Les portraits du Club 115 : Mathieu Burgaudeau

Victime d’une lourde chute sur la Classic Loire Atlantique dimanche dernier, fracture de la clavicule et de l’omoplate en prime, Mathieu Burgaudeau connaît un coup d’arrêt brutal après un début de saison convaincant. Nous vous proposons aujourd’hui de revenir sur la jeune carrière de ce coureur prometteur, lauréat cette année de sa première victoire professionnelle sur les routes de Paris-Nice.

Sur Paris-Nice, Mathieu Burgaudeau a réalisé un véritable exploit pour s’offrir sa première victoire professionnelle ! (B.Papon – L’Equipe)

« Yeeeeeees ! » Affalé sur le bitume, le souffle court et les jambes en feu, Mathieu Burgaudeau hurle son bonheur : à seulement 23 ans, il vient tout juste de remporter la sixième étape de Paris-Nice, sa première victoire chez les professionnels… et quelle victoire ! Sorti en force à neuf kilomètres de l’arrivée dans l’ultime côte du parcours, le Français a résisté au retour du peloton lancé à ses trousses, pour déjouer le plan des sprinters. Sur la ligne, Mads Pedersen et Wout van Aert sont venus mourir sur sa roue arrière, au terme d’une dernière ligne droite irrespirable.

Seul contre tous, au panache, au culot, à l’instinct, Burgaudeau a bouleversé tous les pronostics, au point de faire mentir ses propres directeurs sportifs : « Ce n’était pas prévu que j’attaque dans le final », explique-t-il après l’arrivée, les yeux humides. « J’ai demandé à mes directeurs sportifs, mais ils ne voulaient pas trop que j’attaque car on avait des chances aussi avec le sprint de Niccolo Bonifazio ». Bien sûr, l’Italien ne lui en a pas tenu rigueur et l’a chaleureusement félicité, comme l’ensemble de l’équipe TotalEnergies. 

Après l’arrivée, Mathieu Burgaudeau savoure son succès sur la sixième étape de Paris-Nice. (D.R.) (TOTALENERGIES)

Avec ce succès imprévu, Burgaudeau récompense la confiance que lui a accordé la formation de Jean-René Bernaudeau depuis plusieurs années. Pur produit vendéen, le natif de Noirmoutier est en effet passé par toutes les structures de l’équipe TotalEnergies, gravissant rapidement les échelons pour se hisser jusqu’au monde professionnel.

Pourtant, le cyclisme en compétition est entré tardivement dans la vie du jeune Mathieu. Enfant, ce fils de marin-pêcheur est plutôt attiré par les terrains de foot et les courts de tennis. Le vélo, il ne le pratique qu’occasionnellement. Aux côtés de son père, il effectue de longues sorties en VTT sur le littoral vendéen, au cours desquelles il démontre déjà quelques prédispositions pour la discipline. « Lorsque nous allions rouler en VTT avec mon père, il me disait de pratiquer en club : il voyait que je me débrouillais plutôt bien pour quelqu’un qui ne roulait qu’une fois par semaine ».

Mathieu rechigne à le faire et c’est seulement à treize ans, presque par hasard, que le déclic survient. Pour le média Vendée Mag, Mathieu Burgaudeau se remémore cet épisode : « Deux copains voulaient faire un triathlon en équipe et il leur fallait un cycliste. Je suis d’accord mais je n’ai que mon VTT. Le grand-père d’un copain me prête alors son vélo de route. C’est la première fois que je monte sur ce type de vélo. Et là, je découvre des sensations qui me plaisent beaucoup. »

Mathieu Burgaudeau (au centre, ici en 2013) a trusté les podiums dans les catégories cadets et juniors sous les couleurs du club Saint-Jean-de-Monts cyclisme, où il a pris sa première licence à treize ans. (Sportbreizh.com)

Dans la foulée, il prend sa première licence au club cycliste de Saint-Jean-de-Monts, sur le continent, l’île de Noirmoutier étant dépourvue de toute infrastructure de ce type. Plus de temps à perdre pour Mathieu, qui, après avoir débuté par quelques épreuves de cyclo-cross, lève les bras dès sa deuxième course sur route en cadet. Quatorze autres succès suivront, dévoilant à ses formateurs l’immensité de son potentiel.

