Cyclisme – Ce qu’il faut retenir du Tour de Romandie

Le Tour de Romandie s’est achevé aujourd’hui avec la victoire éclatante d’Aleksandr Vlasov (Bora-Hansgrohe), qui a renversé totalement la course en faisant coup double : victoire d’étape et classement général ! Retour sur cette semaine de course en Suisse romande, marquée par quelques surprises… et un peu de déception aussi !


L’une des images de ce Tour de Romandie : Aleksandr Vlasov (à gauche) fête la victoire de son équipier Sergio Higuita sur la quatrième étape (Sirotti).

Aleksandr Vlasov sur un nuage

Très régulier depuis le début de la saison, Aleksandr Vlasov a confirmé sa grande forme cette semaine en s’affirmant toujours plus comme l’un des meilleurs coureurs de course par étapes. Déjà vainqueur du Tour de la Communauté de Valence en début d’année, celui qui a également terminé troisième de la Flèche Wallonne a signé quatre tops dix sur les six jours de courses que comptait ce Tour de Romandie. Grimpeur complet, le Russe a aussi fait parler son punch et sa pointe de vitesse pour rivaliser avec les meilleurs à Romont et à Echallens, avant de célébrer la victoire de son équipier Sergio Higuita au sommet de l’ascension de Zinal.

Le coup de pédale aérien, Aleksandr Vlasov a assomé la concurrence aujourd’hui. (AFP- Fabrice COFFRINI)

Pointé à seulement 18 secondes du leader Rohan Dennis ce matin, Vlasov a pris le départ du contre-la-montre final dans la peau du grand favori. Sur les 16 km que comptaient l’épreuve -dont 10 km d’un col à 8% de moyenne-, l’intéressé n’a pas déçu les pronostics : il a littéralement explosé la concurrence en pulvérisant les temps, déjà impressionnants, de Simon Geschke (Cofidis) et de Gino Mäder (Bahrain-Victorious), relégués à plus de trente secondes. Largement suffisant pour décrocher sa première victoire en World Tour, de bon augure pour son premier Tour de France en juillet prochain.

L’effondrement de Rohan Dennis

S’il y en a bien un en revanche qui a très mal digéré l’ultime contre-la-montre de ce Tour de Romandie, c’est Rohan Dennis. Rouleur de formation, l’Australien est d’ordinaire excellent dans l’exercice chronométré… sauf quand il faut prendre de la hauteur. Scotché au bitume, au supplice dès le pied de la montée, le maillot jaune a complètement craqué, achevant son chemin de croix à 2’12’’ de Vlasov. Il chute même de la première à la huitième place du classement général !

Rohan Dennis, bien escorté par ses équipiers (Jumbo-Visma).

Impressionnant de puissance dans le final le premier jour, Dennis avait pris les commandes du classement général suite à la chute du leader Ethan Hayter. Son équipe Jumbo-Visma s’est alors mise à son service, plutôt que de favoriser les chances de Steven Kruisjwijk. Un calcul malheureux, puisque Dennis affichait déjà hier d’inquiétants signes de lassitude : au sommet du Zinal, il a laissé une cassure de trois secondes dans le sprint du groupe des favoris. Révélateur. La sanction est finalement tombée 24 h plus tard, confirmant l’incapacité qu’a toujours eu l’ancien recordman de l’heure à se muer en un coureur de courses par étapes.

Dylan Teuns au plus haut niveau

Dans son effondrement, Rohan Dennis a donc tout perdu cet après-midi, puisqu’il n’a même pas la satisfaction de repartir de Romandie avec une victoire d’étape dans la besace. La faute à un certain Dylan Teuns, décidément très en vue, coupable de l’avoir coiffé au poteau dans la dernière ligne droite de la première étape ! Puncheur d’exception, Dylan Teuns a démontré ce jour-là toute sa capacité à gérer son effort pour revenir progressivement sur Dennis, sorti très fort du peloton sous la flamme rouge, avant de le sauter sur la ligne.

Première étape : Dylan Teuns s’apprête à manger Rohan Dennis dans les derniers mètres… (Laurent Gillieront)

Une gestion parfaite qui avait déjà permis au Belge de dompter le Mur de Huy lors de la dernière Flèche Wallonne, au nez et à la barbe des spécialistes maisons Alejandro Valverde et Julian Alaphilippe. Avec cette nouvelle victoire acquise à l’issue d’une saison des classiques remarquable, Teuns peut maintenant se reposer l’esprit tranquille en attendant le prochain Tour de France.  

