Jones-Pivac : bilans contrastés, destins liés

En l’espace de 24h en début de semaine, deux nations européennes majeures ont perdu leur sélectionneur, licenciés suite aux mauvais résultats récents. Il s’agit d’Eddie Jones pour l’Angleterre et de Wayne Pivac pour le Pays de Galles. Retour sur l’apogée, mais aussi et finalement le creux fatal de ces deux mandats.

Suite à la Tournée d’automne et à moins d’un an de la prochaine Coupe du monde, voici une situation à laquelle le pays de Galles et l’Angleterre se seraient bien passés. Leur sélectionneur respectif ont été démis de leur fonction suite aux mauvais résultats. Et pourtant, il était difficile d’imaginer cela quand l’on voyait le début du mandat d’Eddie Jones et la confiance témoignée envers Wayne Pivac.

Eddie Jones avant son dernier match en tant que sélectionneur du XV de la Rose face à l’Afrique du Sud (© David Rogers / Getty Images)

Pour l’Australien, les débuts avaient été menés tambours battants avec deux victoires dans le Tournoi des Six Nations en 2016 et 2017 mais il y a surtout eu une série de 16 victoires consécutives avant de connaître la défaite (contre l’Irlande le 18 mars 2017). Avec un jeu léché, clinique et enthousiasmant, Eddie Jones n’avait pas eu de mal à s’attirer les louanges du monde du rugby, lui qui sortait d’une Coupe du monde historique avec le Japon en 2015.

Sa science du jeu combinée à une équipe anglaise dégageant une sérénité sans égale faisait des Anglais l’épouvantail du rugby mondial avant la Coupe du Monde 2019. Un sans-faute lors d’une tournée en Australie en 2016 et en Argentine en 2017 sont à noter durant cette période.

Pivac n’aura jamais confirmé

Pour le Néo-Zélandais Pivac, qui avait remplacé une autre néo-zélandais à savoir Warren Gatland suite au mondial 2019, les débuts ont été bien plus compliqués malgré un premier match parfait (42-0 contre l’Italie). Rapidement décrié, Pivac avait pourtant réussi à remettre les pendules à l’heure en remportant le Tournoi 2021 malgré une défaite contre les Bleus lors de la dernière journée.

Wayne Pivac avec ses joueurs après la défaite surprise face à l’Italie le 19 mars dernier (© Stu Forster / Getty Images)

Cliniques et opportunistes, les Gallois avaient notamment infligé 40 points aux Anglais et s’étaient imposés de justesse en Écosse. Un succès inattendu et qui avait donné du crédit à Wayne Pivac. Mais l’année 2022 aura finalement été un flop total.

Sur 12 matchs, les Gallois ont essuyé 9 défaites, fort insuffisant pour une nation pourtant majeure du rugby européen. La défaite historique à domicile contre une Italie qui n’avait plus gagné dans le Tournoi depuis sept ans sonnait déjà comme le début de la fin pour Pivac. Il y a certes eu un succès en Afrique du Sud mais la Tournée d’automne aura finalement eu raison du sélectionneur kiwi. En cause, une défaite humiliante, là encore à domicile face à la Géorgie, actuelle 13ème nation mondiale et pensionnaire du Tournoi des Six Nations B.

Cependant, la tâche de Pivac n’était pas évidente. En effet, le rugby gallois connaît un creux générationnel flagrant. Certes, quelques jeunes pointent le bout de leur nez mais seul l’ailier Louis Rees-Zammit fait office de grand espoir chez les Dragons Rouges. Pour le reste, l’ensemble de l’effectif est vieillissant, à l’image de joueurs comme Faletau, North ou encore l’emblématique Alun Wyn Jones. Un mal profond qui sera forcément handicapant pour les Gallois du désormais nouveau sélectionneur… Warren Gatland.

Jones, un jeu minimaliste décrié

Côté Eddie Jones, le premier gros revers aura finalement été le mondial 2019 au Japon. Vainqueurs au terme d’un match référence et presque parfait contre la Nouvelle-Zélande en demi-finale, les Anglais auront finalement été stoppés net par des Sud-Africains irrésistibles. Dès lors, on aura finalement jamais retrouvé l’Angleterre de la période 2015-2019.

Malgré la victoire lors de la première édition de l’Autumn Nations Cup, les Anglais ne retrouveront jamais confiance en leur jeu. Le XV de la Rose et Jones se sont petit à petit cantonnés à un jeu minimaliste et frileux assez criant. Se basant sur son paquet d’avant et faisant peu la part belle aux lignes arrières, Jones va rapidement s’attirer les foudres des tabloïds anglais, d’ordinaire déjà très exigeants, comme lors des défaites face à l’Écosse en 2021 et en 2022 en encore plus récemment celle face à l’Argentine à Twickenham. Faisant fi des critiques au travers de déclarations parfois assez virulentes, Jones va perdre son crédit encore et encore.

Même au lendemain d’une large victoire en novembre dernier face au Japon (52-13), les soucis étaient loin d’être oubliés. La dernière défaite sèche face à l’Afrique du Sud aura finalement entériné le choix d’écarter Eddie Jones de l’équipe nationale. Personnage clivant, Jones a donc ses détracteurs mais aussi ses soutiens. En effet, tout le monde n’est pas d’accord avec cette décision, comme l’ancien joueur Matt Giteau.



C’est désormais Richard Cockerill, adjoint de Jones depuis 2021, qui va assurer l’intérim en attendant l’arrivé d’un nouvel homme fort, avant ou après le mondial en France. Affaire à suivre…

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