints de cet UAE Tour, Cavendish devra cependant réitérer cette performance à plusieurs reprises pour convaincre le boss Patrick Lefévère de le sélectionner pour le prochain Tour de France.

3 – Arnaud Démare en difficulté…

« On n’arrive pas à exprimer ce qu’on vaut vraiment » a déploré Arnaud Démare à l’issue de la cinquième étape. (Groupama-FDJ)

Moins heureux que ses compères Philipsen et Cavendish, le sprinter Arnaud Démare (Groupama-FDJ) a connu une semaine frustrante aux Emirats Arabes Unies. Frustrante, car on a le sentiment qu’il n’a jamais vraiment pu exprimer pleinement son potentiel. La faute à une succession d’erreurs couplées à un manque de réussite criant dans la préparation des sprints. Des ratés qui lui avaient déjà coûté cher l’an passé. La faute aussi à son poisson-pilote Jacopo Guarnieri, pas franchement rassurant sur sa condition physique après une année 2021 moyenne.

De fait, lors de la première étape, c’est l’Italien qui perd la roue d’Olivier Le Gac et de Ramon Sinkeldam à 1,2km de l’arrivée, avec Arnaud Démare sur le porte bagage. Les deux hommes se retrouvent donc coupés du reste du « train » et sont coincés dans le peloton, où ça frotte sévère pour se positionner au mieux. Pour ne rien arranger, à 400m de la ligne, c’est « Nono » qui commet une erreur d’appréciation : il voit remonter sur sa droite Pascal Ackermann, emmené par Richeze, mais ne saisit pas l’occasion de leur emboiter le pas. Frotté par Groenewegen, il perd ensuite la roue de Philipsen. C’est donc sans avoir réellement pu produire son effort qu’il coupe la ligne en sixième position.

Le lendemain, bis repetita : parfaitement remontés par Ramon Sinkeldam sous la flamme rouge, Jacopo Guarnieri et Arnaud Démare se font à nouveau piéger : emmenés sur la gauche par Michael Morkov (Quick-Step Alpha Vinyl) qui s’écarte, ils perdent de la vitesse alors que le sprint se lance sur la droite de la route… Là encore, guère aidé par Guarnieri, Démare met trop de temps à réagir et termine cinquième. Il ne fera pas mieux dans le final de la cinquième étape. A nouveau pris dans le trafic, il perd la roue de ses équipiers et ne peut disputer ses chances.

Encore en rodage, le train de la Groupama-FDJ n’a jamais réussi à placer sur orbite son sprinter, qui n’a lui-même pas toujours su faire les bons choix. Ce qui, évidemment, est loin d’être simple à 70km/h sur un vélo.

4 – Tadej Pogacar, déjà irrésistible !

Tadej Pogacar vainqueur au sommet de Jebel Jais… (UAE Tour)

Ecraser la première course par étapes World Tour de l’année, c’est devenu une simple formalité pour Tadej Pogacar (UAE Team Emirates). Jamais inquiété, appuyé par une équipe très solide (Almeida, Majka et George Bennett en montagne ça fait des dégâts), auteur d’un très bon chrono le troisième jour -quatrième à seulement 18 secondes du vainqueur Stefan Bissegger- le Slovène a fait parler son punch pour remporter les deux étapes de montagnes de l’épreuve.

A Jebel Jais, une montée très roulante en conclusion de la quatrième étape, il n’a pas eu à forcer son talent pour régler au sprint un groupe d’une vingtaine de coureurs, dont son plus sérieux rival Adam Yates (Ineos-Grenadiers).

Comme attendu, on a retrouvé les deux hommes sur les pentes bien plus abruptes de Jebel Hafeet trois jours plus tard. L’an passé, les deux hommes avaient déjà établi un nouveau record d’ascension sur les lacets du traditionnel juge de paix de l’UAE Tour. Pas surprenant donc de les voir s’isoler à trois kilomètres de l’arrivée, après une attaque violente du Britannique. Tout en gestion, Pogacar a contenu l’offensive de son adversaire, qu’il aurait sûrement pu distancer s’il l’avait vraiment voulu.

