Gilles Simon, la retraite d’un Mousquetaire

Avec 14 tournois remportés, Gilles Simon est l’un des tennismen français les plus titrés et s’apprête à quitter le circuit après 20 ans de carrière professionnelle. Parcours, vision du tennis français et anecdotes insolites, (re) découvrez ce Mousquetaire emblématique !

Gilles Simon
©Getty Images

Un physique atypique

Né le 27 décembre 1984 à Nice, Gilles Simon est aujourd’hui un Mousquetaire incontournable. Et pourtant, il a connu des débuts relativement difficiles.

Si le Niçois a tenu sa première raquette à l’âge de six ans, son gabarit particulier lui a donné du fil à retordre dès son plus jeune âge. De petite taille, il s’est fréquemment retrouvé désavantagé face à des adversaires plus grands ou plus puissants. Mais au lieu de se lamenter, Gilles Simon a cherché la parade la plus efficace pour transformer cette apparente faiblesse en un atout majeur.

Déterminé, il a très vite compris qu’une bonne analyse du jeu de son rival sur le court était l’une des clés de la réussite, jusqu’à devenir l’un des meilleurs stratèges du circuit quelques années plus tard. Néanmoins, son physique n’était pas son seul problème. Jugé trop peu doué sur le circuit junior par la Fédération Française de Tennis, Simon a dû attendre ses 19 ans avant de se voir attribuer un entraîneur.

Techniquement parlant, Gilles Simon est l’un des meilleurs stratèges du circuit. Ce n’est pas Patrick Mouratoglou qui dira le contraire. En effet, son physique particulier l’a contraint à se développer sur d’autres terrains. Tout comme Daniil Medvedev aujourd’hui, Simon sait très bien lire le jeu de ses adversaires, c’est d’ailleurs sa plus grande force sur le court.

Quant à son jeu, il se caractérise par trois éléments majeurs : son endurance, sa vitesse de course et sa défense en fond de court. S’il n’a pas peur des longs rallyes pendant les matchs, il vient généralement casser le rythme de ses adversaires en alternant des frappes douces et des frappes puissantes. Ce faisant, ses accélérations en revers long de ligne sont redoutables.

Gilles Simon en 2006. ©ATP

Une carrière entre blessures et coups d’éclats

Gilles Simon est entré sur le circuit professionnel en 2004 et a remporté sa toute première victoire au Challenger de Nouméa un an plus tard, titre qu’il a d’ailleurs conservé en 2006. Malgré quelques échecs en Masters ou en Grand Chelem, le Niçois n’a pas attendu bien longtemps avant de créer la surprise. Dès 2006, pour son premier Open d’Australie, Simon est parvenu à se hisser au troisième tour en sortant en hypotension de son duel de quatre heures face à Nicolas Massu avant d’évincer le n°23 mondial Tomas Berdych.

Ce faisant, il a intégré le top 100 pour la première fois de sa carrière et poursuivi son ascension jusqu’au top 50 grâce, entre autres, à sa victoire sur Gaston Claudio au Masters de Hambourg quelques mois plus tard. Mais ce n’est qu’un détail en comparaison de ses exploits de 2008. Visiblement décidé à venir à bout du Big 3, Gilles Simon s’est offert Novak Djokovic à Marseille et Roger Federer au Canada ainsi qu’au Masters final de Shanghaï.

Jamais deux sans trois. Le Mousquetaire a également vaincu le roi de la terre battue, Rafael Nadal, pourtant à domicile lors du Masters de Madrid à l’issue de ce qui restera l’un des plus beaux matchs de sa carrière où il a dû sauver pas moins de 17 balles de break. Bilan, il a terminé sa saison à la 7ème place du classement ATP avec trois titres en poche, Casablanca, Bucarest et Indianapolis.

