GP de France : Quel avenir pour ce Grand Prix chargé d’histoire ?

Parmi les plus anciens de l’histoire de la Formule 1, le Grand Prix de France affiche complet pour le jour de course. Pour autant, sa place au calendrier est plus en danger que jamais… De sa première édition aux dernières avancées, découvrez l’histoire peu commune de ce Grand Prix tricolore.

Max Verstappen, vainqueur du Grand Prix de France 2021
Max Verstappen, vainqueur du GP de France 2021. ©Getty Images

Une première édition avant-gardiste

Aux côtés des Grand Prix de Silverstone, de Monaco, de Belgique et d’Italie, le Grand Prix de France trône fièrement parmi les plus anciens. Inaugurée en 1906 sur le mythique Circuit Bugatti, cette course a été la première d’envergure nationale à porter le nom de « Grand Prix » (alors Grand Prix de l’ACF). Elle se courait alors sur une piste de plus de cent kilomètres de long sur laquelle les pilotes s’affrontaient pendant plus de douze heures.

Et c’est une écurie française qui remporta cette toute première édition. Avec l’Austro-Hongrois Ferenc Szisz au volant et M. Marteau en mécanicien embarqué, l’AK 90 HP de Renault a filé comme le vent, laissant ses concurrentes dans ses rétroviseurs. Mais au vu de l’aspect bien peu lucratif d’un tel événement, les organisateurs décidèrent de réduire le circuit de moitié, jusqu’à déplacer la course à Dieppe pour les deux éditions suivantes.

Sans cesse délocalisée, une année au Mans et la suivante à Amiens ou Lyon, cette épreuve a souvent vu s’affronter les Peugeot et les Mercedes dans les années 1910. Et oui, les Mercedes menaient déjà la danse à cette époque. Mais dans un contexte belliqueux, le Grand Prix a fait profil bas avant de réapparaître en 1921 au Mans avec la victoire de l’Américain Jimmy Murphy. Si les pilotes se disputaient la victoire sur des circuits routiers, souvent en ville, le premier circuit officiel en asphalte fit son apparition en 1925. Suivant les modèles anglo-saxons, la France se décida à construire une piste à Linas-Monthléry.


Des absences répétées

Après des années d’absence, Mercedes revient dans le paddock en 1934, alors que le circuit de Monthléry était alors devenu seul et unique hôte du GP de France. Les Flèches d’Argent ont très rapidement montré une aisance bien supérieure sur l’asphalte des circuits, sortant victorieuses à de multiples reprises. Mais en 1940, l’éclatement de la Seconde Guerre Mondiale provoqua de nouveau une disparition de cette épreuve, jusqu’en 1947 où elle revint sur la piste de Parilly avant de voir Juan Manuel Fangio s’imposer à Reims en 1950 et asseoir la domination d’Alfa Romeo.

Toujours dans sa lancée, le Grand Prix tricolore n’avait de cesse de changer de ville. À compter de 1973, l’épreuve a connu un semblant de stabilité jusqu’à ce que la fédération n’impose le choix d’un seul circuit par Grand Prix en 1985. Au Castellet les années paires et à Dijon les années impaires, le circuit a été le théâtre de luttes mythiques. Si Alain Prost s’y est imposé à six reprises, les victoires de Nigel Mansell et Nelson Piquet ont également marqué son histoire.


Dix ans d’absence

En 1991, la course fut une nouvelle fois délocalisée, cette fois à Magny-Cours. Et rares sont ceux qui sont parvenus à détrôner le seul et unique Michael Schumacher. En véritable roi du circuit, il a remporté par huit fois ce Grand Prix et reste à ce jour détenteur de ce record de victoires. C’est d’ailleurs sur ce circuit que l’Allemand a été sacré champion du monde en 2002, alors même qu’il restait six Grands Prix pour conclure la saison.

Seulement, le Grand Prix de France a connu quelques déboires à la fin des années 2000. Si certains le critiquaient en raison de l’emplacement du circuit, le promoteur de l’événement a décidé de rompre son contrat en 2008. Bien que le contrat liant le Grand Prix à la Formula One Management s’étendait jusqu’en 2009, la FFSA (promoteur) s’est déliée de ses engagements, annihilant tout espoir de reconduite pour l’année 2009.

Absent du calendrier pendant près de dix ans, le Grand Prix de France a fait son grand retour en 2018, sur le circuit qui avait accueilli l’événement quatorze fois entre 1971 et 1990 : le Paul Ricard. Si son contrat lui promettait une place au calendrier pendant cinq ans avec un budget de trente millions d’euros, l’échéance approche à grands pas et les organisateurs tentent le tout pour le tout afin de conserver cette étape au championnat du monde.

Michael Schumacher, vainqueur du GP de France et champion du monde à Magny-Cours en 2002. ©Motorsport Images

Un avenir des plus incertains

2022 marque la fin du contrat du GP de France avec le groupe Formula One. Malgré de bons chiffres sur les dernières années, le Castellet pourrait bien disparaître du calendrier. Et la volonté d’expansion des organisateurs n’arrange pas son cas. Si Stefano Domenicali a annoncé vouloir conserver 23 à 24 Grands Prix par saison, il a également montré sa volonté d’amener ou de ramener (Afrique du Sud) la Formule 1 dans d’autres régions du monde. En atteste l’apparition récente du Grand Prix d’Arabie saoudite, dont les deux dernières éditions ont fait couler beaucoup d’encre. Mais alors, quels éléments sont utilisés par les organisateurs pour convaincre la maison mère ?

D’un côté, le circuit du Castellet tente le tout pour le tout afin d’accueillir à nouveau cette étape du championnat et met en avant plusieurs atouts. Si le succès était au rendez-vous l’an passé avec 15 000 spectateurs par jour et un top 7 au classement des meilleurs GP sur Canal+, les organisateurs envisagent une augmentation de la capacité d’accueil du circuit, actuellement limitée à 65 000 personnes (la billetterie représente 80% des revenus globaux). Par ailleurs, les infrastructures du Paul Ricard ainsi que son accréditation trois étoiles répondent au cahier des charges de Formula One et deux tribunes spécifiques ont été créées à l’effigie de Pierre Gasly et Esteban Ocon.

De l’autre côté, Stefano Domenicali a récemment glissé l’idée d’un potentiel circuit à Nice. La ville serait-elle prête pour la construction d’un tel projet ? Les avis divergent à ce sujet. En effet, la construction d’un nouveau circuit urbain ne semble pas au goût de tout le monde, si bien qu’une pétition a déjà été lancée à son encontre dès l’annonce du Président de la F1 dans les colonnes de L’Équipe.

Si la place du Grand Prix de France au calendrier est en grand danger, il n’est pas le seul dans ce cas. Tout aussi historique, le Grand Prix de Belgique (Spa-Francorchamps) pourrait lui aussi faire les frais de la nouveauté voulue par les organisateurs. Si certains évoquent déjà une alternance des courses, la F1 cherche à s’implanter davantage dans les secteurs qui rapportent le plus, comme l’attestent l’inauguration du GP de Miami (3ème américain) et les nouveaux circuits installés au Moyen-Orient dont le montant de la rétribution défie toute concurrence.


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