… et au sommet de Jebel Hafeet trois jours plus tard ! (D.R. La Croix)

Qu’importe, bien aidé par le retour de Joao Almeida, le double vainqueur du Tour de France n’a ensuite pas tremblé dans la dernière ligne droite pour prendre de vitesse, encore une fois, un Yates entreprenant mais impuissant. C’est donc avec une certaine facilité que « Pogi » a remporté du même coup le classement général final, devant Yates et Pello Bilbao (Bahrain-Victorious), très à son aise en montagne.

Seulement quatrième, Alexandre Vlasov (Bora-Hansgrohe) n’a pas encore la forme des grands jours, tout comme son équipier Jai Hindley, quatorzième. Au chapitre des bonnes surprises de la semaine, on notera la huitième place de Geoffrey Bouchard (AG2R La Mondiale) devant Romain Bardet (DSM), ainsi que les performances remarquées des Néozélandais Luke Plapp (Ineos-Grenadiers) et Chris Harper (Jumbo-Visma).

5 – On peut encore gagner en échappée !

L’échappée a tenu tête jusqu’au bout au peloton sur la sixième étape ! (Getty Images)

En dehors du chrono et des deux étapes de montagne, coureurs comme suiveurs s’attendaient à voir quatre sprints massifs cette semaine. A la surprise générale, il n’y en a eu que trois… La faute à six coureurs, six courageux qui ont eu l’audace de défier les pronostics pour se lancer à l’attaque dès les premiers kilomètres de la sixième étape. Pourtant, avec un écart toujours maintenu autour des deux minutes par le peloton, on ne prêtait guère d’espoir de réussite à cette échappée, comme souvent, trop souvent.

Mais cette fois, contre toute attente, le panache a été récompensé. Au grand dam des sprinters qui, à force de jouer avec le feu, ont fini par se brûler. A dix kilomètres du but, les cinq rescapés de l’échappée possèdent encore 1’20’’ d’avance sur un groupe principal qui tarde à mettre de la main d’œuvre pour rouler. A ce stade, seuls Fausto Masnada (Quick-Step Alpha Vinyl) et Koen Bouwman (Jumbo-Visma) passent des relais pour rétablir la situation. Insuffisant. Accusant une minute de retard à cinq kilomètres du Graal, le peloton comprend qu’il joue battu.

Jour de gloire pour Mathias Vacek ! (D.R.)

A l’avant, avec Mathias Vacek, Pavel Kochetkov et Dmitry Strakhov, l’équipe Gazprom-Rusvélo est en position de force face à Alessandro Tonelli (Bardiani) et Paul Lapeira (AG2R-Citroën). Et les Russes ne se sont pas manqué : c’est le rouleur tchèque Mathias Vacek qui remporte la mise devant un Paul Lapeira frustré. Quinze secondes plus tard, le peloton des battus déboule. Cet UAE Tour aura au moins eu le mérite de montrer à tous que dans ce cyclisme aseptisé la fortune peut encore sourire aux audacieux.

Difficile pourtant de comprendre comment les équipes de sprinters ont pu se faire piéger de la sorte, qui plus est sur un parcours aussi plat et rectiligne. Sur Twitter, Kristian Sbaragli (Alpecin-Fénix), équipier de Jasper Philipsen, a tenu à s’expliquer : « Nous n’étions que six coureurs (par équipe), et nous en avons mis un pour travailler à l’avant du peloton avec Quick-Step dès le kilomètre zéro. Les autres ne l’ont pas fait. Fin de l’histoire. Félicitation à l’échappée ! ». Voilà qui fait plaisir ! A l’heure des coups d’épaule sans retenue dans le peloton, le fair-play non plus n’a pas disparu !

Alexis Kopp

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