Flèche Brabançonne : Magnus Sheffield récompense Ineos-Grenadiers !

Le jeune américain Magnus Sheffield (Ineos-Grenadiers) s’est imposé sur la Flèche Brabançonne devant les Français Benoît Cosnefroy (AG2R-Citroën) et Warren Barguil (Arkéa-Samsic), à l’issue d’une course spectaculaire durant laquelle l’équipe Ineos-Grenadiers a parfaitement manœuvré.


Le visage usé et sali par l’effort, Magnus Sheffield célèbre la plus belle victoire de sa jeune carrière. A 19 ans, il s’affirme comme un futur grand coureur de classiques ! (Getty Images)

Trempé par la pluie, usé par l’effort, le visage déformé par la douleur, Magnus Sheffield a mis du temps à réaliser la portée de son succès dans la dernière ligne droite. A proximité de la ligne, il s’est bien essayé à une célébration, un peu timide, sans artifices ni effusion de joie, les deux poings brandis vers le ciel maussade des Ardennes. Mais il a fallu attendre le déboulé de ses deux équipiers, Ben Turner et Thomas Pidcock, pour qu’il laisse éclater son bonheur. L’infernal trio de l’équipe Ineos-Grenadiers peut célébrer dignement le vainqueur du jour : Magnus Sheffield, ultime étage de la fusée britannique sur cette Flèche Brabançonne.

Car le succès du néo-pro de 19 ans seulement est avant tout le fruit d’une formidable course d’équipe. De bout en bout, la formation Ineos-Grenadiers a géré d’une main de maître cette Flèche Brabançonne, en ayant toujours un coup d’avance sur des adversaires constamment en infériorité numérique.

Ben Turner et Magnus Sheffield ont effectué un véritable travaille de sape pour leur leader Thomas Pidcock. Avec trois coureurs dans les cinq premiers du classement final, Ineos-Grenadiers a réalisé une journée parfaite collectivement ! (Getty Images)

A 80km de l’arrivée, c’est en effet Ben Turner qui a mis le premier le feu aux poudres pour dynamiter un peloton encore très compact. Il est rapidement suivi par Magnus Sheffield, flanqué de Victor Campenaerts (Lotto-Soudal), d’Alexander Kamp (Trek-Segafredo) et de Giacomo Nizzolo (Israël Premier Tech). Dès lors, l’Américain et le Britannique, si précieux dans leur rôle d’équipiers au cours de la campagne des classiques flandriennes, ne vont plus jamais quitter les avants postes. Aériens, Sheffield et Turner sont les principaux artisans de l’écrémage du peloton à chaque passage du Hertstraat et du Moskeeststraat, pour favoriser les dessins de leur leader Thomas Pidcock, l’autre britannique de la bande.

Si Remco Evenepoel (Quick-Step Alpha Vinyl) se montre lui aussi très (trop) entreprenant en multipliant les démarrages loin de l’arrivée, c’est finalement Ben Turner, encore lui, qui provoque le coup gagnant. A 50km du but, il sort à nouveau du peloton, avant d’être rejoint au fur et à mesure par une dizaine de costauds : ses compères Sheffield et Pidcock, l’intenable Remco Evenepoel, Tim Wellens, Victor Campenaerts (Lotto-Soudal), Robert Stannard (Alpecin-Fénix), Dylan Teuns (Bahrain-Victorious), Benoît Cosnefroy (AG2R-Citroën) et Warren Barguil (Arkéa-Samsic).

Derrière, ça fait rideau et on comprend très vite que le vainqueur de cette Flèche Brabançonne se trouve parmi les dix hommes de tête. Avec trois pions positionnés à l’avant, Ineos-Grenadiers est en supériorité numérique et va parfaitement exploiter cet avantage. Dans chaque difficulté, en particulier le Heerstsraat, Turner et Sheffield, impressionnants de puissance, impriment un rythme soutenu pour fatiguer leurs adversaires, tandis que Thomas Pidcock reste à l’abri dans les roues.

Le groupe de costaud qui s’est joué la gagne est sorti à 50 km de l’arrivée ! (Getty Images)

Tactique payante, puisque le groupe des prétendants se réduit au fil des tours. Dylan Theuns est le premier à passer par la fenêtre, victime d’une crevaison au seuil des quarante derniers kilomètres. Asphyxié après avoir longtemps résisté en serre-file, Victor Campenaerts doit déposer les armes dix bornes plus loin, en même temps que le surprenant Robert Stannard. Surtout, Warren Barguil et Remco Evenepoel montrent des signes inquiétants de faiblesse dans les monts pavés.

Après ce travail de sape, le trio passe à la vitesse supérieure. La stratégie est simple : attaquer à tour de rôle pour fatiguer les concurrents en les forçant à boucher les trous. A ce petit jeu-là, Magnus Sheffield se montre très à l’aise, dans un final où l’ensemble des protagonistes semblent à la limite de la rupture à force de répéter les efforts. A 15 km de l’arrivée, l’Américain place une attaque, neutralisée par Cosnefroy puis par l’ensemble du groupe de tête, vigilant. Sur les pavés glissants du Moskesststraat, escaladé pour la dernière fois, le vainqueur de la troisième étape du Tour d’Andalousie en remet une couche et semble même plus fort que son leader, Tom Pidcock.

Un Pidcock surveillé de près par Wellens, Cosnefroy, Evenepoel et Barguil, ce qui va profiter à Sheffield. A 3,5km de l’arrivée, sans trop forcer, il s’échappe en facteur, Cosnefroy, Wellens et Evenepoel refusant de lui prendre le relais. Un petit trou d’une dizaine de mètres se forme. Il sera le tombeau de leurs espérances : personne ne veut prendre l’initiative de le combler et la présence de Turner et de Pidcock désorganise la poursuite. Alors, presque involontairement, Sheffield creuse l’écart. Puis les secondes deviennent des mètres et le voilà qui s’envole vers la victoire !

Les Français, toujours placés… Cette fois Benoît Cosnefroy est deuxième et Warren Barguil troisième, après le déclassement de Tim Wellens pour sprint irrégulier. (D.R.)

Derrière, la mésentente est telle qu’un trio de poursuivants, composé de Michael Matthews (BikeExchange), Dylan Theuns et Xandro Meurisse (Alpecin-Fénix), se rapproche à quelques secondes. Quand le groupe de chasse se joue le podium dans un sprint houleux, Magnus Sheffield a déjà franchi la ligne depuis quarante secondes, remportant le plus beau succès de sa jeune carrière. Un succès qui vient donc récompenser le beau travail collectif de l’équipe Ineos-Grenadiers, tactiquement impeccable.

Roule toujours puissant et explosif, capable d’emmener un braquet monstrueux dans les côtes, Sheffield, ancien cyclo-crossman, a démontré qu’il est bien taillé pour les classiques difficiles, comme l’a été la Flèche Brabançonne aujourd’hui. Avec son comparse Turner, il sera à surveiller sur le prochain Paris-Roubaix. Nul doute que le natif de Pittsford n’a pas fini de faire parler de lui, surtout s’il y a des pavés !


Alexis Kopp

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