Cyclisme – Strade Bianche : Monumental Tadej Pogacar !

Tadej Pogacar (UAE Team Emirates) a écrasé la concurrence sur les Strade Bianche, qu’il a remporté pour la première fois de sa carrière après un raid solitaire de cinquante kilomètres ! L’insatiable prodige de Komenda a devancé sur la ligne Alejandro Valverde (Movistar) de 37 secondes et Kasper Asgreen (Quick-Step Alpha Vinyl) de 46 secondes.


Magistral, Tadej Pogacar remporte les Strade Bianche 2022 après un raid solitaire de 50km ! (Belga)

Intouchable

Rien ne semblait pouvoir arrêter Tadej Pogacar aujourd’hui. Rien, pas même la violente chute massive dans laquelle il a été pris à 100km de l’arrivée, lorsque le vent a balayé la moitié du peloton. Et surtout pas ses adversaires, laminés par ce champion à l’appétit d’ogre, qui continue de se forger un palmarès gargantuesque à coup d’envolées solitaires, qu’on croyait remisées dans les livres d’histoire.

Aujourd’hui encore, sur les routes blanches serpentant au cœur du vignoble toscan, Tadej Pogacar nous a gratifié d’un formidable numéro de soliste pour plier la course. Et tant pis pour le suspens, écourté à 50km de l’arrivée d’une simple accélération, presque anodine sur le moment.

C’est l’image forte de la journée : la spectaculaire chute massive au coeur du peloton à 100km de l’arrivée. Julian Alaphilippe retombe sur le dos après un beau soleil. Derrière lui, Pogacar ne peut éviter la chute. (Getty Images – Tim de Waele)

Sur le plus long secteur empierré de cette classique italienne si atypique, le double vainqueur du Tour de France a profité d’une légère redescente pour distancer le peloton de favoris, secoué auparavant par une première attaque de Julian Alaphilippe (Quick-Step Alpha Vinyl). En facteur, au nez et à la barbe de tous ces rivaux, Pogacar, plus agile, prend aussitôt quelques mètres d’avance. Engagé dans un contre-la-montre individuel de cinquante kilomètres à travers monts et graviers, il ne sera plus jamais revu.

Une adversité impuissante

Une heure et demi durant, il lisse son effort pour accroitre régulièrement son avance sur des adversaires dépités et bien incapables d’endiguer l’hémorragie. Coalisées, Movistar, Quick-Step Alpha Vinyl et Trek-Segafredo concèdent jusqu’à 1’30’’ à l’homme de tête, tandis que le jeune Carlos Rodriguez (Ineos-Grenadiers), longtemps en chasse-patate, doit s’avouer vaincu et abandonner la poursuite.

Puissant dans les ascensions, bien posé sur sa selle pour enrouler du braquet, Pogacar ne s’effondre jamais, malgré un final difficile qui lui donne un peu de fil à retordre. A 20km de la Piazza del campo, le doute s’est même instillé dans son esprit, lorsque Tim Wellens (Lotto-Soudal), Alejandro Valverde (Movistar), Jhonatan Narvaez (Ineos-Grenadiers), Kasper Asgreen (Quick-Step Alpha Vinyl) et Quin Simmons (Trek-Segafredo) se lancent à ses trousses sur l’un des secteurs les plus difficiles. Asgreen puis Valverde s’isolent ensuite, mais plafonnent à cinquante secondes.

L’arrivée d’Alejandro Valverde, qui accumule un troisième podium sur les Strade Bianche pour ce qui devrait être sa dernière apparition sur l’épreuve. (Sprint Cycling – Massimo Fulgenzi)

« J’ai attaqué très tôt et je ne savais pas, jusqu’aux cinq derniers kilomètres, si j’allais y arriver », témoigne Pogacar. « Je ne savais pas si quelqu’un reviendrait de derrière, donc je suis content […] je commençais à piocher mais heureusement j’ai survécu jusqu’à la fin » !

Dans les rues de Sienne, « Pogi » s’est en effet montré moins aérien et plus désuni dans son coup de pédale. Mais il avait de toute façon suffisamment de marge sur ses poursuivants, résignés à se disputer les accessits, pour l’emporter.

Avec ce nouveau succès de prestige, Pogacar entretient sa belle série de victoires. Après une saison 2021 tout bonnement parfaite, le Slovène a attaqué 2022 de la meilleure des façons en arrachant l’UAE Tour et donc, aujourd’hui, les Strade Bianche, « une course que j’aimerai gagner », confiait-il cette semaine. Septième l’an passé, il ne s’est pas manqué cette année.

Sa marque de fabrique : gagner avec panache

Sa boulimie de victoire, véritablement merckxienne, parait sans limite. Classiques, monuments, courses par étapes et grands tours : tout y passe depuis trois ans. Et toujours avec cette facilité désarmante, du moins vue de l’extérieur. Car cet après-midi, Pogacar a bel et bien souffert. Mais le vainqueur du jour partage aussi avec Eddy Merckx cette capacité à aller très loin dans la douleur et un certain goût pour le panache. Pogacar casse les codes, il attaque de loin, renverse les schémas établis pour se farcir des échappées d’un autre temps, lui qui aurait très bien pu attendre sagement les dernières difficultés du parcours.

Pogacar a fait des offensives au long cours sa spécialité ! (D.R.)

A l’image de son offensive sur le Col de Romme en juillet dernier ou dans le Passo di Ganda sur le Tour de Lombardie 2021, le Slovène a construit sa victoire en partant très loin de l’arrivée. Un exploit physique presque banalisé par l’intéressé au micro des journalistes d’Eurosport : « Il faut bien que quelqu’un soit le premier à attaquer, non ? », plaisante-il. « Parfois le vainqueur part à 50 kilomètres, parfois à 10 kilomètres de l’arrivée… On ne sait jamais à l’avance ! ».

Chez lui, la première option devient pourtant une habitude et rien ne semble jamais pouvoir entraver ses plans. Autant se faire une raison, à l’avenir ces coups d’éclat devraient se reproduire. Le panache y gagnera ce que le suspens y perdra.   


Alexis Kopp

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