Milan-San Remo : Le virtuose Matej Mohoric s’offre la Primavera !

Tient, revoilà un Slovène ! Dans un final à couper le souffle, Matej Mohoric (Bahrain-Victorious) a remporté Milan-San Remo, le premier monument de sa carrière ! Après avoir résisté au forcing de Tadej Pogacar (UAE Team Emirates), il a forgé sa victoire dans la descente du Poggio, où ses talents de descendeur lui ont permis de s’isoler définitivement. Anthony Turgis (TotalEnergies) s’octroie une méritoire deuxième place, quelques secondes devant Mathieu Van der Poel (Alpecin-Fénix).


Matej Mohoric triomphe sur la Via Roma ! Encore un Slovène… (Icon Sport)

Un final haletant

Milan-San Remo n’est pas une course comme les autres. Classique aux standards immuables et anachroniques, elle a pourtant ce don de nous surprendre chaque année en échappant aux scénarios convenus. Et cette fois encore, les ingrédients qui font tout le sel de la « Primavera », la distance marathonienne de l’épreuve (293 km cette année), l’enchainement des « capi » dans un final scabreux et la lente montée en intensité de la course, ont accouché d’un dénouement spectaculaire, haletant et plutôt inattendu.

Comme chaque année, une échappée matinale a animé le début de la course, qui monte progressivement en puissance à l’approche des capi, juges de paix. Les derniers rescapés, Alessandro Tonelli et Samuele Rivi, ne seront repris qu’au pied de la Cipressa, après 280km de fugue. (D.R. MSR)

Car sur la Via Roma, ultime ligne droite passée à la postérité, on attendait d’abord les sprinters. Même si certains de leurs meilleurs éléments ont fait défection pour cause de maladie, entre bronchites et grippes intestinales (Caleb Ewan, Sonny Colbrelli), il restait encore de sérieux candidats au départ du mythique vélodrome Vigorelli de Milan : Arnaud Démare, Mads Pedersen, Peter Sagan, Jasper Philipsen, Bryan Coquard, Nacer Bouhanni, Giacomo Nizzolo, Alexander Kristoff ou encore Fabio Jakobsen.

Mais puisqu’aucun sprinter pur n’a réussi à l’emporter depuis Arnaud Démare en 2016, on pensait surtout assister à une lutte pour la gagne entre puncheurs, malgré le forfait là aussi de plusieurs gros poissons (Julian Alaphilippe, Jasper Stuyven, Oliver Naesen, Gianni Moscon, Magnus Cort Nielsen, Matteo Trentin). Avec Wout van Aert, Mathieu Van der Poel, Thomas Piddcock et l’énigme Tadej Pogacar au départ, on pouvait s’attendre à un véritable feu d’artifice dans le Poggio, traditionnel juge de paix.

Et si on y a bien eu droit, ce scénario prévisible a accouché d’un vainqueur qui l’était beaucoup moins. Car Matej Mohoric ne s’est pas imposé en puncheur. Encore moins en sprinter. C’est en descendeur hors pair qu’il a plié la course dans la sinueuse plongée vers San Remo pour s’offrir la plus belle victoire de sa carrière.

La course parfaite de Mohoric

Premier slovène à remporter Milan-San Remo, Matej Mohoric a couru à la perfection. S’il a bien sûr forgé son succès dans la descente, où ses qualités de virtuoses ont fait la différence, le champion de Slovénie a également réalisé une prestation remarquable sur l’autre versant de la pente. Bien calé dans le sillage de ses équipiers Damiano Caruso et Jan Tratnik, Mohoric est parvenu à s’économiser en restant suffisamment à l’abri dans le groupe de favoris pour ne pas subir de pleins fouet les accélérations de ses adversaires. Et lorsque les coups de butoir répétés de Tadej Pogacar provoquaient quelques cassures dans le maigre peloton de tête, il a toujours laissé la charge de la poursuite à d’autres.

Dans le Poggio, Tadej Pogacar a multiplié les attaques pour décrocher ses adversaires ! En vain… (Getty Images)

Evidemment, comme pour tant d’autres, nul doute que ses jambes ont brulé d’abord dans la Cipressa. Pogacar et ses équipiers, dans leur volonté constante de bouleverser les schémas de course, y ont imposé un train d’enfer pour réduire le peloton à peau de chagrin. Dans la dernière ascension du jour, c’est ensuite Tadej Pogacar lui-même qui est entré très tôt en action pour secouer le cocotier.