Scolarisé au lycée de Notre-Dame-du-Roc à La Roche-sur-Yon, il intègre le pôle espoir cycliste de l’établissement, au sein duquel il découvre l’exigence sportive, bien encadré par Tony Josselin, son premier entraîneur. A seize ans, alors qu’il fait son entrée dans la catégorie junior, le cyclisme professionnel n’est encore qu’un mirage, comme il l’explique à Vendée Mag : « Je savais que j’étais bon, j’aimais ce sport et je me suis naturellement mis dans la peau de quelqu’un qui peut, un jour, devenir pro. C’était loin, j’y pensais très vaguement, comme tout jeune sportif de 15-16 ans qui est reconnu comme doué dans ce qu’il fait, mais pas plus que cela non plus. »

C’est seulement en 2017, lorsqu’il remporte la Manche-Atlantique à 18 ans, que Mathieu réalise que ses rêves de professionnalisme pourraient bel et bien se concrétiser. Son bac ES en poche, il intègre à la sortie des juniors le Vendée U, l’antichambre de l’équipe TotalEnergies. Véritable vivier de talents dans lequel Jean-René Bernaudeau n’hésite pas à piocher chaque année pour renforcer son équipe professionnelle, Vendée U a repéré le potentiel du champion en herbe, qui compte plusieurs sélections en équipe de France junior à son actif.

Au sommet de la côte de Cadoudal, Mathieu Burgaudeau remporte la Manche-Atlantique 2017 et se persuade pour la première fois qu’il peut passer professionnel. (Adeline Harvis)

Et pour sa première année dans la structure, le gamin n’en finit pas d’épater ses directeurs sportifs Damien Pommereau et Morgan Lamoisson. Coureur puissant, « un pitbull » dixit Pommereau, il se taille une solide réputation dans l’ouest de la France en accumulant les accessits. Il s’impose sur une épreuve de Division Nationale 1, le Tour du Lot-et-Garonne, puis sur les Boucles Dingéennes et additionne les podiums sur le Circuit de la Vallée de la Loire, du pays du Craon, des plages vendéennes ou encore sur le Tour de Gironde, où il est seulement devancé par un certain Damien Gaudin.

Son triomphe sur la Manche-Atlantique est vécu comme une consécration : il s’offre la « reine des classiques » amateures, en réglant au sommet de la redoutable côte de Cadoudal le champion de France amateur Valentin Madouas (aujourd’hui professionnel chez Groupama-FDJ) et Maxime Cam (professionnel de 2019 à 2021 chez B&B Hôtels). Costaud !

Ses qualités de puncheur endurant, capable d’enchainer les courts efforts à haute intensité, permettent aussi à Mathieu Burgaudeau de se distinguer sur les classiques flandriennes. Il obtient notamment une troisième place sur l’équivalent de Gand-Wevelgem, une manche de la Coupe du Monde espoir. Des résultats qui lui ouvrent les portes du monde professionnel, puisqu’à la fin de la saison 2017 il est stagiaire au sein de l’équipe Direct-Energie (ancienne appellation de la formation TotalEnergies). Il dispute le Tour de l’Ain, le Tour de Vendée, Paris-Bourges et touche son rêve du doigt : « J’ai vu que j’avais le potentiel pour être coureur pro, mon écart de niveau avec un pro lambda, si on peut l’appeler ainsi, n’était pas si énorme. »

Mathieu Burgaudeau a effectué ses classes au sein du Vendée U, l’antichambre de TotalEnergies. Un pur produit vendéen ! (D.R.)

La suite lui donne raison. Encore victorieux sur le circuit de l’Essor et deuxième de Bordeaux-Saintes pour sa seconde année chez les espoirs, il décroche en fin de saison, à seulement 19 ans, son premier contrat professionnel chez Direct-Energie. Une équipe à l’ambiance familiale, tournée vers l’offensive, bref, idéale pour le puncheur qu’il est. Diplômé d’un DUT en gestion des entreprises et des administrations, Mathieu Burgaudeau peut alors pour la première fois se concentrer pleinement sur sa carrière de sportif.

