Tour des Alpes : la résurrection de Thibaut Pinot

Après des mois de doutes et de galères, Thibaut Pinot a enfin renoué avec la victoire, sur la dernière étape du Tour des Alpes, confirmant ainsi son retour au plus haut niveau. Pour son plus grand bonheur… et pour le nôtre aussi, évidemment !

Thibaut Pinot, le soulagement incarné au moment de savourer sa victoire. (Tim de Waele – Getty Images)

Deux ans. Deux ans de doutes, de critiques, de déconvenues. Deux ans à courir derrière son meilleur niveau, à la poursuite d’une gloire passée, à s’accrocher pour tordre le cou au mauvais sort et faire taire les oiseaux de mauvais augures. Ces deux ans de galères, on pouvait les lire sur le visage soulagé de Thibaut Pinot après sa fantastique victoire sur la dernière étape du Tour des Alpes. Son premier succès depuis un bel après-midi de juillet 2019, au sommet du Tourmalet. 1007 jours de disette, « une page de merde » qui se tourne définitivement pour le Franc-comtois, longtemps handicapé par des douleurs au dos consécutives à une chute lors du Tour de France 2020.

Rien n’a été simple

Après des mois de souffrances, de travail et de performances en dents de scie, Pinot et son panache ont donc à nouveau occupé le devant de la scène. Non sans mal, une fois encore : après un début de saison encourageant (16ème de l’Etoile de Bessèges, 3ème d’une étape sur le Tour des Alpes Maritimes et du Var et 8ème de Tirreno-Adriatico), la machine semblait subitement déréglée depuis une chute sur le circuit de la Sarthe.

Début de saison encourageant pour Thibaut Pinot ! (ER – Patrice DUTRULLE)

Déjà en dedans sur la Classic Grand Besançon Doubs (seulement 14ème), il explose totalement dès la deuxième étape de ce Tour des Alpes, achevée dans l’anonymat à près de quatorze minutes du vainqueur, Pello Bilbao (Bahrain-Victorious). Un coup dur : « j’étais confiant après Tirreno, j’arrivais sur des courses qui me tenaient à cœur, où j’avais envie briller, donc quand j’ai perdu dix minutes le deuxième jour (mardi), je ne comprenais pas ce qui se passait et j’ai tout remis en cause », a-t-il expliqué aux journalistes du journal L’Equipe.

Hors-jeu pour le classement général, Pinot s’est donc recentré cette semaine sur la chasse à la victoire d’étape. Il retrouve des sensations et, après avoir manqué la bonne échappée lors de la troisième étape, il parvient à se propulser à l’avant le lendemain. La suite, on la connaît tous : de l’extase à l’amertume, dans un scénario ô combien cruel, il passe du rire aux larmes en quelques hectomètres.

Un énième coup de massue

Dans l’ascension finale du Grossglockner, Thibaut se dresse sur les pédales. Un à un, il distance ses compagnons d’échappée, dans un style si caractéristique qu’il n’a jamais perdu, mais avec une efficacité retrouvée. Debout-assis, assis-debout, il multiplie les relances, grimpe par saccades et s’envole vers le sommet, seul face à la pente.

La déception terrible de Thibaut Pinot, désamparé. Il a été rattrapé dans le dernier kilomètre de la quatrième étape… mais ce n’est que partie remise ! (Icon sport – Pierre Teyssot)

Las, le temps de la résurrection n’est pas encore arrivé. Nerveusement, sentant le danger, il se retourne de plus en plus. Et à deux kilomètres de l’arrivée, il voit fondre sur lui Miguel Angel Lopez (Astana), sorti en contre. Sous la flamme rouge, le Colombien enterre les derniers espoirs du Français, obligé de se contenter d’une frustrante deuxième place. « Fait chier… fait chier, parce que ça m’aurait fait du bien, dans les dix derniers kilomètres j’ai pensé aux deux dernières années que j’ai passé… » bafoue-il devant les journalistes, des sanglots étouffés dans la voix et sans langue de bois, comme d’habitude.

Un énième coup de massue qui en aurait sonné plus d’un. Pas Thibaut. Fidèle à lui-même, c’est dans la violence de ses échecs qu’il construit la grandeur de ses victoires. Et dès le lendemain, lors de la cinquième et dernière étape, il repart à l’abordage, le couteau entre les dents et la hargne au fond du regard.

La rédemption d’un grand champion

Sous la pluie, dans le froid, l’ancien vainqueur du Tour de Lombardie est en mission : « J’avais beaucoup d’envie, je ne me suis posé aucune question, si j’avais bien récupéré, si j’avais mal aux jambes, c’était juste ‘’full gas’’. Je voulais tout donner et puis c’est tout. » Transcendé, rien ne l’arrête, pas même un rayon cassé et une chaîne qui saute au pied de l’ultime difficulté du jour, la terrible montée de Stronach.

La hargne se lit sur le visage de Thibaut Pinot : au forceps, il distance David de la Cruz. (Getty Images)

Dans les affreux pourcentages, il distance son dernier adversaire, David de la Cruz (Astana), dont il partage la compagnie depuis de nombreux kilomètres. L’Espagnol parvient cependant à revenir dans la descente, faisant craindre le pire. Mais cette fois, Thibaut ne flanche pas et, au bout d’un sprint rageur, il peut enfin lever le poing vers le ciel !  

Thibaut Pinot, un coureur à émotions

Plus qu’une revanche, c’est une véritable rédemption, tant attendue, tant désirée, « peut-être la victoire la plus importante de ma carrière », ose-t-il. Une victoire à la Pinot, qui, après nous avoir désespéré la veille, nous transporte au paradis quelques heures plus tard. « On est au-delà du sport, c’est quelqu’un qui parle à l’intime, qui parle à chacun, explique le journaliste Pierre Carey sur la chaîne l’Equipe. Il renvoie une part d’ombre, parfois de lumière. Ce qu’il a été capable de faire en deux jours, ce sont les deux faces d’une même montagne : pour gagner aujourd’hui, il fallait qu’il perde hier. Sa victoire a du relief parce qu’il a perdu hier […] on n’attend plus grand-chose de lui, qu’il gagne ou qu’il perde, on attend qu’il donne des émotions. »

Thibaut Pinot à l’attaque : vous ne verrez rien de plus beau aujourd’hui… (Getty Image)

Des émotions, il nous en a donné un paquet tout au long de ce Tour des Alpes, un modèle du genre en termes d’ascenseur émotionnel. Et c’est pour ça qu’on l’aime. Son retour au plus haut niveau ne peut être qu’une bonne nouvelle pour les fans de cyclisme. Rendez-vous est donc pris pour une nouvelle dose de frissons et de larmes -de joie, de préférence- sur les prochains Tour de Romandie et Tour de Suisse, deux courses par étapes très appréciées de Thibaut Pinot. Elles seront surtout l’occasion pour lui de peaufiner sa condition en vue du Tour de France, où, on le sait, il a aussi une belle revanche à prendre.


Alexis Kopp

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