Giro d’Italia : La bande à Nono fait des ravages !

Hier, à Scaela, Arnaud Démare a remporté sa deuxième victoire d’étape consécutive sur le Giro d’Italia 2022, devançant de quelques millimètres Caleb Ewan (Lotto-Soudal). Pourtant, sa victoire ne doit rien au hasard et est avant tout le fruit d’un immense travail collectif. Focus sur « la bande à Nono », facteur clé dans la réussite retrouvée du sprinter français.

Arnaud Démare doit ses succès à ses jambes bien sûr… mais aussi à celles de ses équipiers ! (D.R. Courrier Picard)

Un long travail préparatoire

Sur ce Giro 2022, c’est tout pour Arnaud Démare au sein de l’équipe Groupama-FDJ : à l’exception d’Attila Valter, électron libre en montagne, l’ensemble de l’effectif fait partie intégrante du « pôle sprint » chargé de préparer au mieux le terrain pour le sprinter maison. En résumé, le « train » bleu-blanc-rouge doit mettre sur les rails la locomotive Démare, pour que celui-ci puisse sprinter dans les meilleures conditions possibles et arracher la victoire.

Un exercice qui exige une rigueur quasi scientifique : dans le train, chaque wagon est assigné à un rôle, à une tâche bien précise, planifiée au cours des multiples simulations effectuées en stage et à l’entraînement. Encore faut-il ne pas dérailler en course, comme cela a pu se produire à de nombreuses reprises l’an passé et en début de saison. Mais hier, entre Palmi et Scaela, la partition a été récitée sans fausses notes. Analyse.

Clément Davy, le roule toujours

Disputée sur un rythme de sénateur (les coureurs ont mis 5h02’33’’ à couvrir les 192,4 km de course, soit 38,76 km/h de moyenne), la sixième étape du Giro a pu paraître interminable aux yeux de certains suiveurs. Alors imaginez ce que ça a dû être pour Clément Davy, qui a roulé en tête du peloton durant plus de 3 h !

Clément Davy a roulé de nombreux kilomètres en tête de peloton, hier. (Getty Images)

« Physiquement, ce n’était évidemment pas la même chose que les deux derniers jours, explique-t-il sur le site de son équipe, mais on en avait tous besoin dans le peloton. Mentalement, en revanche, c’était long ». Jusqu’au panneau des dix derniers kilomètres, le rouleur français a parfaitement rempli sa tâche, au point d’achever la journée en dernière position, rincé : contrôler le peloton avec les autres formations de sprinter pour neutraliser les échappées (Diego Rosa a été repris à 28km du but) et assurer le positionnement de son équipe en première partie de paquet.

A 23 ans, le Mayennais découvre les grands tours et occupe pour l’instant le rôle ingrat de « tueur d’échappée » dans le train d’Arnaud Démare. Spécialiste du contre-la-montre dans ses jeunes années et ancien champion de France de poursuite par équipes sur la piste, Davy a de la caisse et de l’endurance, des qualités qui devraient lui permettre de monter en grade dans les années à venir.

Ignatias Konovalovas, le guide

Grand rouleur, autrefois vainqueur d’un contre-la-montre final du Giro, le champion de Lituanie Ignatias Konovalovas a la charge de prendre le relais de Tobias Ludvigsson, afin de garder en bonne condition Arnaud Démare, lui-même dans la roue de Jacopo Guarnieri, Ramon Sinkeldam et Miles Scotson. « Kono » n’a donc pas pour mission de lancer le sprint mais de faire en sorte que la Groupama-FDJ se maintienne en tête de groupe sans se faire déborder par les autres trains dans le final.

Démare et Konovalovas se congratulent après l’arrivée. (Getty Images)

Et pour cela, il faut rouler vite et longtemps : au meilleur de sa forme, il est capable de le faire jusqu’aux deux derniers kilomètres. Hier, il s’est écarté précisément à 2,4 km de la ligne d’arrivée après avoir parfaitement remontée et maintenu son équipe sur le côté gauche de la route. Il a notamment réussi à le faire à la sortie d’un rond-point stratégique situé à 3,5km de l’arrivée. Au moment de faire un signe du coude pour annoncer qu’il passe son relais, la Groupama-FDJ est en parfaite position.

Miles Scotson, le poursuiteur

C’est au tour de Miles Scotson d’entrer en action : au moment de reprendre le manche, l’Australien se fait d’abord un peu déborder par l’équipe Israël Premier Tech de Giacomo Nizzolo. Mais au prix d’un bel effort et de quelques coups d’épaules, il parvient à repositionner le train Groupama-FDJ en tête sur le côté gauche, le long du trottoir, ce qui limite les chances de se faire remonter.

Pistard émérite, spécialiste de la poursuite et de l’omnium, l’ancien champion du monde de poursuite par équipe doit prendre de la vitesse pour commencer à lancer le sprint sous la flamme rouge. Mission accomplie hier : lorsqu’il s’écarte à 1km de l’arrivée, Scotson ouvre la porte à Ramon Sinkeldam, propulsé en tête de peloton.