Seulement, Gilles Simon a souvent été freiné dans son élan par de multiples blessures, notamment entre 2010 et 2014. S’il a réussi à se maintenir dans le top 20 mondial grâce à une évolution de son tennis et de sa prise d’engagement, il aura fallu attendre 2015 avant d’assister à un nouveau coup d’éclat du Français à Wimbledon, de nouveau vainqueur face à Tomas Berdych.

Après sa victoire en Coupe Davis en 2017 et ses deux autres titres, en 2018 à Maharashtra et à l’Open de Moselle, Gilles Simon à annoncé son retrait du circuit professionnel à l’issue de la saison 2022. Il suit donc son compatriote Jo-Wilfried Tsonga, parti en retraite lors du Grand Chelem parisien de Roland-Garros.

Gilles Simon, vainqueur face à Roger Federer au Masters final de Shanghaï. ©Getty Images

Une vie de Mousquetaire

Comment parler de Gilles Simon sans évoquer nos Mousquetaires ? Bien qu’ils soient trop discrets lorsque l’enjeu grandit, ils sont capables de coups de tonnerre et savent briller en équipe. Souvenez-vous de la Coupe Davis 2017…

On vous voit venir chers lecteurs. Certains d’entre vous penseront sûrement que cette Coupe Davis a été remportée au terme d’une édition manquant de compétitivité et que les Français ont beaucoup de mal à briller en simples. En guise de réponse, Gilles Simon lui-même a publié un ouvrage en 2020 expliquant pourquoi, selon lui, les Mousquetaires peinent à s’illustrer lors des grands tournois et dans lequel il démonte quelques idées reçues.

Dans la lignée des propos de Patrick Mouratoglou (entraîneur de Serena Williams), Simon pointe du doigt l’ensemble d’un système privilégiant « le talent à l’ambition » et qui appuie trop souvent sur les points faibles au lieu de renforcer les atouts.

« Vous, le public et les spécialistes, pensez que c’est de notre faute ; et uniquement ça. Pas, moi. « Tsonga aurait dû faire ci… », Gasquet aurait dû faire ça… » Mais au bout de 50 ans de formation fédérale, vous pensez que la seule absence de réussite en grand chelem incombe uniquement aux joueurs ? Pour 1, 2, 3 joueurs, je veux bien, mais pas des dizaines ! Ne peut-on pas remettre en question un système qui, à l’évidence, n’est pas capable de permettre au joueur de tirer la quintessence de leur potentiel ? C’est l’objet même de mon livre [« Ce sport qui rend fou », 2020]. C’est finalement assez simple de charger les individualités qui on « échoué ». Mais on ne remet jamais en cause le système derrière. »

Gilles Simon

Ce que vous ignorez peut-être sur Gilles Simon

  • Gilles Simon est père de deux enfants. Le premier est né en 2010 au cours de l’US Open et le second est né 3 ans plus tard, peu avant l’Open de Moselle. Il les a d’ailleurs surnommés ses 2 « hooligans » lors d’une interview post-match à Roland-Garros.
  • Le Niçois a déjà prévu sa réorientation après son départ en retraite suivra une formation d’entraîneur !
  • Le 28 octobre 2020, Gilles Simon a publié un livre documentaire sur le système et la mentalité française dans le tennis. Il y divulgue les raisons, à ses yeux, du manque de résultats des tennismen français.
  • Lors du tournoi de Roland-Garros 2022, le Mousquetaire a passé le cap des 500 victoires en carrière après avoir évincé l’Américain Steve Johnson au second tour du Grand Chelem parisien.
  • Il est également un musicien dans l’âme. En effet, Simon a appris le piano au conservatoire départemental dans son enfance !
  • Son tout premier entraîneur à 19 ans était Thierry Tulasne, ex n°3 français et tombeur de Mats Wilander en finale du tournoi de Barcelone en 1985. Tulasne a d’ailleurs entraîné la plupart des joueurs français de la génération de Gilles Simon (Gasquet, Grosjean, Mahut, Henri-Mathieu, Llodra…).

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