Les Portraits du Club 115 : Nicolas Dandine.

C’est un portrait un peu spécial que l’on vous propose aujourd’hui. Le Club 115 a rencontré Nicolas Dandine, un pilote de vitesse moto handisport. Véritable fusée sur les circuits, découvrez ce pilote à l’histoire atypique.

Nicolas Dandine
Nicolas Dandine. ©Emmanuel Amblat

Une histoire hors du commun

À trois ans et demi, Nicolas Dandine était déjà sur une moto. Voilà ce qui s’appelle commencer tôt. Le jeune pilote a commencé par le motocross avant de goûter aux joies de la piste. À ses dix-sept ans, après quelques années de compétition en motocross, Dandine se consacre à la sportive, sur route cette fois-ci. Mais l’espoir d’accéder à la compétition en moto vitesse est freiné par les contraintes financières particulièrement élevées.

En 2006, Nicolas Dandine a été victime d’un terrible accident. Alors âgé de 21 ans, Dandine se rendait simplement à son travail lorsqu’il a été heurté de plein fouet pour un homme alcoolisé. Le constat est dramatique pour le pilote, que les secours retrouvent « cliniquement mort » : foie, rate et poumons perforés, vertèbres et côtes cassées, 17 fractures au bras, 12 à la jambe, une jambe arrachée et un trauma crânien. Huit opérations et un mois au centre de rééducation plus tard, Dandine rééquipe une moto pour repartir sur route malgré les appréhensions, mais finit toutefois par choisir la piste.

« La moto sur piste, c’est différent, il n’y a pas d’obstacle comme sur la route. »

Nicolas Dandine

Concrètement, comment peut-on équiper une moto dans cette situation ? Dans le cas de Nicolas Dandine, l’amputation s’est faite sous le genou gauche, une chance si l’on peut dire. La moto a l’équipement de course classique, le changement majeur étant au niveau du sélecteur de vitesses qui n’est alors plus présent. À la place, un vérin électrique est relié à un boîtier sous la selle du pilote, lui-même relié à deux boutons sur le guidon de la moto. Tout ce petit système étant couplé au shifter, le pilote peut alors passer ses rapports en appuyant simplement sur un bouton.

Suivant ce même principe, le pilote peut régler la puissance, la sensibilité, la coupure à l’allumage pour le passage de rapports. Mais en-dehors de cette modification, la moto est identique à une moto de course classique.

©Emmanuel Amblat

Talent et persévérance

Pour son retour sur la piste, Nicolas Dandine n’a pas fait les choses à moitié. Après quatre mois de roulage, il s’est fait remarquer et a été mis en relation avec le président de l’association Handi Free Riders. En guise de tests, le natif d’Agen participe à deux courses au bout desquelles il termine deux fois sur le podium. Sans trop d’hésitations inutiles, on lui accorde une saison complète. Et pour sa toute première saison, il devient champion de France, tout en décrochant la troisième place du championnat d’Europe.

Par ailleurs, Nicolas Dandine fait partie de ces très rares pilotes handi à avoir l’occasion de prendre un départ avec les valides. Ils ne sont que deux à pouvoir le faire. Et oui, il faut être en capacité de tenir soi-même sa moto, ce qui est loin d’être simple pour un pilote handisport. Si la fédération de moto lui a accordé ce privilège, Dandine a quand même dû faire ses preuves en se montrant tout aussi rapide que n’importe quel autre valide en piste.

Quant à ses projets pour la saison 2022, l’Agenais a de quoi s’occuper. Cette année, Nicolas Dandine vise le doublé. Remporter le championnat de France et le Championnat d’Europe sur une même année est l’objectif qu’il s’est fixé. Mais ce n’est pas tout. Car en plus de cela, le pilote prévoit de tester ses capacités en endurance. Pour ce faire, une course de 3h l’attend à Alès. Il pourra ainsi voir si le côté très régulier demandé en endurance lui plaît et s’il correspond à son style de pilotage.

« Je suis quelqu’un qui a le couteau entre les dents, du moment qu’il y a quelqu’un devant, il faut que j’aille le chercher ! C’est compliqué pour moi de rester derrière et de garder des chronos réguliers donc c’est la chose sur laquelle je travaille cette année. »

Nicolas Dandine

Qui dit saison professionnelle, dit aussi sponsors. Pour 2022, Nicolas Dandine bénéficie du soutien d’environ 25 sponsors, que ce soient de grands groupes ou de petits artisans. Embarqué dans la team de Jean-Marc Delétang, Dandine pourrait bien piloter un 1000 CBR Honda l’année prochaine. Il faut néanmoins garder les pieds sur Terre, car si le pilote a été contacté par Honda France, ce sont ses résultats qui lui permettront de valider ce partenariat.


Quelques anecdotes

  • Son meilleur moment : En septembre 2021, Nicolas Dandine récolte le titre de champion de France à Pau pour sa toute première saison. Entendre la Marseillaise de la plus haute marche du podium est sans conteste l’un des moments les plus forts de sa carrière. À peine plus loin dans le classement de ses meilleurs moments, on retrouve sa victoire au circuit du Mugello qui lui a offert la troisième place du championnat d’Europe.
  • Son circuit préféré : le Mugello, en Italie. On n’avait même fini de poser la question qu’on avait déjà la réponse ! Il y a roulé en 2021 et a remporté sa course. Nicolas Dandine le dit, il s’est « éclaté » sur ce circuit. Si bien qu’il a explosé de 2s le temps qualif des 600, en course ! Et c’est extrêmement rare de faire mieux en course qu’en qualifications… Parmi tous les circuits qu’il a pu tester, sa réponse est formelle : le Mugello est son grand favori. C’est un circuit à la fois « rapide et technique », il n’y a qu’une seule trace au Mugello, et si on ne la suit pas, on est « jetés » de la piste. Vous voilà prévenus.
  • Son circuit de rêve : Spa-Francorchamps. Cette année, le circuit revient au championnat d’Europe après 10 sans course d’endurance moto. Mais pour cette course, Nicolas Dandine va devoir s’adapter très vite, car il n’aura que les sessions d’essais libres pour se familiariser avec la piste, quand certains de ses adversaires connaissent déjà bien le tracé de Spa…
  • Dandine n’a pas de temps à perdre. Pour sa première journée sur le circuit du Nogaro, il roulait déjà en 2:02s, sachant que les temps de référence avoisinent les 1:37s. Aujourd’hui, cette minute trente-sept est une simple formalité pour le natif d’Agen.
©Emmanuel Amblat

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