Semaine Internationale Coppi et Bartali : la jeunesse au pouvoir !

Comme chaque année, la Settimana Internazionale Coppi e Bartali, course par étapes de cinq jours disputée en Emilie-Romagne, est l’occasion idéale d’observer de jeunes coureurs prometteurs en action. Ainsi, depuis 2019, l’épreuve a toujours accouché d’un vainqueur âgé de moins de 25 ans (Lucas Hamilton, Jhonatan Narvaez et Jonas Vingegaard) et 2022 n’a pas dérogé à la règle avec la victoire finale d’Eddie Dunbar (Ineo-Grenadiers). Petit focus sur les jeunes loups qui ont montré les crocs cette semaine.


Eddie Dunbar (au centre), a remporté à 25 ans la Semaine Internationale Coppi et Bartali devant son équipier Ben Tulett, 20 ans, et Marc Hirschi, 23 ans. (Photo News)

Mauro Schmid, la nouvelle pépite de Quick-Step Alpha Vinyl

« J’ignore encore de quoi je suis réellement capable […] Ce que je sais, c’est que je veux gagner des courses », expliquait Mauro Schmid aux journalistes du journal l’Equipe cet hiver. Le Suisse n’a pas tardé à joindre les actes à la parole en cette saison 2022, puisqu’il a levé les bras mardi dernier sur la première étape de la Semaine Internationale Coppi et Bartali.

Après avoir rejoint dans la descente vers Riccione Eddie Dunbar, sorti dans l’ultime difficulté du jour, il a réglé l’Irlandais au sprint. Il faut dire que l’Italie réussit bien à celui qui s’est révélé l’an passé sur les routes blanches de Toscane, en remportant la difficile 11ème étape du Giro d’Italia, pour sa première saison chez les professionnels !

Dans le final de la première étape, Mauro Schmid s’est joué de son compagnon de fugue Eddie Dunbar ! (Getty Images)

A seulement 22 ans, Mauro Schmid est un coureur complet dont l’étendue du potentiel reste inconnue, même pour lui. Dingue de vélo depuis toujours, il a développé une polyvalence remarquable chez les jeunes en pratiquant à la fois le VTT, le cyclo-cross et même la piste en complément du cyclisme sur route. « Il est clair que ma polyvalence est ma plus grande force, souligne-t-il pour l’Equipe. La piste m’a appris à envoyer des watts sur les chronos et à sprinter, le cyclo-cross et le VTT m’ont permis d’être un coureur technique et agile : ces choses-là sont naturelles pour moi, c’est une chance car certains ne les auront jamais. »

Puncheur doté d’une belle pointe de vitesse, le natif de Bülach sait aussi limiter la casse en contre-la-montre, comme en témoignent quelques bonnes performances dans la discipline chez les espoirs. Plutôt destiné à briller sur les courses d’un jour vallonnées, Mauro Schmid peut-il espérer un jour jouer la gagne sur les épreuves par étapes ? Dixième du Tour d’Oman en début de saison, il doit encore progresser en montagne et gagner en régularité.

Sous les couleurs de feu l’équipe Qhubeka-Assos, Mauro Schmid avait conquis son premier succès de prestige l’an dernier sur Giro ! (Getty Images)

Cette semaine, maillot de leader sur les épaules, il a explosé dès la deuxième étape et a perdu beaucoup de temps. Encore actif dans le final de la quatrième étape en compagnie de Nicola Conci (Italie), il s’est fait reprendre par le peloton sous la flamme rouge. S’il n’a pas pu jouer le classement général sur les routes d’Emilie-Romagne, Schmid a néanmoins confirmé qu’il est un redoutable chasseur d’étapes, très à son aise sur les parcours accidentés. Et que sa formidable victoire à Montalcino sur le Giro est tout sauf un feu de paille. 

Ineos-Grenadiers intenable !

Aux côtés de l’expérimenté Geraint Thomas, la formation Ineos-Grenadiers avait aligné plusieurs jeunes loups aux dents longues sur la Semaine Internationale Coppi et Bartali. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils avaient du mordant ! Tous les jours, à l’exception de la dernière étape, la formation britannique a pu jouer la gagne, tout en prenant rapidement les rênes du classement général grâce à Eddie Dunbar. Une pole position conservée jusqu’au bout.