Un parcours décevant et frustrant…

Sur la grande boucle, il devrait croiser la route de Thibaut Pinot (Groupama-FDJ). Après avoir perdu beaucoup de temps lors de la première étape, bloqué par une chute massive au cœur du peloton, le Franc-comtois s’est encore rassuré sur ce Tour de Romandie en terminant cinquième de l’étape de montagne et surtout sixième du difficile contre-la-montre. Petit à petit, Pinot revient à son meilleur niveau.

Un motif de satisfaction qui n’efface pas complètement une certaine frustration vis-à-vis du parcours proposé cette année par les organisateurs, comme il l’a expliqué hier aux journalistes d’Eurosport après l’arrivée : « Le parcours est un peu frustrant entre trois sprints, deux chronos et une étape pas trop au sommet. J’avais les bonnes jambes mais on ne pouvait pas faire grand-chose… ».

Thibaut Pinot, un peu frustré par le parcours malgré ses bonnes sensations ! (Getty Images)

Difficile de lui donner tort. Cette année, le parcours n’a pas favorisé une course de mouvement très spectaculaire avec trois premières étapes en ligne insuffisamment corsée pour éviter un sprint du peloton, même en petit comité. Surtout, malgré 4000m de dénivelé au programme lors de l’étape reine, l’arrivée au sommet s’est achevée par un sprint entre des favoris qui n’ont pas trouvé des pentes assez raides pour créer de vraies différences. Le vent défavorable a achevé de décourager les plus ambitieux, condamnant même l’offensive d’Einer Rubio (Movistar), le seul à avoir osé de loin.

Enfin, même si chaque année le Tour de Romandie propose ce schéma (deux chronos pour ouvrir et clôturer la compétition), on peut s’interroger sur la pertinence de placer un contre-la-montre aussi difficile le dernier jour : cette course de côte créée des écarts immenses, ce qui n’incitent pas spécialement les favoris à passer à l’offensive les jours précédents pour grappiller quelques malheureuses secondes… Positionner un tel chrono au milieu de la semaine aurait été bien plus intéressant pour le spectacle, puisque les protagonistes retardés auraient été contraints de passer à l’offensive pour effacer leur débours.

… mais pas selon les organisateurs !

Au micro de la chaîne L’Equipe, le directeur du Tour de Romandie Richard Chassot a répondu à ces critiques exprimées par une partie des coureurs et des suiveurs. Selon lui, « les coureurs disposent et l’organisateur propose » : « soit ils (les coureurs) sont vraiment trop forts, soit je ne suis plus capable de faire des parcours, mais 4000m de dénivelés avec une arrivée finale qui fait plus de 25 bornes d’ascension, je pense qu’il y avait la place pour attaquer. […] Donc j’ai envie de leur répondre que peut-être qu’il fallait être un peu plus offensif pour chercher cette victoire, parce qu’il y avait quand même quelques rampes à 10-12% qui le permettait, même s’il fallait relancer avec du grand plateau derrière ».

Gino Mäder et Simon Geschke, la surprise du chef !

Ce parcours a en tout cas fait la joie de certains coureurs, et pas toujours les plus attendus. Si le jeune prometteur Ethan Hayter (Ineos-Grenadiers) a confirmé tout le bien qu’on pensait de lui en remportant d’abord le prologue avant de faire parler son sprint sur la deuxième étape, qui aurait parié sur Gino Mäder et surtout sur Simon Geschke pour finir respectivement deuxième et troisième du classement général final ?

Silence, ça pousse ! Le jeune Ethan Hayter continue de monter en puissance ! (AFP)

Pur grimpeur, le Suisse monte en puissance depuis son arrivée chez Bahrain-Victorious l’an passé (une victoire sur le Tour de Suisse et le Giro, cinquième de la Vuelta), au point de distancer certains des meilleurs escaladeurs du peloton dans le dernier chrono. Juan Ayuso (UAE Team Emirates) et Rohan Dennis ont fait les frais de cette remontée en chutant du podium, puisque la troisième place revient à l’épatant Simon Geschke. Le vainqueur de Pra-Loup en 2015 sur le Tour de France signe là son meilleur résultat sur une course par étapes, grâce à un contre-la-montre de folie achevée à seulement 31 secondes de l’intouchable Vlasov !

Surprenante, sa performance extraordinaire aura au moins eu le mérite de bouleverser les pronostics de ce Tour de Romandie au déroulement trop linéaire pour être véritablement intéressant.  

Le podium de ce Tour de Romandie : de gauche à droite, Gino Mäder, Aleksandr Vlasov et Simon Geschke. (AFP)

Alexis Kopp

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