Lucien Laurent, premier buteur de l’histoire de la Coupe du Monde.

Depuis 1930 et la première édition de la Coupe du Monde, nombreux sont les buts qui ont été marqués. Les plus belles histoires se s’écrivent au fil des matchs et des décennies, avec plusieurs records remarquables pour entrer dans les annales du football. Mais parmi ces records; on oublie souvent le premier buteur de l’histoire de la Coupe du Monde. Partons à la découverte de Lucien Laurent et de son histoire.

L’ancien milieu de l’équipe de France de football Lucien Laurent, qui fut également le premier buteur de l’histoire de la Coupe du monde, en 1930, est décédé lundi soir le 11/04/2005 à l’hôpital Jean-Minjoz de Besançon à l’âge de 97 ans

Lucien Laurent, un amateur en Coupe du Monde

Bien avant les folies de Just Fontaine en 1958, le record de Miroslav Klose ou le phénomène Mbappé plus récemment, un joueur français reste dans l’histoire comme le premier joueur à avoir marqué dans un match de Coupe du Monde. Le premier d’une longue liste de 2718 buts au total, dont le nom reste cependant méconnu du grand public.

Plongez donc dans l’histoire de Lucien Laurent, premier buteur d’une Coupe du Monde…. par hasard. En effet, sa présence n’était pas assurée le 13 juillet 1930 en Uruguay, pour le coup d’envoi de la plus grande compétition de sélections nationales. La raison de cette incertitude? Lucien n’avait pas le statut de professionnel, et jouait dans le championnat de France amateur, à Sochaux. Déjà au vingtième siècle l’entreprise automobile Peugeot était très présente dans la région et Lucien travaillait chez eux.

Lucien Laurent devant des vestiaires

Mais alors pourquoi avec ce statut d’amateur, Lucien Laurent a-t-il pu participer à une Coupe du Monde ? La raison est simple. Comme la Coupe du Monde 1930 était la première de l’histoire, les garanties n’existaient pas pour les clubs qui profitaient de l’été pour organiser des matchs amicaux afin de préparer la saison à venir.

Ces doutes étaient accompagnés d’incertitudes quant au voyage pour aller aussi loin. Aller en Uruguay était bien plus compliqué à l’époque que maintenant avec toutes les lignes aériennes, etc. Difficile donc pour les clubs de laisser partir leurs joueurs.

Pour autant, pas simple non plus de réunir le nombre de joueurs requis pour Raoul Caudron, le sélectionneur de l’époque. Si les clubs sont réticents à faire partir leurs joueurs, les entreprises dans lesquelles les amateurs travaillaient l’étaient encore plus. Malgré tout Lucien réussit à obtenir un congé sans solde pour les 15 jours de traversée afin de rejoindre l’Amérique Latine. Après ça, c’est à la charge de l’employé. Malgré tout l’équipe embarque avec Jules Rimet pour une épopée incroyable.

Un voyage tumultueux

Jules Rimet, le français à l’origine de la création de la compétition, s’était donné corps et âme pour permettre à la France de participer à cet évènement historique. Tous à bord d’un grand bateau, et c’est parti pour 15 jours de traversée de l’Océan Atlantique pour rejoindre Montevideo, en Uruguay.

La sélection française en 1930.

L’équipe de France n’est pas seule sur l’embarcation, et doit partager l’espace avec les Belges et les Roumains. Ces trois pays étaient les représentants de l’Europe en compagnie de la Yougoslavie, qui voyageait dans une autre embarcation. La cohabitation se passait bien, même si la logistique était quelque peu compliquée à mettre en place.

Avec 15 jours de traversée, il était évident que les équipes devaient trouver un moyen de rester en forme et de s’entrainer. C’est pour cela qu’à bord du bateau se tenaient des entrainements, des séances soumises à des horaires définis pour laisser la place à la Belgique et à la Roumanie. Une organisation curieuse mais représentative de la différence du football d’antan. Mais une fois arrivés à Montevideo, Lucien Laurent et les joueurs de l’équipe de France pouvaient enfin penser à la compétition.

Première victoire, premier but et… l’oubli

13 juillet 1930, l’équipe de France affronte le Mexique pour le premier match de son histoire en Coupe du Monde. Dans le même temps se jouait le match entre les Etats-Unis et la Belgique, mais c’est bien sur le terrain de Peñarol que va être marqué le but de l’histoire.

Un but pour la postérité

Nous sommes à la 19ème minute du match. Les deux équipes se disputaient la possession du ballon, lorsque Delfour attaqua sur l’aile droite. L’ailier droit passe alors la balle à Liberati qui centre, et Lucien Laurent surgit devant son défenseur à la retombée du ballon pour le propulser dans la lucarne droite du but. Evidemment nous sommes 92 ans en arrière, très peu de photos et encore moins de vidéos ne sont disponibles, mais Lucien Laurent a pu raconter son histoire à quelques journalises des décennies après cet évènement.

