Le Roi est mort, vive le Roi.

Il est de ces matins pluvieux où le temps ne saurait pas mieux définir notre état d’esprit, comme si ce dernier pleurait avec nous, comme si nous ne faisions qu’un dans la tristesse. Ironie du sort, le ciel se déversait sur Sydney le 28 décembre au matin, me ramenant au sentiment de peine. Quand la nouvelle parvient jusqu’à nous, ce n’est encore qu’un bruit, que l’on aimerait volontairement sourd. Puis, les minutes défilent et avec elle sa réalité, celle où le Monde vient de plonger à tout jamais dans un autre monde, vers la fin d’un monde.

Le Roi s’en est allé.

Mais son héritage est immense.

Un dicton bien connu dans le football aime à dire que « Tout ce que vous voyez faire ou avoir été fait par un joueur, Pelé l’avait fait auparavant ». Edson Arantes do Nascimento, dit « Pelé » avait la force de comprendre le football à une époque où ce sport commençait à gagner ses lettres de noblesses. La noblesse, Pelé la représentait dans ses dribbles, dans ses feintes, dans sa vision, en d’autres termes… dans son football. « Il ne jouait pas au football, il l’inventait », cette déclaration de Jean-Michel Larqué, ancien joueur de football français à propos de leur affrontement lors d’un match de gala à Colombes, incarne parfaitement l’influence du Roi.

Il incarnait la simplicité, l’inattendu, l’impossible. Le passage de cet attaquant brésilien d’1m73 aura alors achevé d’anoblir un sport longtemps considéré comme « populaire ». Et il aura créé une légende, celle du numéro 10. D’abord attribué par hasard, ces performances vont marquer au fer rouge ce numéro comme celui du magicien, du virtuose, du meneur de jeu, du faiseur de miracles. Et cela dépasse les frontières du Brésil pour toucher le monde entier. Le numéro 10 ne fut, et ne sera plus jamais le même maintenant.

Pelé c’était aussi un palmarès dont les trois Coupes du monde (1958, 1962 et 1970, dont deux d’affilées, ce qui n’a plus été réalisé jusqu’à présent) semblent faire penser à un destin. Lui qui est le plus jeune buteur et champion du monde de l’histoire, il aura attendu le crépuscule de la toute récente édition pour rendre son dernier souffle.

Le footballeur aura inspiré de nombreuses générations et continuera sans doute à le faire tant que ses exploits pourront être contés et montrés. Elle est aussi là, la force du Roi, inspirer des générations sans pour autant avoir été vu par ces dernières. Il a su écrire sa légende à travers une philosophie résonnante que l’attaquant en personne décrivait comme ça : « Celui qui pense que la victoire ne compte pas ne gagnera rien ». Une volonté acharnée de succès et une abnégation redoutable en plus du talent, c’est aussi ce qui lui permis d’être déclaré « trésor national ne pouvait être exporté » par le président du Brésil Janio Quadros en 1961 puis d’être le premier homme de couleur nommé ministre des Sports brésilien entre 1995 et 1998.

C’était aussi un joueur qui pouvait arrêter le temps comme après son millième but en carrière pendant un match opposant Santos, son équipe, à Vasco de Gama le 19 novembre 1969 au Maracaña. A la suite de sa réalisation, de nombreux supporters rentrent sur la pelouse fêter ce moment d’histoire, ce qui a pour effet de suspendre la rencontre durant trente minutes avant que les gens ne regagnent leurs places et ne retrouvent le calme. Ça aurait été beau qu’il puisse arrêter le temps hier matin. Une légende du football s’est éteinte, et avec elle, toute un univers.


Le Roi est mort, vive le Roi.

Edson Arantes do Nascimento en 1970 après son troisième sacre mondial. Repose en paix, toutes mes condoléances à la famille et aux proches.
Crédit photo : AFP.

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