Ramon Sinkeldam, le déménageur

En début de saison, lorsqu’Arnaud Démare et son train naviguaient dans le doute, incapables de renouer avec les honneurs, il y en a un qui n’a jamais trop failli : Ramon Sinkeldam. Le Néerlandais, ancien pensionnaire de la formation Giant-Alpecin (aujourd’hui Team DSM), a l’expérience, la force et les épaules nécessaires pour remplir à la perfection son rôle d’avant-dernier lanceur.

Depuis 2018, Ramon Sinkeldam et Jacopo Guarnieri sont les deux derniers étages de la fusée Groupama-FDJ. (D.R.)

Déjà impérial lors de la cinquième étape, -lors de laquelle il a dû enfiler le costume de poisson pilote pour pallier l’absence de Jacopo Guarnieri- Sinkeldam a une nouvelle fois parfaitement joué son rôle jusqu’aux 400 derniers mètres dans la dernière ligne droite de Scaela. Puissant, il est parvenu à prendre la tête de la meute lancée à toute allure, dégageant ainsi son sprinter du trafic. Le Batave, capable de monter dans les tours et de jouer des coudes comme personne, a su positionner idéalement Jacopo Guarnieri et Arnaud Démare en vue du sprint massif.

Jacopo Guarnieri, le poisson pilote

L’expérimenté italien de 34 ans a la lourde responsabilité de lancer sur orbite Arnaud Démare. Après un hiver compliqué au cours duquel il n’a pas pu s’entraîner correctement, Guarnieri a souvent été à la peine en début de saison, donnant parfois l’impression de plomber l’effort de son sprinter, en perte de vitesse et donc débordé. Hier, ça n’a pas été le cas.

Certes, le poisson-pilote s’est fait dépasser sur sa droite par le maître incontesté de l’exercice, son adversaire Michael Morkov (Quick-Step Alpha Vinyl), l’ange gardien de Mark Cavendish. Mais, à l’amorce de l’emballage final, il est parvenu à maintenir Démare dans les premières positions, dans le sillage du duo de la Quick-Step Alpha Vinyl.

Une victoire au millimètre, qui s’est jouée à la photo finish !

Et ce au lendemain d’une journée difficile, achevée au sein du Gruppetto. « Personnellement, c’était aussi très spécial car j’ai vécu une journée douce-amère hier (lors de la 5ème étape ndlr), a-t-il confié après la deuxième victoire de son leader. J’étais super heureux pour les mecs, pour Arnaud, pour Ramon, mais j’étais déçu de moi-même. J’ai un orgueil plutôt marqué et je voulais réagir aujourd’hui (hier). On avait beaucoup de confiance, le train était encore hyper fort et je suis super content d’avoir pu y participer […] c’était juste parfait et on peut donc être très satisfaits ».

Arnaud Démare, la dolce vita

Bien sûr, après un tel travail collectif, encore faut-il que le sprinter récompense son équipe en décrochant la victoire ! Arnaud Démare est parvenu à le faire deux fois consécutivement. Preuve qu’il a retrouvé ses jambes et, surtout, sa confiance !

Hier, le Français, parfois injustement critiqué, a définitivement balayé ses démons en réglant de justesse ses deux plus gros rivaux, Caleb Ewan et Mark Cavendish. Extatique, le leader du maillot cyclamen raconte son sprint victorieux, le septième de sa carrière sur un Giro : « Morkov et Cavendish sont remontés à notre hauteur à 500 mètres, j’ai senti que j’avais un temps de retard mais j’ai patienté un peu dans la roue de Jacopo. Je savais que Cavendish allait garder la porte fermée sur la gauche. Il fallait donc que je sprinte sur la droite, et j’ai finalement fait un sprint de 100 mètres à peine ».

Le jeté de vélo, ça se travail ! (Getty Images)

Intuition payante, puisque le vent de face avantageait les sprints courts et les retours de l’arrière. Résultat, Cavendish s’est écrasé et Démare, sorti de sa boîte au dernier moment, est parvenu à sauter en puissance Caleb Ewan… mais tout s’est joué au lancé de vélo ! « Ça peut sembler bizarre mais quand je m’entraîne derrière le scooter avec mon père, ou quand je fais des sprints avec mes cousins, je lance le vélo, c’est un réflexe, explique-t-il aux journalistes de l’Equipe. C’est un geste que je bosse souvent, sans m’en rendre compte. C’est déjà grâce à ça que j’avais gagné ma première étape sur le Giro il y a deux ans. »

Non, décidément, la deuxième victoire d’étape d’Arnaud Démare ne doit rien au hasard !

La joie partagée de Démare et de son train après sa deuxième victoire sur ce Giro ! (Getty Images)

Alexis Kopp

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