Derby Bayer Leverkusen-FC Cologne : le meilleur de Rhénanie ?

Aujourd’hui à 15h30 a eu lieu la fameuse confrontation opposant les deux villes allemandes voisines (victoire 1-0 de Cologne), match pour le compte de la 26e journée. L’occasion de revenir sur une rivalité historique.

Le derby rhénan s’est joué ce dimanche à la BayArena de Leverkusen entre le 3e et le 8e de Bundesliga (source : sport1.de)

Le « rheinisches Derby » est-il digne de son statut ?

Alors certes, il n’y a pas un seul et unique derby en Allemagne, loin s’en faut. Mais pourriez-vous en citer qui réunisse des clubs aussi proches géographiquement, dans une ligue aussi élevée ? En Rhénanie du Nord-Westphalie, nombreuses sont les localités représentées en Bundesliga (D1 et D2) ou en « dritte Liga » (troisième division, mais également professionnelle).

C’est dans le bassin industriel de la Ruhr que l’on trouve la plus grosse concentration de « Vereine » : Schalke 04 à Gelsenkirchen, le BVB Dortmund, le MSV Duisbourg, le VFL Bochum, le Fortuna Düsseldorf, et jadis le Rot-Weiss Essen. Non loin de là à l’ouest, un autre Borussia à Mönchengladbach, l’Arminia Bielefeld, le SC Paderborn au nord et à l’est mais, surtout, le FC Cologne et le Bayer Leverkusen au sud.

Dans cette vaste région, nous avons ainsi deux célèbres noms concourant au premier échelon du football allemand, séparés d’environ 10 km à vol d’oiseau. Les quartiers méridionaux de Leverkusen « Wiesdorf », « Manfort » et « Schlebusch » sont en effet limitrophes à Cologne. La frontière entre les deux villes est facile à identifier : le Rhin. De part et d’autre de son cours, des sempiternelles rivalités à l’instar de Mönchengladbach-Düsseldorf, Düsseldorf-Köln.

Pourtant, s’il est une bataille topographique des plus logiques, c’est plutôt entre la ville du « Dom » (cathédrale) et celle accueillant le siège de Bayer, l’industrie pharmaceutique. Comme les Velrans contre Longeverne, la guerre a toujours été âpre pour s’affirmer comme le meilleur du coin. Mais la meilleure recette semble actuellement se trouver dans les flacons de laboratoire (Lerverkusen 3e du championnat avant la rencontre) plutôt que dans ceux de parfum (Cologne 8e).

A l’origine du derby : l’an de grâce 1949. Une date cruciale pour l’Allemagne. La République Fédérale Allemande fut promulguée le 23 mai après travaux du conseil parlementaire à Bonn, dans la périphérie colonaise (le FC Köln fut d’ailleurs créé l’année d’avant). Cependant, la République Démocratique Allemande, antenne de l’URSS, voyait le jour à l’est dans la foulée et marquera spatialement en août 1961 sa bordure avec l’Allemagne de l’ouest. Le rideau de fer décrit autrefois par Churchill se matérialise alors pour 28 longues années. Même dans la partie occidentale, les querelles ne cessaient d’être, et ces luttes territoriales se perpétuèrent dans le très populaire football.

Le chancelier de la RFA Konrad Adenauer signant le texte de promulgation du néo-Etat d’Allemagne (source : das deutsche Schulportal)

Comme la RFA et la RDA, le clivage entre Cologne et Leverkusen s’observait aussi d’ouest en est, de part et d’autre du fleuve. Le derby du Rhin a eu lieu 87 fois depuis la saison 1948-1949, où les deux équipes se rencontrèrent une première fois à l’occasion de la finale pour la promotion en Oberliga. Cologne remporta la partie et put accéder à l’étage supérieur. Allégorie de ce qui demeurera jusqu’en 1979. Köln évolua en Bundesliga – créée en 1963 – et bénéficia du statut professionnel, contrairement à son voisin. Mais, 30 ans après leur première confrontation, la « Werkself » (l’équipe de travailleurs) accède à l’élite et érige Bayer en étendard de réussite multilatérale : industrie, omnisports dont le plus important, le football.

