OM : Que peut apporter Igor Tudor dans le jeu ?

C’était la bombe d’hier dans la sphère du football français, Jorge Sampaoli et l’Olympique de Marseille mettaient fin à leur collaboration après seulement deux saisons. Beaucoup de bruits ont couru depuis et c’est Igor Tudor, ancien entraineur de l’Hellas Verone qui semble tenir la corde mais que peut-il apporter ? Eléments d’analyse.

Qui est-il?

L’homme vraisemblablement choisi par Pablo Longoria pour succéder à Jorge Sampaoli est entouré de mystère pour la plupart des supporters de l’OM. En effet l’entraineur de 44 ans possède peu de grands faits d’armes dans sa carrière sur les bancs de touche et n’a pas non plus été un grand joueur. Un joueur correct qui a notamment joué 170 matchs pour la Juventus Turin entre 1999 et 2007, il était le genre de joueur à avoir dans une équipe en tant que soldat et possède donc une certaine expérience du haut niveau. Double champion d’Italie et même titulaire lors de la finale perdue de Ligue des Champions en 2003 avec la Vieille Dame, Tudor a même pris part à deux Coupe du Monde avec la Croatie, en 1998 et en 2006.

Igor Tudor sous le maillot de la Juventus (Crédits: Imago images)

Sa carrière d’entraineur commence par un poste dans le staff de l’équipe nationale croate, avant d’enchainer les postes dans des clubs. Tudor voyagea beaucoup (Croatie, Grèce, Turquie, Italie) et a toujours fait preuve de caractère partout où il est passé, comme son passage à la Juve l’a montré. Au poste d’adjoint d’Andrea Pirlo lors de la saison 2020-2021, il s’était plaint de l’organisation du staff de Pirlo, critiques appuyées par les résultats loin d’être satisfaisants de la Juve à l’époque. Il déclara même lors de son départ :

C’est Pirlo qui m’a recruté. Il m’a offert le poste d’adjoint et j’ai accepté parce que c’était la Juve. Mais il a aussi pris d’autres personnes et nous a mis tous au même niveau. Ce n’était pas juste parce qu’au fond, moi je suis entraineur.

Igor Tudor

Un entraineur avec du caractère et de l’ambition donc, ce qui colle avec le personnage qu’était Jorge Sampaoli. Cependant malgré toutes ses expériences, ce n’est qu’à l’Hellas Vérone qu’il va considérablement naitre aux yeux des suiveurs du football.

Quelle est sa philosophie de jeu?

Tudor arriva la saison dernière à l’Hellas Vérone pour remplacer Di Francesco qui avait totalement raté sn début de saison (3 défaites en 3 matchs). Et alors que l’avenir du modeste club de Serie A faisait peur, le Croate a inversé la tendance pour finalement terminer à la neuvième place du classement contre toute attente avec la cinquième meilleure attaque (65 buts) et étant séduisant dans le jeu et jouant un rôle de trouble-fête avec les grosses écuries de Serie A.

Giovanni Simeone s’est regalé avec Tudor la saison dernière (Crédits : Getty images)

La philosophie de jeu de Tudor n’est pas si éloignée de celle de Sampaoli si on se penche sur ce qu’il a fait la saison dernière. Un jeu à base d’intensité, porté vers l’avant et ambitieux, tout ce qu’il faut pour prendre la continuité de l’argentin et mettre le groupe marseillais dans les meilleures dispositions. Avant de passer aux illustrations des ses préceptes en match, penchons nous sur ce que l’on sait de ses idées. Son approche tactique pourrait se résumer en un football très intense, physique et vertical. Il est souvent associé aux noms de Juric et de Gasperini pour les similitudes dans le jeu de leurs équipes.

Avec le ballon

Adepte lui aussi de système à 3 ou 4 défenseurs selon si l’équipe a le ballon ou non, encore un point sur lequel la continuité peut facilement se faire. Un système hybride qui fait la part belle aux joueurs et à leur mouvement, tout comme l’Argentin.

Lorsque son équipe a le ballon, Tudor s’appuie lui aussi sur un gardien présent dans la construction du jeu, profitant des qualités de relance au pied pour étirer les trois défenseurs centraux et ainsi créer de l’espace pour mieux construire. Cette construction par la défense permet aussi de pouvoir placer les milieux de terrains dans les meilleures dispositions afin de prendre les espaces libres. Voyez ensuite l’illustration de ces deux phases.

Repartir bas de la défense pour attirer l’adversaire et créer des espaces
Provoquer une situation de supériorité numérique au milieu de terrain avec des joueurs entre les lignes.

Cependant Tudor n’est pas un adepte de la possession de balle à outrance et préfère la verticalité pour apporter le danger. En créant de l’espace grâce au positionnement et au mouvement de ses joueurs, Tudor veut jouer très vite vers l’avant et profiter des qualités techniques de ses joueurs. Quelque chose d’intéressant lorsqu’on pense aux milieux de terrain marseillais et leur qualités. Lorsqu’on veut autant créer d’espaces et profiter de la verticalité, il faut aussi des joueurs qui ont le profil adéquat. De la prise de profondeur, des joueurs qui n’ont pas peur de redoubler les efforts et des joueurs capables d’éliminer en un contre un.

