Roland Garros, Philippe Chatrier, Suzanne Lenglen, Simonne Mathieu : Qui étaient-ils ?

Garros, Chatrier, Lenglen, Mathieu… En suivant le Grand Chelem parisien, vous avez dû entendre ces noms une bonne centaine de fois. Mais qui étaient ces personnalités à la fois si iconiques et méconnues ?

Philippe Chatrier, Suzanne Lenglen et Simone Mathieur
Philippe Chatrier, Suzanne Lenglen et Simonne Mathieu, trois époques pour trois icônes.

Philippe Chatrier

Philippe Chatrier n’était pas qu’un bon joueur de tennis Français. Il avait plusieurs cordes à son arc. Né le 2 février 1928, il fait partie des acteurs incontournables du tennis qui ont rendu ce sport aussi populaire. Champion de France juniors en 1945, il a atteint le sixième rang national en 1952 grâce, entre autres, à ses participations aux tournois du Grand Chelem et aux Coupes Davis. Toutefois, ses plus grandes réalisations ont été faites à postériori.

Chatrier a mis un terme à sa carrière de sportif après le tournoi de Wimbledon 1953 pour se reconvertir dans le journalisme et créer son premier titre de presse « Tennis de France » cette même année. Mais ce n’était pas suffisant pour lui. Philippe Chatrier se devait de s’investir davantage dans le monde du tennis, si bien qu’après avoir entraîné l’équipe de France en 1968, il est devenu vice-président de la Fédération Française de Tennis. Petit à petit, il a gravi les échelons jusqu’à prendre la tête de la Fédération Internationale en 1977.

Au fil des années, Philippe Chatrier est devenu un acteur majeur du tennis mondial. Il a contribué à réconcilier le tennis professionnel avec le tennis amateur et a popularisé la discipline. Sous sa présidence, la Fédération a multiplié par six le nombre de licenciés. Elle en comptait alors plus d’un million. Parallèlement, Chatrier a milité pour le retour de la petite balle jaune au programme olympique. Ses démarches ont été couronnées de succès, puisque le tennis est réapparu aux Jeux Olympiques dès 1988.

Hélas, Philippe Chatrier souffrait de la maladie d’Alzheimer, ce pourquoi les dernières années de sa vie n’ont pas été les plus simples (une fondation de lutte contre cette maladie a d’ailleurs été créée en son nom). Un an après son décès en 2000, le court central de Roland-Garros a été rebaptisé en l’honneur de celui qui s’est battu tout au long de sa vie pour faire du tennis l’un des sports les plus appréciés à ce jour.

Philippe Chatrier est à l’origine de la « Coupe des Mousquetaires », dont la première a été soulevée en 1981 par Björn Borg, ici à gauche. ©Getty Images

Suzanne Lenglen

Surnommée « La Divine », Suzanne Lenglen est la joueuse de tennis française la plus titrée de l’histoire. Sportive dès son plus jeune âge, elle s’est essayée à différentes disciplines avant de trouver celle qui la transformerait en star internationale. Pour vous donner un ordre d’idées, elle a remporté 81 titres en simples, dont douze tournois du Grand Chelem, deux médailles d’or olympiques et détient le record de la plus longue série de victoires avec 181 adversaires vaincus à la suite. Histoire d’en rajouter une couche, elle a gagné 341 matchs au cours de sa carrière. Sur un total de 348 disputés. Elle a donc un taux de victoire de 98%.

Sur le court, Lenglen était de nature anxieuse, bien que son jeu fut l’un des plus constants et précis. L’année la plus marquante de sa carrière est sans conteste 1926. Si elle a signé cette année-là un nouveau record de temps, elle a également mis un terme à sa carrière amateur après un scandale à Wimbledon. La tenniswoman Mary Brown n’a passé que peu de temps sur le court des Internationaux de France. La faute à Suzanne Lenglen. En effet, la Parisienne a expédié sa rivale américaine en seulement vingt-sept minutes de jeu (6-1, 6-0).

Un peu plus tard dans l’année, Lenglen est apparue sur le court de Wimbledon. Si elle a connu un début de parcours satisfaisant, c’est bel et bien une absence qui a provoqué sa chute. La santé de la Française étant relativement fragile, Suzanne Lenglen a refusé de jouer deux matchs à la suite après un changement de programme soudain. Seulement, il y avait dans le public une personne à ne pas froisser : la Reine d’Angleterre, fervente supportrice de la joueuse. Décontenancée, la Parisienne a tout fait pour présenter ses excuses à Sa Majesté, mais l’estime que lui portait le public anglais en a pris un coup et « La Divine » a quitté le circuit amateur.

Au fil des ans et des victoires, la notoriété de Suzanne Lenglen n’a cessé de croître, si bien qu’elle côtoyait régulièrement des personnalités de divers milieux, de la royauté au cinéma en passant par des athlètes et des intellectuels de tous horizons. En 1936, l’athlète a monté sa propre école de tennis et a investi toutes ces forces dans ce projet afin qu’il réussisse et finisse par être reconnue par le FFT. Hélas, une leucémie foudroyante révélée en 1938 a emporté « La Divine » à seulement 39 ans.

Suzanne Lenglen, photo prise entre 1920 et 1925.