Premiers pas en Bundesliga et palmarés

Les premiers matchs en Bundesliga ont été sans solution de continuité pour les Geißböcke (boucs), avec un nul au Ulrich-Haberland-Stadion – nom d’un ancien président de la firme pharmaceutique – et une victoire cinglante à domicile 4-0 au Müngersdorfer Stadion. Il faudra attendre la fin d’année 1983 pour assister à la première victoire du Bayer 04 depuis sa promotion. Lentement, la tendance sportive des clubs s’inverse et dans les années 1990, Leverkusen affiche de meilleurs résultats sportifs que son antagoniste.

Symbole de cette inimitié, à relativiser, le coup de poignard de Cologne asséné aux Pillendreher – fabricants de pilules – pendant la saison 1996/97, une défaite 4-0 compromettant leurs chances de remporter le championnat. Justice fut rendue l’année suivante avec la première relégation du FC Köln après le match nul 2-2 face à son rival, à la dernière journée ! Paroxysme de cette adversité : la victoire colonaise 2-0 dans le derby en 2012, offrant le titre à un concurrent du coin, le BVB Dortmund, et réduisant à néant le dernier espoir en date des rouges et noirs de soulever le « Meisterschal ». Ironie du sort, une amitié est née depuis entre le champion de cette saison et les boucs.

Car oui, la malédiction, la « Pech » dirait-on outre-Rhin qui colle à la peau du Bayer s’est vérifiée depuis, avec cette même place de dauphin en 1999, 2000, 2002 et 2011. Il n’a a son palmarès qu’une modeste coupe d’Allemagne en 1993 et une belle coupe de l’UEFA en 1988 glanée face à l’Espanyol Barcelone. La plus grande déception restera à jamais l’année 2002, perdant coup sur coup le titre, la finale de la Champions League et de la coupe d’Allemagne.

Le Bayer a perdu la finale de la Ligue des Champions contre le Real Madrid de Zidane (1-2) en 2002 (source : transfermarkt)

Du côté du 1.FC Köln, davantage de titres nationaux avec trois Bundesligen il y a longtemps : 1962, 1964 et… 1978, à la veille de l’arrivée de Leverkusen dans l’élite. Quatre coupes d’Allemagne pendant sa période de domination en 1968, 1977, 1978 et 1983. Et comme la rivalité s’étend aussi sur le domaine des statistiques, Cologne n’aura pas réussi la performance de son voisin en échouant en finale de la coupe UEFA contre le tortionnaire allemand, le Real Madrid (1986).

Bilan des courses : 25 victoires des boucs, 33 des rouges et noirs pour 30 nuls. Cette saison, un spectaculaire 2 partout à la 9e journée, Cologne rattrapant un retard de deux buts en seconde mi-temps à domicile. Des buts de Patrick Schick, le « Torjäger » tchèque comptant 20 buts en championnat, même si un peu moins en verve dernièrement. Un break réalisé par Karim Bellarabi, le joueur iconique du Bayer. Et chez les hôtes, un doublé de l’inévitable Français Anthony Modeste qui a repris ses marques avec son club de cœur dans cet exercice 2021/22 : 15 buts, quasiment la moitié de ceux de son équipe (36 au total).

Aujourd’hui, quel était l’enjeu?

Pour la rencontre d’aujourd’hui, l’enjeu était crucial. Le Bayer devait consolider sa troisième place synonyme de qualification en Ligue des Champions, en distançant potentiellement de quatre points Fribourg, et se rapprochant de Dortmund qui a un match de retard sur lui. Cela aurait permis également d’engranger de la confiance avant d’affronter l’Atalanta Bergame jeudi, avec une obligation de victoire. Pour le 1.FCK, une victoire leur permettait de continuer à croire en une qualification en Conférence voire Europa League, dépassant l’Union Berlin, plus qu’à deux petits points de Leipzig, au pied des places européennes. Et c’est chose faite pour les boucs qui se sont imposés par la plus petite des marges sur le terrain du rival.

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