Les milieux de terrain sont souvent amenés par leur déplacement à ouvrir les espaces et ainsi permettre aux défenseurs de sauter une ligne et aller chercher les attaquants dans les espaces créés. Sur l’illustration qui suit, vous retrouverez un exemple de cette création d’espace par le mouvement, et la verticalité du jeu.

Alors que le défenseur a la balle, le déplacement de Veloso créé l’espace dans le dos des milieux
L’espace créé oblige l’équipe adverse à vouloir combler, mais le défenseur envoie rapidement un ballon pour la ligne d’attaque, ici composée de 4 joueurs.

Cette philosophie d’attaque directe (avec des longs ballons ou en passant par les milieux de terrain) permet aussi de jouer avec un attaquant de pointe dominant et du mouvement autour. La formation souvent utilisée (3-4-2-1) doit aussi montrer une activité incessante sur les cotés pour apporter le surnombre et jouer sur la prise d’espace grâce aux renversements de jeu. Lors des phases offensives le bloc remonte, la densité de joueurs présent augmente aussi ce qui permet de créer des décalages. Sur la situation suivante, cette volonté d’attaquer et de profiter des espaces grâce à une occupation de la largeur est bien visible.

Vérone attaque en nombre, Simeone occupe l’esprit des défenseurs mais les joueurs de coté (Caprari et surtout Faraoni dans cette situation) peuvent être servis pour s’engouffrer dans les espaces).

Sans le ballon

Tout comme en phase de possession du ballon, les préceptes de jeu de Tudor ne semble pas différer beaucoup de ceux de Sampaoli. Le technicien croate met en avant une volonté de pressing haut et de récupération rapide du ballon, tout comme son probable prédécesseur à l’OM. Les lignes de passes veulent être coupées et ce dès la relance du gardien pour étouffer le plus possible l’équipe adverse. L’Hellas Verone pouvait aussi présenter une tactique de marquage individuel, notamment au milieu de terrain. Un pressing haut qui accompagne l’équipe adverse avec un bloc mouvant latéralement, on retrouve beaucoup ces phases de jeu lors des matchs de Vérone.

Pressing haut sur la relance du gardien et Tameze au contact de Lopez
Un bloc placé haut pour étouffer l’équipe adverse et récupérer rapidement le ballon.

Cependant le pressing haut peut tout à fait exposer la défense dans ce genre de situation si l’équipe adverse arrive à se défaire de la pression, et le rôle des pistons est déterminant dans la stabilité de l’équipe. Alors qu’avec le ballon son équipe jouait avec 3 défenseurs, en phase de transition défensive les pistons peuvent reculer d’un cran pour ainsi former une défense à 5 capable de contenir les assauts adverses, ou à 4 si l’un des deux latéraux est impliqué dans le pressing.

Une attitude dans le jeu qui doit donc être associée à des joueurs polyvalents avec une bonne intelligence de jeu pour s’adapter au cours d’un match. Nul doute que l’OM possède des joueurs qui peuvent se fondre dans ce style de jeu, alors en quoi l’arrivée de Tudor peut faire progresser les joueurs de Marseille?

Comment en profite l’OM?

Le premier point qui nous vient à l’esprit, c’est cette continuité avec ce qu’avait pu mettre en place Sampaoli la saison dernière. Les idées sont similaires bien que Tudor semble faire preuve de plus de certitude dans son dispositif et dans la manière d’utiliser ses joueurs. De la haute intensité, un jeu dans les espaces ambitieux, c’est tout ce dont Marseille a besoin au vu de l’effectif en place.

Ensuite la manière de jouer colle parfaitement avec le profil de Milik. Pouvoir jouer dans un dispositif où l’attaquant de pointe est au centre de l’animation est idéal pour le Polonais. Avec sa bonne technique et son très bon jeu de corps, il pourra parfaitement s’adapter à un jeu comme celui prôné par Tudor, que ce soit à la réception de longs ballons ou dans les déviations. L’activité sur les cotés devrait aussi lui faciliter la tâche et lui permettre de se procurer des occasions de but à la réception des centres, tout en pouvant être associer à un Dimitri Payet qui serait exclusivement utilisé dans l’axe du terrain pour organiser le jeu.

Tudor arrive, Milik dans de meilleures dispositions? (Crédits: Getty Images)

Pour les milieux de terrain aussi cette philosophie de jeu semble coller. Guendouzi, Gerson, Gueye, Rongier en attendant des potentielles recrues, le jeu dans l’espace et les efforts ne font pas peur à ce genre de joueurs qui peuvent aussi briller balle au pied grâce à leur technique. Reste à savoir comme Tudor organisera son milieu avec autant de profils différents. La seule interrogation vient des joueurs de coté. Under, De la Fuente, Dieng, les profils sont très offensifs et s’ils sont alignés dans le 11 titulaire, il leur faudra aussi penser au travail défensif, mais la préparation estivale sera là pour inculquer ces préceptes semblables à Sampaoli, bien que différents dans l’utilisation des joueurs.

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