Simonne Mathieu

Simonne Mathieu était connue à l’époque pour son très fort caractère. Et oui, même dans les années 20 on râlait après le filet. Ses propos ont d’ailleurs « choqué » les spectateurs plus d’une fois. Benoît Paire et Nick Kyrgios ne sont que de petits joueurs comparés à la téméraire Simonne Mathieu. Car en plus d’être une joueuse exceptionnelle, elle gérait sa maternité en même temps que sa carrière et était à la tête d’un corps d’armée féminin durant la Seconde Guerre Mondiale.

Simonne Emma Henriette Passemard a entamé sa carrière professionnelle peu avant 1926 et s’est très vite fait remarquer grâce à un jeu relativement puissant. Elle a remporté le championnat de France juniors cette année, premier titre d’une longue série. La native de Neuilly-sur-Seine est deuxième au classement des Françaises les plus titrées, juste derrière Suzanne Lenglen. Au cours de sa carrière, Simonne Mathieu a remporté pas moins de treize titres en Grand Chelem : dix à Roland-Garros (2 en simples, 6 en doubles, 2 en doubles mixtes) et trois à Wimbledon (en doubles). Épatante.

Le secret de sa réussite ? Le cognac. La joueuse l’utilisait comme remontant pendant ses matchs !

Mathieu était également une combattante dévouée à son pays. Dès l’éclatement de la Seconde Guerre Mondiale, elle a mis sa carrière d’athlète de côté et s’est engagée dans la Women’s Royal Voluntary Service afin d’aider un maximum de gens en Grande-Bretagne. Attention mesdames et messieurs, révision de vos cours d’histoire en vue. Au cours du mois de septembre 1940, elle se voit confier par l’amiral Muselier la création d’un corps d’armée féminin dont elle serait à la tête. Elle créa donc le Corps des Volontaires françaises et s’occupa elle-même de l’entraînement.

Simonne Mathieu est apparue à de nombreuses reprises aux côtés du Général De Gaulle, que ce soit à Alger en 1943 ou lors de la Libération de Paris le 26 août 1944. Elle est alors Capitaine. La joueuse et militaire est déjà apparue en uniforme pour arbitrer un match de tennis, opposant Henri Cochet à Yvon Pétra.

« Même ce damné filet est anglais ! »

Simonne Mathieu
Vous aurez sûrement reconnu le Général De Gaulle sur la gauche de cette photo, prise le 12 novembre 1942 à Londres.Simonne Mathieu recevait de ses mains La Croix de la Libération. ©CENTRAL / AFP

D’ailleurs, savez-vous qui était Roland Garros ?

Roland Garros était tout sauf un tennisman. Sportif accompli et aviateur, il s’est illustré lors de la Première Guerre Mondiale. Enfant, Roland Garros a pratiqué différents sports, tels que le rugby ou le cyclisme, jusqu’à ce qu’un pneumonie ne vienne refroidir ses ardeurs. Quelques années plus tard, le natif de la Réunion s’est orienté vers des études de commerce. Diplômé de HEC, il a ouvert sa propre concession automobile dans la ville Lumière.

C’est en 1909 que la vie de Roland Garros a basculé. Invité à un meeting aérien, il a eu un véritable coup de foudre pour les avions. Seulement voilà, apprendre à piloter de manière classique lui aurait pris trop de temps. En autodidacte, il décida d’apprendre seul à manier ces grandes et complexes machines avant de passer son brevet. Dès lors, il enchaîne les divers meetings et démonstrations dans les airs.

C’était encore trop simple pour le pilote, qui s’est alors mis en tête de réaliser un pari fou : traverser la Méditerranée en avion. Sauf qu’en 1913, personne n’avait accompli un tel exploit. Le 23 septembre, Roland Garros a embarqué avec 200 litres d’essence et 60 d’huile de ricin. Après deux pannes et huit heures de vol, il a finalement atteint la Tunisie avec seulement cinq litres dans son réservoir.

Un an plus tard, la Seconde Guerre Mondiale éclatait. Jugeant l’armement des aéronefs bien trop futile, il a usé de son génie et offert à l’armée le tout premier chasseur monoplace équipé d’une mitrailleuse. Hélas, il a été fait prisonnier en 1915 et son invention est tombé aux mains de ses ennemis. Si Roland Garros s’est échappé après trois ans de captivité, il a écouté son courage et est retourné au combat malgré une myopie naissance. Roland Garros décéda le 5 octobre 1918 sous le feu ennemi, son avion abattu au-dessus des Ardennes après un quatrième duel remporté dans les airs.

Il a fallu attendre dix ans après sa disparition pour voir son nom apparaître Porte d’Auteuil. C’est l’un de ses plus proches amis de l’École de Commerce, Émile Lesueur (alors dirigeant du Stade Français) qui en a fait la demande. Si le tournoi des Internationaux de France a pris le nom d’Open « Vanaos de France » en 1972 (marque de cosmétiques sponsor du tournoi), il a vite repris le nom de l’aviateur au courage légendaire.

Roland Garros devant son premier avion. Il a appris à le piloter seul avant de passer son brevet de pilote. ©Roland-Garros

La finale du tournoi de Roland-Garros se tiendra sur le court Philippe Chatrier le dimanche 5 juin. En attendant, on vous propose un suivi du Grand Chelem étape par étape !

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