Paris-Nice : Primoz Roglic brise la malédiction !

Si malchanceux sur ces même routes l’an passé, Primoz Roglic (Jumbo-Visma) a cette fois-ci conjuré le mauvais sort en remportant pour la première fois de sa carrière Paris-Nice, non sans avoir tremblé jusqu’au bout dans la dernière étape, gagnée par Simon Yates (Team BikeExchange-Jayco). Un succès de prestige rendu possible par l’immense travail abattu par son équipe Jumbo-Visma durant cette semaine mouvementée. 


Epaulé par un Wout van Aert hors norme dans les ascensions et encore frais après trois jours à se préserver, Primoz Roglic a souffert aujourd’hui mais a suffisamment limité la casse pour remporter son premier Paris-Nice… Enfin ! (Getty Images)

Ça n’a pas été simple, mais cette fois c’est fait : Primoz Roglic a bel et bien remporté Paris-Nice pour la première fois de sa carrière. Mais la dernière étape de la course au soleil, toujours décisive et spectaculaire dans son dénouement, a encore mis les nerfs du Slovène à rude épreuve.

Hier déjà, après son triomphe au sommet du col de Turini, le maillot jaune s’attendait à souffrir sur les routes tortueuses et escarpées du traditionnel circuit final tracé autour de Nice. « C’est une étape courte, avec de nombreuses montées et descentes, et je m’attends à ce que le rythme soit particulièrement rapide dès le départ. Il n’y aura pas de tactique, il faut être à fond dès le début. », expliquait-il aux journalistes de l’Equipe.

Hier, au sommet du col de Turini, Primoz Roglic a montré qu’il était le plus fort en montagne, dominant Martinez, Simon Yates et Quintana sur les pentes du Col de Turini. Mais la sérénité et la puissance affichées par le Slovène se sont évaporées cet après-midi… (AFP)

Et il ne s’est pas trompé. Dans des conditions rendues difficiles par la pluie, le froid et un vent mordant, Roglic et son équipe Jumbo-Visma ont imprimé un tempo très soutenu en tête de peloton dès les premiers kilomètres de cette neuvième étape.

Le but ? Essorer le peloton et décourager les adversaires, en particulier Simon Yates (Team BikeExchange-Jayco) et Daniel Felipe Martinez (Ineos-Grenadiers), particulièrement remuants la veille, de passer à l’offensive. Tendu et crispé dans les descentes, rendues piégeuses par l’humidité, Roglic avait surtout à cœur de rester sur son vélo, bien au chaud dans la roue de ses équipiers. Durant les 115 km d’efforts, nul doute qu’il a longuement ressassé son calvaire de l’an dernier.

Solide maillot jaune au départ de Nice, il avait alors complètement flanché dans l’ultime étape, abandonné par son équipe et surtout victime de deux chutes qui lui ont coûté la victoire. Pas une première pour Primoz le poissard, parfois un brin maladroit, puisqu’il avait également perdu le Dauphiné 2020 dans des circonstances similaires, avant de devoir abandonner le Tour de France 2021 sur chute, une nouvelle fois.

En 2021, Primoz Roglic avait perdu Paris-Nice dans la dernière étape après bien des galères. Aujourd’hui, il tient sa revanche ! (Getty Images)

Hanté par ses vieux démons, cet après-midi Roglic a également dû affronter les attaques de ses deux principaux adversaires, Daniel Felipe Martinez et Simon Yates. Le premier est passé à l’action dès la côte de Peille, où un certain Alberto Contador avait l’habitude de tout faire exploser.

Bien lancé par son équipier Omar Fraile, le Colombien a opéré une sélection décisive dans le peloton, déjà réduit à portion congrue. Accompagné par un Wout van Aert de gala, Roglic ne s’est pas laissé surprendre, tout comme Nairo Quintana (Arkéa-Samsic) et Simon Yates, les seuls à pouvoir accompagner le mouvement.

Assurément le plus incisif sur les forts pourcentages, Martinez n’a cependant pas eu l’occasion de retenter sa chance dans les lacets du Col d’Eze, dont l’ascension a été durcie cette année par l’organisation. Eliminé sur crevaison dans la descente vers La Turbie, il a finalement cédé 1’44’’ à Roglic, tout comme Nairo Quintana, qui a encore affiché ses limites dans le final après avoir déjà cédé dans le Turini hier.

Au panache, Simon Yates a remporté la dernière étape de Paris-Nice après une belle échappée solitaire ! (Franck Fife – AFP)

Reste Simon Yates, le seul encore capable d’inquiéter Roglic, ce qu’il n’a pas manqué de faire dans le Col d’Eze. A quatre kilomètres du sommet, dans les passages les plus pentus, le Britannique a mis les gaz et contrairement à samedi, le maillot jaune est resté collé à la pente, incapable de sauter dans sa roue. Au bord de la défaillance, le souffle court et les jambes lourdes, la première place de Roglic ne tenait plus qu’à une vingtaine de secondes au sommet.

Finalement, après une course poursuite sur un terrain défavorable à l’homme de tête, Roglic a réussi à préserver la tête du classement général pour 29 secondes. Au panache, son dauphin Simon Yates se console avec une belle victoire d’étape.

Sur la Promenade des anglais, sonné par la violence de l’effort, Roglic n’a même pas la force de savourer son succès. Mais il n’a pas manqué de remercier Wout van Aert, qui lui a véritablement sauvé la mise. A ses côtés toute la journée, se surpassant dans les montées, c’est lui qui a annihilé les attaques de Martinez avant de mener la chasse avec efficacité derrière Yates.

Tout au long de la semaine, Rohan Dennis, Steven Kruisjwijk, Christophe Laporte, Mike Teunissen, Wout van Aert et Nathan Van Hooydonck ont parfaitement soutenu Primoz Roglic. (Franck Fife – AFP)

Aux petits soins, Van Aert a été décisif dans la réussite de son leader cette semaine, tout comme l’ensemble de l’équipe Jumbo-Visma, dominatrice sur tous les terrains. Avec deux triplés (!), le maillot jaune monopolisé de bout en bout, trois victoires d’étapes obtenues grâce à Laporte, Van Aert et Roglic, la formation néerlandaise, polyvalente et gorgée de talents, a été intouchable de Paris à Nice.

La victoire de Roglic, ce n’est donc pas seulement une histoire de revanche personnelle. C’est aussi la récompense de tout un collectif, clairement au-dessus du lot neuf jours durant. Lauréats de Tirreno-Adriatico, Tadej Pogacar et UAE Team Emirates sont prévenus : sur le prochain Tour de France, ils trouveront à qui parler.


Alexis Kopp

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