Mais ce plongeon rapide dans le grand bain n’est pas sans difficultés. Garçon décrit comme humble et très mature pour son âge, il se met d’abord au service de l’équipe durant ses deux premières saisons pour apprendre le métier. Un apprentissage qui se fait parfois dans la douleur, émaillé de doutes, de blessures puis perturbé par la pandémie de covid-19.

A la sortie du confinement, en 2020, il chute lourdement sur le Tour de l’Ain, qu’il doit abandonner, tout comme le Dauphiné. Moral en berne. Mais encore une fois, de manière très inattendue, sa carrière va connaître une nouvelle impulsion. A la veille du Grand Prix de Plouay, Jean-René Bernaudeau décroche son téléphone pour appeler son poulain. Il lui annonce qu’il ne prendra pas le départ de la course. Et pour cause, il est attendu à Nice dans cinq jours, pour disputer son premier Tour de France !

Pour son premier Tour de France, Mathieu ne fait pas que subir la course, loin de là ! Dès la quatrième étape, il est dans l’échappée ! (TotalEnergies)

Aux côtés de Lilian Calmejane, Niccolo Bonifazio, Anthony Turgis ou encore Romain Sicard, il est l’invité surprise de ce Tour version covid. Absent des présélections, il est choisi au dernier moment pour pallier le forfait de plusieurs équipiers convalescents ou hors de forme, après un championnat de France probant.

« C’est un rêve de gosse, être au départ c’est un rêve qui se réalise » assure-t-il au micro d’Europe 1, balloté entre excitation et appréhension. Car pour celui qui sera le plus jeune participant de ce Tour 2020, à 21 ans seulement, cette sélection n’est pas vraiment un cadeau. Son corps parviendra-t-il à encaisser trois semaines de course ?  A-t-il suffisamment récupéré de ses blessures ? Est-il prêt à affronter la difficulté de l’épreuve la plus relevée du calendrier ?

En tout cas, l’entrée en matière autour de Nice ne le rassure pas, bien au contraire : « La première étape à Nice a été horrible. J’étais tendu comme jamais, totalement sous pression, en plus il faisait une météo épouvantable, les routes glissaient, une catastrophe. Je me suis dit si c’est comme ça durant trois semaines, quel enfer ! » Trois jours plus tard, son tempérament d’attaquant prend le dessus sur ses craintes de néophyte et il parvient même à intégrer l’échappée matinale en direction d’Orcières Merlette. Mathieu achève finalement ce marathon de trois semaines à la 131ème place, épuisé, mais avec une bonne dose d’expérience supplémentaire.

Cinquième de l’Etoile de Béssèges en début de saison, Mathieu Burgaudeau a ensuite confirmé sa bonne condition physique sur Paris-Nice. (Getty Images).

Après deux saisons compliquées, il franchit un cap en 2021, devenant acteur les courses auxquelles il prend part. Il obtient plusieurs résultats encourageants en fin de saison : troisième de la Coppa Sabatini et des Boucles de l’Aulne, il est aussi septième de la Classic Loire Atlantique et huitième du Mémorial Marco Pantani. Des épreuves casse-pattes, usantes, rendues difficiles par l’accumulation d’ascensions courtes mais raides. Un must pour lui.

Après avoir beaucoup tourné autour de la victoire, Mathieu Burgaudeau aspirait cette année à imiter ses modèles dans le peloton, Lilian Calmejane, Philippe Gilbert et Julian Alaphilippe -dont il a déjà le bouc-, en décrochant son premier succès chez les pros. Et en puncheur s’il vous plaît ! Lors de la vidéo de présentation de son équipe datant de 2020, il avait même une idée précise de la manière avec laquelle il s’imposera : « ça sera une course d’usure, où les mecs cèdent un par un, puis j’arrive à m’extraire dans le final avec un petit raid en solitaire pour ensuite lever les bras, car c’est quand même mieux de gagner en solitaire que d’arriver groupé ».

Tiens, ça nous rappelle quelque chose ! Du rêve à la réalité, c’est précisément le scénario que Mathieu a écrit au fil de ses coups de pédales sur les routes de la sixième étape de Paris-Nice. Ça tombe bien, il espère aussi gagner un jour une grande classique ardennaise. Assurément, Mathieu Burgaudeau a le talent, la fougue et la lucidité pour y briller.

Une victoire de prestige qui en appelle d’autres ! (Getty Images)

Alexis Kopp

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :