Billet d’Humeur : Quand les classements « All-Time » gâchent le plaisir du sport.

En sortie de Finales NBA et du sacre des Golden State Warriors, presque toute la planète NBA ne parlait que de l’évènement, dans le mauvais sens. Très peu d’analyses du jeu, beaucoup trop de discussions autour de telle ou telle personne dans les classements all-time. Cette tendance se multiplie dans le monde du sport, jusqu’à en gâcher le plaisir. Explications.

Un débat de plus en plus présent

C’est une tendance qui se vérifie au fil des saisons, les performances sportives donnent lieu de plus en plus à des débats du la place d’un tel ou d’un autre dans l’histoire de son sport. Et comme on le sait dans ce genre de discussion, l’objectivité a rarement sa place dans les débats. D’aussi loin que nous puissions nous souvenir, cette tendance est apparue dans les années 2010, et ce dans plusieurs sports.

Comment ne pas citer les débats interminables dans le tennis pour savoir qui est le meilleur de tous les temps entre Federer, Nadal et Djokovic, dans le basket-ball entre LeBron James et Michael Jordan, ou alors dans le football avec l’éternelle guerre qui oppose les fans de Lionel Messi et de Cristiano Ronaldo. Au-delà de vouloir déterminer qui est le meilleur, les comparaisons entre joueurs, entre époques, ne cessent de voir le jour, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les médias.

Dans le domaine des débats du GOAT, Messi et Ronaldo occupent une bonne partie des discussions (Crédits : Getty Images)

Et c’est justement au sein de ces médias que les discussions sur les classements « all-time » prennent le pas sur l’analyse sportive, ou tout simplement sur notre capacité à apprécier une performance exceptionnel. Si nous prenons l’exemple du football, lorsqu’un joueur va faire un grand match, les échanges entre intervenants vont directement se centrer sur les courses au trophées, sur la place du joueur dans l’histoire de son sport, ou de son pays… Le cas de Karim Benzema résume bien cette tendance, en parlant plus de la course au Ballon d’Or que du fond.

Lors des dernières finales NBA cette tendance a atteint son paroxysme après le sacre des Warriors. Un quatrième titre pour la bande à Stephen Curry, et immédiatement les discussions concernant une possible entrée dans un top 10 all-time ou sa place dans la hiérarchie des meneurs ont vu le jour. Plutôt que de profiter des performances d’un joueur générationnel, au sommet de son art, la sphère NBA a préféré entrer dans des longs débats sur des sujets futiles. Et ce constat vaut pour Steve Kerr, pour les joueurs comme Draymond Green, Klay Thompson.. Mais ces débats sont-ils pertinents?

Une discussion vraiment pertinente?

Parce que tout débat est bon à prendre dans le monde du sport, il ne faut pas pour autant créer des discussions futiles. Et c’est ce qui semble être le cas ici. Si la comparaison semble être un élément central du sport pour jauger la performance d’un sportif, les tentatives de placements dans un pseudo classement all-time ne paraissent pas être des plus judicieuses, bien au contraire.

Comment, dans n’importe quel sport, pouvons nous statuer sur la supériorité de tel ou tel sportif sur un autre qui a pratiqué le même sport 30 ans auparavant ? Il est tout bonnement impossible de mette sur un pied d’égalité les performances, puisque bien souvent le sport n’était pas du tout le même. Les progrès technologiques, médicaux, matériels, tout est fait pour améliorer la performance et le bien-être des sportifs mais c’est aussi ce qui empêche de comparer de manière objective les sportifs d’époques différentes.

Prenons le basket-ball, et plus précisément la NBA. Avec toutes les expansions au fil des décennies, les changements de règles, il parait impossible de mettre sur un même niveau Stephen Curry et Bob Cousy, iconique meneur des Boston Celtics dans les années 60. Pas tant sur un plan technique, mais ce n’était tout simplement pas le même sport, les mêmes conditions. Idem en ce qui concerne le football, Pelé a longtemps été considéré comme le meilleur de tous les temps, mais de plus en plus les archives vidéos font douter les observateurs du football en ce qui concerne le niveau de compétition proposé par les adversaires. Mais les terrains n’étaient pas les mêmes, les ballons non plus, impossible donc de dénigrer une époque au profit d’une autre, ce sont des sports différents. Et le constat peut s’appliquer à tous les sports.

Génie de son époque, Bob Cousy tiendrait-il le rythme de la NBA actuelle? On se saura jamais.

Surtout lorsqu’on parle de sports collectifs en plus des différences d’époques, de conditions, les coéquipiers sont aussi à prendre en compte. Mettre en avant des individualités dans des sports collectifs sonne déjà comme une anomalie, mais alors comment prendre en compte l’aide apportée par les coéquipiers? Les variables sont bien trop imprévisibles et nombreuses pour pouvoir décemment effectuer une comparaison historique.

Il serait donc judicieux de parler de top joueurs sur une certaines période, mais pas de les mettre dans le même sac. Profiter de l’histoire du sport et en apprécier l’évolution, sans pour autant tomber dans une sorte de jeunisme ou d’un « c’était mieux avant », voilà ce que tout fan de sport devrait faire. Les débats à base d’extrapolations (toujours positive soit dit en passant, qui nous dit que Pelé en 2022 ce n’est pas qu’un joueur de Régionale 3?) ne servent à pas grand chose, on ne pourra jamais savoir ce qu’un joueur aurait fait dans les années 70, tout comme on ne sait ce qu’un joueur des années 80 aurait fait en 2022. Laissons cette imagination aux simples suiveurs, et continuons de profiter du sport, passé ou présent, pour appréhender de la meilleure des manières le futur.

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