La France gagna 4-1 avant de s’incliner ensuite face à l’Argentine, et au Chili. Deux défaites synonymes d’élimination pour l’équipe de France. La sélection entreprit alors de rentrer en France, dans le plus grand anonymat. A l’époque, aucun journaliste français n’avait fait le déplacement jusqu’en Uruguay, seuls quelques joueurs se chargeaient d’informer le Vieux Continent pour le compte du journal l’Auto (ancêtre de l’Equipe) sur ce qu’il se passait là-bas. De retour en France, Lucien Laurent pouvait alors reprendre son activité, bien loin d’une quelconque notoriété.

En effet ce n’est qu’en 1990 en marge de l’organisation de la Coupe du Monde en Italie que des journalistes transalpins se posèrent la question suivante : « Mais qui a bien pu marquer le premier but de l’histoire de la compétition? » C’est alors qu’après des jours de recherches, ils tombent sur Lucien, qui peut enfin raconter son histoire. En 1990, Lucien était bien loin de l’industrie de l’automobile ou du monde de football, à peu de choses près.

Une reconstitution du premier but selon les témoignages de Lucien Laurent.

Lucien avait alors 82 ans, à la tête d’une brasserie des sports à Besançon et jouait encore occasionnellement au football avec ses amis. Un entourage qui savait qu’il aimait le sport et plus particulièrement le football, mais rien qui aurait pu leur faire savoir qu’il était une légende de ce sport. Mais après le travail des journalistes italiens, tout va changer pour lui. Lucien commence à être honoré par les instances du football qui avaient elles aussi oublié son histoire. L’organisation du Mondial 1990 l’invite au même tire que des Pelé, Beckenbauer, Platini… pour célébrer les pionniers du football.

Pour information, Lucien Laurent cumule 10 sélections en équipe de France selon les archives de la FFF, pour 2 buts. Il fêtait sa première sélection contre le Portugal le 23 février 1930 (victoire 2-0) , et la dernière contre la Hongrie (victoire 2-0) le 19 Mai 1935.

Guerre, entrainements et statues

Avec cette mise en lumière, on a pu en savoir plus sur la vie de cet ailier gauche amateur. Pour cause de blessure il n’a pas pu participer à la Coupe du Monde 1934 en Italie, et continuera sa trajectoire dans le football en France. Il joua à Rennes et à Strasbourg jusqu’en 1939, année durant laquelle la Seconde Guerre Mondiale éclata. Adolf Hitler envahit une bonne partie de l’Héxagone, et le quotidien des français est chamboulé. De ce fait Lucien s’enrôle dans l’armée, pour combattre l’envahisseur.

Il fut fait prisonnier par l’armée nazie durant trois longues années en Saxe, avant d’être libéré en 1943. Malheureusement au moment de rentrer chez lui à Strasbourg, il remarqua que tous ses effets personnels avaient été volés, y compris le maillot porté lors de cette première Coupe du Monde.

Le football accompagna Lucien Laurent jusqu’au dernier jour. Désormais une célébrité en France et à l’international, il n’a cependant pas changé sa façon d’être, et a continué à entrainer les jeunes footballeurs, à jouer avec ses amis les dimanches, à vivre, tout simplement. Il restera tout de même dans la légende grâce à un monument érigé dans la ville où s’est joué ce moment d’histoire.

Une place à la postérité pour Lucien Laurent

Si le stade de Los Pocitos a été englouti par la ville et la nature, un architecte uruguayen du nom d’Hector Enrique Benech proposa d’ériger deux statues pour toujours avoir une trace de ce 13 juillet 1930. Un concours fut organisé et c’est Eduardo Di Mauro qui l’emporta avec une idée de deux statues situés à 50 mètres l’une de l’autre. Une statue nommé « 0-0, balle au centre » qui symbolise le rond central et le coup d’envoi du match, et l’autre 50 mètres plus loin à l’emplacement des cages du gardien mexicain, nommé « Là où dorment les araignées« , en référence à la lucarne de Lucien Laurent.

L’ambassadeur français assista à la cérémonie et une plaque commémorative honore encore aujourd’hui ce premier but inscrit par un français, le plus vieux but de la Coupe du Monde. Une renommée tardive pour un des moments les plus importants de l’histoire du football qui célèbre un homme humble, qui a presque tout sacrifié pour l’amour du ballon rond, un amour qui l’aura accompagné jusqu’à son dernier souffle.

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