Grand espoir du cyclisme irlandais, passé par Axeon-Hagens Bermans puis Aqua Blue Sport avant de signer chez Sky fin 2018, Eddie Dunbar a ainsi remporté la première course par étapes de sa carrière. Son petit gabarit (1m70 pour 57kg), taillé pour la grimpette, lui a permis de parfaitement maitriser ses adversaires et de renforcer sa position de leader sur les hauteurs de Saint-Marin, le troisième jour.

Eddie Dunbar, lors de la 12ème étape du Giro 2019, le seul grand tour auquel il a pris part pour l’instant. (Photo by Tim de Waele/Getty Images)

Cette victoire entérine sa lente progression entamée il y a trois ans, après un exercice 2021 plus compliqué. Quatrième du Tour de Belgique 2018, troisième du Tour du Yorkshire et cinquième de la Route d’Occitanie l’année suivante, sixième du Tour de La Provence en 2020 après une belle performance sur les pentes du Mont Ventoux, l’Irlandais est clairement un coureur taillé pour les courses par étapes d’une semaine. Coureur offensif également très à l’aise en contre-la-montre chez les jeunes, l’ambitieux Dunbar a toujours promis à sa mère qu’il n’arrêterait jamais de faire du vélo tant qu’il n’aura pas gagné le Tour de France.

La marche semble encore bien haute pour celui qui n’a pour l’instant disputé qu’un seul Grand Tour, le Giro en 2019, achevé à la 22ème place après avoir travaillé pour Egan Bernal. Prévu sur le prochain Tour du Pays-Basque, il sera aussi aligné sur les classiques ardennaises. Vainqueur du Tour des Flandres espoir en 2017, Dunbar n’est en effet pas seulement un spécialiste des courses par étapes, son punch lui permettant de se distinguer sur les classiques difficiles. A 25 ans, en remportant la Semaine Internationale Coppi et Bartali, il a en tout cas réaffirmé ses ambitions et démontré que son talent est toujours intact.

Mais Dunbar doit aussi ce succès à la force collective de son équipe, Ineos-Grenadiers, durant les cinq jours d’effort. Ben Tulett et Ethan Hayter ont particulièrement brillé, remportant chacun une étape dans des registres très différents.

Sur les hauteurs de Saint-Marin, Ben Tulett exhulte : après avoir protégé son leader Eddie Dunbar, il s’est fait la malle pour s’imposer ! (Getty Images)

Précieux lieutenant de Dunbar en montagne, le jeune Ben Tulett a remporté la troisième étape, juste devant son leader, après avoir flingué Marc Hirschi (UAE Team Emirates) et Simon Carr (EF Education-Easy Post) dans la dernière bosse. Deuxième du classement général final derrière Dunbar, Tulett a donc débloqué son compteur de victoire chez les professionnels. Assurément la première d’une longue série, tant le potentiel de ce coureur, au profil similaire sous bien des aspects à celui de son compatriote et équipier Tom Pidcock, est immense.

Comme lui, c’est à l’école du cyclo-cross qu’il s’est formé. Double champion du monde junior de la spécialité, il saute les rangs espoirs pour passer professionnel au sein de l’équipe Alpecin-Fénix dès 2019. Pas question pour autant de griller les étapes, comme il l’a de nouveau expliqué au magazine Rouleur en début de saison : « Nous devons être prudents avec mon développement, ne pas précipiter les choses, les prendre comme elles viennent. Il y a des coureurs qui connaîtront deux ou trois ans de succès puis qui s’épuisent très vite, et nous ne voulons pas cela, nous voulons une carrière longue et réussie. Nous ne voulons pas avoir une carrière où j’arrive à 24 ans et je suis fini. »

Ben Tulett, lors de son deuxième titre mondial de cyclo-cross en 2019. (Photo by Luc Claessen/Getty Images)

L’an passé déjà, il a démontré sa capacité à lutter avec les meilleurs en World Tour. Neuvième du Tour de Pologne, il a disputé une première campagne de classique probante (17ème de l’Amstel Gold Race puis 12ème de la Flèche Wallonne) avant de devenir le plus jeune cycliste de l’histoire à terminer Liège-Bastogne-Liège, à 19 ans seulement. Talent précoce à l’aise sur les montées courtes et violentes, Tulett aspire à développer ses qualités de montagnard pour briller sur les grands tours.