A quatre reprise, « Pogi » s’est dressé sur les pédales pour faire craquer Van Aert, Van der Poel et la vingtaine de rescapés composant le groupe de tête. Pas suffisamment raide pour ses qualités de grimpeur, la pente ne lui a finalement pas permis de faire la différence et c’est finalement Soren Kragh Andersen qui en a profité. A 500m du sommet, le Danois attaque à son tour, suffisamment fort pour provoquer quelques cassures et mettre en difficulté Pogacar.

Intelligemment, Matej Mohoric, plus en retrait, laisse à ce moment-là le soin à Mads Pedersen de faire l’effort pour boucher le trou avec Mathieu van der Poel, Wout van Aert, Tadej Pogacar et Soren Kragh Andersen, qui basculent au sommet avec quelques mètres d’avance. Et c’est là, au meilleur des moments, juste devant la cabine téléphonique, que Mohoric sort de sa boite pour prendre la tête du groupe de chasse et plonger dans la descente. Le début d’un récital de cinq kilomètres.

« Je savais que si je parvenais à bien m’entraîner cet hiver pour être en forme et ne pas lâcher dans le Poggio, j’avais une chance » explique l’intéressé après l’arrivée. « Je voulais tout donner, prendre quelques risques et me battre pour la victoire ».

Une descente de fou !

Des risques, il va effectivement en prendre un paquet, au point de s’occasionner quelques belles frayeurs. Il frôle les barrières, saute les rigoles, fleurte avec les motos suiveuses bien incapables d’aller plus vite, dans une performance d’équilibriste monumentale. Le tout avec une certaine sérénité, il faut le dire. Le prix à payer pour fondre sur le groupe Pogacar et s’offrir une chance de croire à l’impossible. D’une fluidité parfaite, ses trajectoires épousent parfaitement les courbes du Poggio et lui permettent de ressortir plus rapidement à la sortie des virages.

Au bas de la descente du Poggio, Matej Mohoric avait presque course gagnée ! (D.R.)

Bien impuissants, ses concurrents sont débordés et doivent le laisser filer, tout seul. Y compris Tadej Pogacar. « Avant la course, Matej m’a dit de ne pas essayer de le suivre en descente. », explique le double vainqueur du Tour de France après l’arrivée. « J’ai répondu que j’étais conscient qu’il serait très difficile de le suivre, car je sais que c’est un fou quand la route descend. Quand il m’a doublé en descente, j’ai vu qu’il prenait déjà de gros risques, en dérapant et même en sortant de la route, alors je n’ai pas osé le suivre… ».

Inventeur éponyme de la si décriée « position Mohoric », aujourd’hui bannie des pelotons, Matej Mohoric a donc fait étalage de toute son agilité pour s’octroyer un matelas d’une dizaine de secondes à deux kilomètres du but. Lancés à ses trousses, Mathieu Van der Poel, Wout van Aert, Tadej Pogacar, Michael Matthews, Mads Pedersen, Soren Kragh Andersen et Anthony Turgis ne parviendront jamais à revenir. Sous la flamme rouge, dans un ultime sursaut, le valeureux Turgis donne un temps l’impression de pouvoir revenir… Trop tard !

En célébrant, Matej Mohoric pointe des doigts sa tige de selle… En arrière plan, dépité, Anthony Turgis se prend la tête dans les mains. (AFP)

Une curieuse innovation

Sur la ligne, dégouté, le Français courbe l’échine : devant lui Matej Mohoric, hébété, savoure déjà son triomphe ! Une conclusion heureuse pour celui qui avait terminé dixième de l’épreuve en 2020 et surtout cinquième en 2019, après avoir lancé le sprint trop loin de l’arrivée. A 27 ans, il entre dans la légende de son sport et introduit par la même occasion une innovation qui pourrait rapidement faire son chemin dans le peloton : jamais à court d’idées pour augmenter sa vitesse en descente, Mohoric a remporté Milan-San Remo en utilisant une selle télescopique sur son vélo ! Un équipement utilisé d’ordinaire en VTT permettant le réglage automatique de la selle en plein effort grâce à un bouton situé sur le guidon.

Gros plan sur la selle télescopique de Matej Mohoric. Une innovation en cyclisme sur route, qui, selon Mohoric, n’est pas pour rien dans sa victoire ! (Velon)

Dans la descente du Poggio, Mohoric a ainsi pu diminuer son centre de gravité en abaissant le niveau de sa selle. Et donc virer plus vite dans les virages : « l’équipe a dessiné un vélo spécial pour moi, on avait anticipé ça depuis bien longtemps, je pensais que ça n’allait pas faire une différence énorme, mais je l’ai essayé à l’entraînement et j’ai été impressionné. Ce vélo me procurait beaucoup plus de contrôle, je me sentais plus en sécurité. Et quand j’accélérais, il allait un peu plus vite. Aujourd’hui, ça a payé. »


Alexis Kopp

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