A 20 ans, il a déjà réalisé son rêve de gosse : rejoindre l’équipe Ineos-Grenadiers. « J’avais 16 ans, j’ai vu Chris (Froome) en rouge (sur la Vuelta), j’ai vu le bus de l’équipe, j’ai vu tous les coureurs de l’équipe, et je me suis dit : “Oui, je veux être dans ce bus. Je veux rouler pour cette équipe un jour’’ ». En le recrutant à l’intersaison, la formation britannique ne s’est pas trompée. S’il a su trouver l’ouverture cette semaine, Tulett a aussi prouvé, comme depuis le début de la saison, qu’il sait se mettre au service des autres quand il le faut.

Ethan Hayter fête comme il se doit son succès sur la deuxième étape. (Getty Images)

En plus d’accompagner Eddie Dunbar en montagne, c’est lui qui a parfaitement lancé le sprint pour Ethan Hayter, vainqueur le deuxième jour. Londonien pur jus, Hayter a découvert le cyclisme sur la piste du vélodrome de Herne Hill, tout comme un certain… Bradley Wiggins ! A l’image de Sir « Wiggo », le jeune Hayter a même été sacré champion du monde de poursuite par équipe en 2018 et de l’omnium en 2021, avant d’être repéré par Dave Brailsford, manager de la formation Sky, devenue Ineos-Grenadiers.

La piste, qu’il continue à pratiquer en parallèle de sa carrière sur route, lui a permis de développer sa puissance et son explosivité, comme il le détaille dans les colonnes de l’Equipe : « L’américaine, c’est vingt sprints, donc c’est comme si tu t’entraînais vingt fois pour un sprint. Tu dois aussi y prendre des décisions très rapidement et cet exercice se transfère très bien sur la route. C’est difficile de suivre le programme d’entraînement de la poursuite par équipe, mais ça me profite sur les courses, en termes d’explosivité, de tirer de tels braquets et de poursuivre les efforts. »

Catalogué sprinter-puncheur, Hayter, 23 ans, compte déjà une dizaine de succès à son palmarès depuis son passage sur la route en 2020. Sa pointe de vitesse et sa capacité à franchir les petites bosses lui ont permis de décrocher son premier bouquet en 2022. Il aurait même pu doubler la mise lors de la quatrième étape de la Semaine Internationale Coppi et Bartali, si le phénomène Mathieu van der Poel (Alpecin-Fénix) n’avait pas réussi l’impensable : s’imposer au sprint après avoir été échappé durant 60 km.

Mathieu van Der Poel aussi s’est régalé : victoire d’étape après un numéro de 60km en tête de course ! (Getty Images)

Quelques autres performances intéressantes

Outre Mauro Schmid et l’intenable trio britannique, d’autres grands espoirs du cyclisme se sont distingués sur cette Semaine Internationale Coppi et Bartali. On retiendra notamment les performances de Simon Carr (EF Education-Easy Post) et d’Antonio Tiberi (Trek-Segafredo), à la lutte pour la victoire dans la troisième étape et qui finissent dans le top 5 du classement général final.

Neuvième de l’épreuve, l’Erythréen Natnael Tesfatsion (Drone Hopper – Androni Giocattoli), récent lauréat du Tour du Rwanda, a également montré de belles choses en montagne, tout comme la pépite belge Cian Uijtdebroeks (Bora-Hansgrohe), septième à Saint-Marin, bien placé au général, mais malheureusement contraint à l’abandon le dernier jour, la faute à une chute dans un rond-point.

Nul doute qu’on le reverra. Tout comme l’ensemble des jeunes ayant brillé cette semaine encore. Car plus que jamais, la Semaine Internationale Coppi et Bartali constitue une formidable rampe de lancement pour ces graines de champion.  


Alexis Kopp

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